‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 7 sur 515 · XXII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXII PRÉFACE

Enfln , je terminerai cet article par le sonnet que Paré avait placé lui-môme en avant de ses éditions complètes ; le texte actuel est de 1679 et n'a pas été changé depuis; mais je donnerai en note les variantes de l'édition de 1675.

SONNET DÉ L'AVTEVR.

Ce liiire maintenant que ie Inaets en lumière , De mon art l'iierltier, coftlietit tous les secféts Que iadis bien au long les Arabes et Grecs Ont laissé par escrit à la race dernierfe ^

Plein d'exemples il fest de diuerse manière, Ainsi que nous voyons de mille beaux portraitâ Les prez se bigarrer^ eschaufféspar les rais DU Soleil i lorsqu'il fait sa course printaniere

Or sds dotic maintenant, va-t'en, mon fils tres-cher ^, Que depuis quarante ans n'ay cessé de lécher : Va , priant vn chacun qu'il leur plaise d'ensuiure

Lysippe j qui reprint Appelles doucement. Mais arrière , enuieux : car éternellement On verra maugré vous ce mien ouur&ge viure.

§ IV. — Inauguration de la statue d'AitiLi^ise Paré;

Nous avions annoncé en terminant qu'une statué en bronze allait être érigée en l'honneur de Paré sur l'une des places publiques de Laval , dernier hommage de la reconnaissance populaire. Paré avait été oublié dans cette large hospitalité que la munificence royale offrait à Versailles à toutes les gloires de la

« Variante de 1576 : ànostre aage dernière.

2 Ces trois vers se lisaient ainsi en i7Y5 :

Ainsi que nous voyons de mille et fnille raiz Reluire le paon , quand par vn grand progrez Sa pin me va monstfant plein d'arrogance flere.

3 Variante : Va-t'en , mon fruict 1res cher.

PRÉFACE

France ; et non pas lui seulement , mais avec lui plus d'une autre crrande gloire scientifique. Il aura désormais, dans un plus large espace, en face du ciel et du soleil , un piédestal et une statue dignes de lui.

Dès i835 , le conseil-général de la Mayenne avait exprimé le vœu qu'un monument fût érigé à A. Paré dans sa ville natale. Le préfet répondit à ce vœu, en 1 836, en proposant de faire les premiers frais par une allocation de 2,000 francs au budget départemental ; le gouvernement et les souscripteurs devaient faire le reste. Une commission s'organisa immédiatement sous la présidence de M. Queruau Lamerie , maire de Laval; elle se composait de MM. Guédon, Lelièvre, Meslay, et [de deux de nos honorables confrères , MM. Bucquet et Hubert, tous deux correspondants de l'Académie royale de médecine. Déjà, dès le 22 mars i836 , M. David avait proposé , dans le même but, une souscription où seraient reçus les dons même les plus modiques , s'engageant, pour sa part, à faire gratis le modèle de la statue. Cette offre magnifique fut acceptée avec reconnaissance, et un programme de souscription ayant été arrêté , le roi , le ministre de l'intérieur , le conseil municipal de Laval , l'Académie et la Faculté de médecine de Paris , plusieurs sociétés savantes et un grand nombre de souscripteurs y répondirent , et le succès du projet fut assuré. Nous vîmes s'élever dans l'atelier de M. David le modèle de la statue , achevé dès le 1" novembre 1889 ; nous la vîmes couler en bronze, le 12 mars i84o, par les soins de MM. Soyer et Ingé , et dès le 9 juillet elle était arrivée à Laval.

Alors s'élevèrent avec rapidité de magnifiques blocs de granit bleu , préparés pour le piédestal d'après les dessins de M. Moll , inspecteur des travaux du gouvernement, qui , lui aussi , refusa de mettre à prix d'argent son concours pour cette œuvre patriotique; et enfin le 29 juillet fut fixé pour la solennité.

Un ciel sans nuages semblait avoir voulu favoriser la fête ; des villes et des communes voisines était accourue une foule inouïe de spectateurs. Sur la place de la mairie, autour de la statue

XX iv pre'face.

encore voilée , la garde nationale et la troupe de ligne , auxquelles s'étaient jointes des députalions de tous les corps de métiers de Laval , musique en téte et enseignes déployées , formaient un carré immense. A toutes les croisées et jusque sur les combles de l'Hôtel-de- Ville , des dames élégamment parées ; le peuple dans toutes les rues adjacentes ; au centre de la place, sur une estrade élevée en face de la statue , les autorités civiles et militaires , les chefs des administrations publiques , les députés des sociétés savantes ; et au milieu de ce grand cortège d'hommes , une seule femme , mademoiselle Renée Ambroise Paré , descendante de notre grand chirurgien et la dernière héritière de son nom. A quatre heures et demie , un coup de canon donna le signal, et la statue fut découverte au bruit des tambours battant aux champs , des troupes présentant les armes , et des applaudissements et des acclamations de la multitude.

