CHAPITRE V
Abraham Ortelius, au tbealre de rvniuers , dcscrit qu'il y a en Sicile vne monlagne bruslante, nommée iEtna : de cesle montagne ont escrit plusieurs pliilosophes et poêles , parce que continuellement elle ietle feu et fumée, laquelle a plus de trente lieuës d'Italie de hauteur, et plus de cent lieuës de circuit par embas :
comme Facellus escrit, qui l'a très bien regardée, et auec non moindre curiosité descrite. Par dessus de ceste continuelle flambe qui ne s'esteint point, elle iette aucunesfois telle quantité de feu, que tout le pays circonuoisin en est totalement gaslé et
maisons furent ruinées, sans plus de six cents qui furent fendues et creuees : et de n'agueres la ville de Ferrare a esté presque ruinée par pareil tremblement (l'an 1551). Pline raconte et dit, que de son temps sous l'empire de Néron, que Vasseus Marcellus, cheualier Romain , auoit au territoire Marrucin quelques champs , vn de ça l'autre delà le grand chemin, l'vn estant vn pré, et l'autre planté d'oliuiers : Aduint par vne esmerueillable vertu que ces deux champs changèrent déplace : car lesoliuiers se transportèrent là où estoit le pré , et le pré au cas pareil fut veu se transporter au lieu où estoyent les oliuiers , ce qui fut iugc procéder par Iremblement de terre. »
Après ceci il y avait un dernier paragraphe qui se retrouvera , au moins en partie, dans le chapitre suivant ; et le livre était terminé par une histoire digne d'eslre bien considérée, lanl des Médecins que des Cliintrgiens. Celle histoire est celle d'Isabeau Rolant, reportée en 15S5 au Livre des Tuvxeurs en cjcneral. Voyez tome I, page 356. Il n'y a eu d'autre changement que l'omission du nom ÛGllubours, cité en 1&79 parmi les Docteurs qui avaient vu l'autopsie, et
brusl(5. Mais combien de fois cela est venu, nos prédécesseurs ne l'ont pas couché par mémoire : neantmoins ce queles autheurseri ont e.scrit, nous le raconterons icy briefuement, etselon le dire de Facelle.
L'an de la fondation de la ville de Rome 350 , ceste montagne vomist tant de feu, que par les brasiers et charbons qui en sortirent, furent bruslés plusieurs champs et villages :
250, ans après aduint le semblable :
37. ans après cecy elle desgorgea et ietta tant de cendres chaudes, queles toits et couuertures des maisons delà ville de Catana, située au pied de ceste montagne, de la pesanteur d'icelles furent ruinées. Elle fit semblablement grand dommage du temps de
effacé en 1585. Après cette histoire Paré poursuivait :
« A ce propos ledict sieur Milot m'a dict auoir leu vne presque semblable histoire, escrile par lean Philippe Ingrassias, docte Médecin de Sicile, etc. »
Ceci a été également reporté au même chapitre du Livre des Tumeurs, tome I , p. 353, jusqu'au milieu du premier paragraphe de la page 354 , après ces mots : Ce qui est conforme à la doctrine de Galien , lequel veut les escrouêlles n'estre autre chose que les glandules scirrheuses et endurcies. X\ors l'auteur ajoutait, ce qui terminait le livre ;
« Or qu'il y ayt plusieurs glandules au mésentère , cela a esté demonstré cy dessus en noslre Analomie. On a veu pareillement des femmes estant decedees auoir leur matrice toute squirrheuse et de grosseur de la teste d'vn homme , qu'on estimoit cstre vne molle, ce qui n'estoitpas : aussi on en voit estre la matrice squirrheuse en vne partie seulement , tous lesquels squires sont incurables. »
1 Ce chapitre presque tout entier est de 15S5. I! ne porte pas de litre; cl en délinilive il fait dircclcmenl suite au dernier paragraphe du chapitre précédent.
AV LTVHË DES MOlVSTRKS.
l'Empèreiir Caligala , et puis après l'an 254. Le premier iour de Icurier, l'an 1169 elle abbalit par le l'eu continuel qui en sortoit, plusieurs rochers, et causa tel tremblement de terre que la g rande Eglise de la ville de Catana en fut démolie et abbatue :
etl'Euesque.auec les Preslr('s,et gens qui yestoientpourlors, lurent assommés et froissés. L'an 1329, le premier iour de iuillet, ayant faitnouuelle ouuerlure, abbatit et ruina par ses flammes et tremblement de terre qui en aduint , plusieurs Eglises et maisons situées à l'entour de ladite montagne : elle fit tarir plusieurs fontaines , ietta dans la mer plusieurs bateaux qniestoient à terre, et au mesme instant se fendit encore en trois endroits de telle impétuosité, qu'elle renuersa et ietta en l'air plusieurs rochers, voire aussi des forests et vallées, iettant et vomissant tel feu par ces quatre conduits infernaux, qu'il decouloit de ladite montag-ne en bas, comme de ruisseaux bruyans, ruinant et abbattant tout ce qu'il rencontroit ou luy faisoit résistance:
tout le pays circonuoisin fut couuert de cendres sortans hors de cesdites gueules ardanles au sommet de la montagne, et beaucoup de gens en furent esfoufTés : de manière que lesdites cendres de ceste odeur sulphurée furent transportées du vent ( qui souffloit alors du Septentrion) iusques à risle de Maltha, qui est distante de 160. lieuës Italiques de ceste montagne là. L'an 1444, se demenoit de rechef fort terriblement, en vomissant feux et cailloux. Après ce temps là elle cessoit de ietter feux et fumée, tellement qu'on l'eslimoit totalement esteinte, et ne deuoir plus brusler.
Mais ce beau temps là (par manière dédire) estoit bien tost passé. Car
l'an 1536, le 22. de mars, elle recommença à vomir forceflambes ardantes, qui abbalirent tout ce qu'elles rencontrèrent en cliemin. L'Eglise de S. Léon, située dedans la forest , tomba pa!' le tremblement de la monlagne, et incontinent après elle fut tellement embrasée du feu, qu'il n'en reste plus rien, sinon vn monceau de pierres briislées.
Tout cecy estoit vne chose bien horrible. Mais ce n'estoit encore rien au prix de ce qui est aduenu depuis en l'an 1537, le premier iour de may.
Premièrement toute l'fsle de Sicile trembla douze iours durant: après il futoiiy vn horrible tonnerre, auec A'nesclat bruyant, tout ainsi que les grosses artilleries, dont plusieurs maisons se démentirent par toute ceste Isle. Cecy dura enuiron l'espace d'onze iours : après cela elle se fendit en plusieurs et diuers endroits, desquelles fentes et creuasses sortit telle quantité de flambes de feu, qui descendirent de ladite montagne, qu'en l'espace de quatre iours ruinèrent et mirent en cendres tout ce qu'il y auoit à quinze lieuës à la ronde, voire aussi plusieurs villages furent entièrement bruslès et ruinés. Les habitans de Catana, et plusieursautres, abandonnans leurs villes s'enfuirent aux champs. Vn peu de temps après, le trou qui est au sommet de la montagne ietta trois iours consécutifs telle quantité de cendres, que non seulement ceste montagne en fut couuerle, mais qui plus est, elle s'espandit et fut chassée du vent iusques aux extrémités de ceste isle, voire outre la mer iusques en Calabre. Certaines nauires voguans en la mer pour aller deMessinaà Venize, distant de ceste isle trois cens lieuës Italiques, ont esté entachées des cendres susdites.