DV PRONOSTIC DES VLCERES
Les vlceres malignes, qui durent un an ou d'auantage , iaçoit qu'elles soient pensées et medicamentées , se-
1 L'édition de 1575 ne cite en cet endroit ni Dioscoride ni Galien , et dit seulement:
VLcerii chironique c.U celle de laquelle Clnroncus a esté fjnnnj.
Î24.Ç , LE ONZIÉ
Ion raison , il est nécessaire que l'os , qui est le fondement de la chair vlcerée , soit altéré et corrompu , à cause de la mauuaise disposition de la partie, qu'elle a acquise par vn long- temps pour la defluxlon des humeurs malins dont elle a esté abbreuuée, ou pour la mauuaise disposition de l'os >. Et par ainsi il est nécessaire que dudit os altéré se face exfoliation, et en sortent esquilles, comme chose qui est contre nature :
et veu qu'il en est sorti de l'os qui ne peut reuenir, il faut que l'vlcere estant cicatrisée demeure caue.
Les vlceres qui aduiennent auparauant quelque maladie , ou durant icelle , lors que lesdites vlceres viennent pâlies , liuides , noirastres et seiches , c'est signe que le patient est proche de mort , d'autant que les facultés qui nourrissent le corps sont débiles et languides , qui ne peuuent secourir de suc nourrissant la partie . malade Et selon l'humeur qui sera à la partie, l'vlcere en aura la couleur : comme s'il y a quelque portion de bile, sera iaunastre : de melanchelie , liuide ou noiraslre : et de pituite , bl an ch astre.
Ceux qui ont vlceres accompagnés de tumeur, ne tombent souuent en conuulsion, et ne deuiennent pas fols ne insensés , d'autant que tels humeurs malings contenus en la tumeur ne sont communiqués aux parties nerueuses , ny au cerneau , dont s'ensuiuent les susdits accidens. Mais si telle tumeur vient à s'esuanouir sans aucune cause manifeste, comme pour application de qijelque médicament résolutif , ou par quelque flux de sang, à ceux
'Hipp. Aph. 45. liureG. — A. p.
' ï^Hipp. Progn. llure 1. chap. 8. — A P.
E LIVRE
qui auront vlceres au dos aduiendra conuulsion , pour ce que la susdite matière sera retournée aux parties nerueuses et aux muscles du Thorax , lesquels imbus de ceste matière par replelion , feront spasme et conuulsion.
Et ceux qui auront vlceres à la partie antérieure deuiendront fols, insensés et pbrenetiques , pour la multitude des veines et artères qui est en icelles , par lesquelles tel humeur est porté au cerueau , dont s'ensuit phrenesie et manie'. Aussi si elles occupent le Thorax , suruiendra pleurésie , ou empyeme si la matière découle en la capacité du Thorax.
Les vlceres qui sont accompagnées de tumeur laxe, signifient concoction des humeurs qui sont à la partie , et sont plus faciles à guarir que celles qui sont accompagnées de tumeur dure, d'autant que la nature et partie du membre affectée n'en a fait encore concoction : laquelle naturellement en nous se fait par elixation , et non par assation , comme dit Aristote au 4. des Météores^, qui est cause qu'aux tumeurs, la mollesse est signe de concoction et mitiûcation de la matière.
Les vlceres qui sont aux parties pileuses , quand le poil qui est autour chet , ou bien quaud le cuu' qui est autour se defleure, sont rebelles, malignes et difficiles à cicatriser ^ : pour ce qu'elles demonstrent qu'il y a au profond de la partie quelque mauuais humeur, qui ronge et corrode tant le cuir que la racine des cheueux, qui naissent et s'entretiennent en nous de l'exhalation d'vn suc
» Hipp. liurc 5. Aph. 65. — A. P.
2 Citation ajoutée encore en 1579.
5 Hipp. secl. 5. Aph. 67. — A. P.
DES VLCERKS, FISTVLF.S KT IIEMORlinOIUKS.
louable et nourrissant : d où vient que par les lonf,nies fiéures , et par la vérole et ladrerie , le poil tombe.
Es vlc(;res où il y a carie d'os, si la chair est liuide , comme plombée , ou de couleur citrine , c'est mauuais signe : car cela denole que la chaleur naturelle est esleinte, que l'os suiet est grandement altéré et corrompu K
Les vlceresqui suruienncnt à cause de quelque maladie, comme pour hydropisie.sonllres-difliciles à guarir'^ :
seinblablement celles qui sont accompagnées de varices , de quelque intempeiature, ou qui ont les bords durs, et qui sont de figure ronde 3.
Toute vlcere remplie de chair et cicatrisée, si elle renouuelle,est en danger de tomber en fistule: semblablement si elle occupe quelque lendon , est difficile à guarir et tres-douioureuse Es vlceres qui n'ont esté mondifiées comme il appartient, s'engendre tousiours supercroissance de chair : si elles occupent quelque bras ou jambe, exc.tent souuent phlegmon ou autre tumeur aux aines et parties glanduleuses, et principalement si le corps est cacochyme. Car telles parties sont suiettes à fluxion pour leur imbécillité et rarité.
Albucrasis dit , que pour neuf causes les vlceres sont difficiles à gluliner, incarner, et cicatriser. La première, quand le corps a faute de sang.
La seconde, quand il pèche en qualité. La tierce, par l'indeuë application des medicamens qui ne luy sont conuenables. La quatrième, lors que l'vlcere est sordide. La cinquième,
' Hipp. liure 6. Aph. 4. — A. P.
2 Hipp. Aph. 2. liure 7. — A. P.
3IIipp. De vlceribus. — Galien.chap. 2. et 6. du 4. De la méthode. — A. P.
^ Auicenne. — A. P.
quand l'vlcere est putride ou pourrie.
La sixième , quand en vue prouince il règne quelque pestilence, ou maladie epidemique, qui fait les vlceres difficiles à guérir. La septième, quand il y a callosité. La huitième, quand la nalure du pays est telle, que les vlceres y sont de longue durée, comme en Saragoce d'Aragon , où les apostemes durent vn an. La neufiéme , quand les os sont carieux et corrompus.
Cornélius Celsus dit qu'il y a aucuns signes, par lesquels on peut connoistre combien il faut espérer ou craindre, touchant la curation ' : car les signes qui nous dénotent quelque chose de bon , sont dormir et repos , librement respirer, n'estre point altéré, n'auoir en horreur et desdain les viandes, estre exempt de fiéure, et si le malade Tauoit eue , ne l'auoir point ; aussi que l'vlcere l'ende vn pus blanc , poly et esgal , et non de mauuaise odeur. (Nous disons le pus estre poly, quand toutes ses parties sont cuites , et ne se trouue aucune aspérité à l'attouchement , qui puisse monstrer qu'il y ait encores quelque portion d'humeur crue et non meurie : nous l'appelions égal, quand il n'est point départies dénature dissemblables: nous le disons blanc, quand il est non de couleur blanche parfaitement , mais de couleur de cendre 2. ) D'autant que telles choses signifient que la chaleur naturelle concurrant en la génération, surmonte celle qui est contre nature, et que la matière obéît à l'opération de la chaleur, dont la mauuaise complexion du membre est rectifiée : et par conséquent , Nature
1 Corn. Cels. liure 2. chap. 3. — A. P. ^ Celle parenlhèse a élé intercalée ici en l 1679.