Après que ces puissantes manifestations eurent fait silence , un chœur de musiciens salua l'image triomphante; puis M. le docteur Hubert, au nom de la commission de Laval, M. Pariset, au nom de l'Académie royale de médecine, M. le docteur Perdrix, délégué de l'association des médecins de Paris, M. Leterrier, principal du collège du Mans, prononcèrent des discours où se répétait, mais toujours sous un aspect différent, l'éloge du grand homme que Laval a donné à la France. M. Naudet lut un dithyrambe dans lequel Paré se trouve merveilleusement peint d'un seul trait par ce vers :

Humble de cœur, grand de génie.

Et enfin une salve d'artillerie annonça que la cérémonie de l'inauguration était terminée. Ce n'était point encore la fin de la fête; un magnifique banquet, présidé par les autorités, réunit dans la salle d'honneur de la mairie toutes les députations des sociétés savantes , et dans la soirée la ville tout entière couronna dignement cette belle journée par une illumination générale.

PRÉFACE. ■'^XV

La statue s'élève sur la place de la mairie ; elle est en deux morceaux, le corps et la tête, en outre des accessoires qui ont été fondus à part ; elle a 2 mètres 60 centimètres de haut , et pèse 1,200 kilogrammes. La figure que nous en avons donnée au frontispice du premier volume, nous dispense de la décrire en détail ; disons seulement qu'en arrière des volumes placés à la droite , et dont les titres annoncent les éditions françaises et les versions étrangères, se déroulent quelques feuilles manuscrites sur lesquelles sont gravés les canons suivants de Paré :

Vn remède expérimenté

Vaut mieux qu'vn nouveau inuenté.

Le nauré doit faire abstinence , S'il veut auoir prompte allégeance.

Celui qui pour auoir, et non pas pour sçauoir, Se fait Chirurgien , manquera de pouuoir.

La gangrené qui est ja grande , Rien que le cousteau ne demande.

Le Chirurgien à la face piteuse

Rend à son malade la playe venimeuse.

Le piédestal sur lequel la statue repose est composé de 9 blocs de granit bleu du pays, pesant ensemble 82,900 kilogrammes, et offrant 3 mètres 60 centimètres de hauteur. Il est élevé sur deux marches en granit et asphalte , dont la plus élevée supporte une grille de fer formée de 1 44 barreaux.

Sur le premier socle en granit, dans une cavité creusée au milieu de la pierre, a été placée et soudée une boîte en plomb contenant : i" une notice sur la statue môme; 2° le programme de la commission ; 3" la liste des souscripteurs ; 4" nne lithographie représentant A. Paré d'après le portrait de l'édition de 1628; 5" six pièces de monnaie à l'effigie de Louis-Philippe ; 6° et enfin une plaque en cuivre sur laquelle a été gravée cette inscription :

PREFACE

Monument élevé en la ville de Laval , dans l'année 1840, A la mémoire d'Ambroise Paré , créateur de la Chirurgie', Conseiller et premier Chirurgien des rois de France Henri H, François II, Charles IX et Henri III, né au village du Bourg Hersent, près Laval, vers l'année 1509, décédé à Paris le 20 décembre 1590, et inhumé le 22 dans l'église Saint-André-des-Arcs.

La statue en bronze qui couronne ce monument est l'œuvre du célèbre statuaire David d'Angers.

Et enfin , sous la plinthe en bronze de la statue , il a été déposé une autre boîte en plomb contenant la notice sur A. Paré , par M. Villaume , et la copie sur parchemin du procès-verbal de la pose de la première boîte.

Je regrette de ne pouvoir reproduire tous les discours prononcés dans cette solennité imposante, mais je ne saurais passer sous silence celui de M. Pariset.

« Messieurs,

» Quelle noble émulation s'allume entre les villes de France ! Je vois partout , au milieu d'elles, s'élever des monuments aux gloires contemporaines et aux gloires des temps passés. Voltaire et Buffon ont eu des statues; et ces statues sont, avec celles des conquérants et des rois, l'ornement de la capitale. Aujourd'hui Montbéliard, Rouen, Strasbourg, en consacrent à la mémoire de Gutenberg, au prodigieux savoir de Cuvier , au mâle génie de Corneille, à l'aimable muse de Boyeldieu; et Boyeldieu et Corneille attendent Fontenelle, comme Voltaire et Buffon attendent l'inimitable Molière. Grenoble a son héroïque Bayard ; La Ferté- Milon, son sublime et harmonieux Racine; Château-Thierry, son naïf et profond La Fontaine. Bientôt sans doute l'auguste image de Bossuet couvrira Dijon de sa lumière. Bordeaux ne sera plus veuve de son Montaigne et de son Montesquieu ; ni

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