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CHAPITRE V

DE LA CVRATION DES VLCERES.

En la curation des vlceres deux choses nous sont proposées : sçauoir l'vlcere simple, laquelle n'est accompagnée d'aucun accident: et l'vlcere composée ou compliquée auec sa cause, maladie ou symptôme.

Or l'vlcere simple, entant qu'elle est vlcere , a vne commune indication de curation , à sçauoir exsiccation.

Car toute vlcere, entant que vlcere, a besoin de desiccation, laquelle pour ceste cause estant plus humide que la playe , requiert plus grande desiccation K

Or lors qu'il y a plusieurs complications qui accompagnent l'vlcere, pour l'ordre de leur curatiun , Galien veut 2 que le Chirurgien méthodique se propose trois principaux points, qui sont l'urgent, la cause, et la chose sans laquelle la maladie ne sçauroit estre oslée.

Et pour facile intelligence de ce , ie te donneray cest exemple. Posons le

' Galien 4. alS-Dela méthode. — Guidon, Traité des vlceres. — A. P.

2 Galien 7. Melltode. — A. P.

DES VLCKRKS , FlSr V r,r-. ' l'.T III'MOHUHOIDK.S.

cas qu'il y ail vue \lcevc à la Ïambe, siluée à In partio intérieure , vn peu au dessus du malléole, estant fort douloureuse, caue , putride, auec carie eu l'os, de figure ronde, ayant les bords calleux et durs , auec tumeur et inflammation des parties voisines, accompagnée d'vne varice. L'ordre de curalion de telle vlcere se doit commencer aux choses vniuerselles, ayant esgard à l'habitude de tout le corps, qui est plethoric et cacochyme : lesquelles indispositions pourront estre amendées par les six choses non naturelles ordonnées pai* le docte Médecin : ce qu'estant deuëment fail , oslera la cause de ladite vîcere Car tel est le commandement de Galien, chap. 1. du 4. liure des Medicamcns selon les genres. Si (dit-il) le corps a besoin de quelque préparation, il faut qu'elle soit faite deuant que loucher à l'vlcere. Car souuent pour la guarison de quelques vlceres la seule purgalion suffit , à autres la seule saignée, à autres tous les deux, selon que la cause de l'vlcere est cacochymie, ou pléthore, ou tous les deux.

EL quant à la cure particulière, nous aurons esgard à ce qui est le plus vrgent , qui sera premièrement de sed(M- la douleur par remèdes contrarians à icelle : comme si c'est à raison d'vne intemperature phlegmoneuse , qui dés long temps a occupé, distendu, et endurci la partie, elle sera ostée par cuacuation, faisant premièrement fomentation d'eau chaude , à fin d'amollir et relascher le cuir, et que l'euacuation des humeurs contenus se face plus aisément: puis on fera des scarifications pour euacuer le sang , selon que l'on verra estre nécessaire.

' Le paragraphe se termine ici dans l'édition de ir)75 ; le reste a été ajouté on 1679.

Si le malade estoit délicat, ne voulant tolérer icelles scarifications, on appliquera des sangsues : puis sera mis sus la partie vn emplastre de cerat réfrigérant de Galien , ou atitre semblable : et pour paracheuer à vacuer rhumeùr arresté, on vsera de remèdes conuenables, selon la doctrine escrite és tumeurs contre Nature.

Cela fait , on aura esgard à la chose sans laquelle -la maladie ne pourra estre ostée, qui se fera en gardant l'ordre des susdites dispositions' compliquées : comme la carie , laquelle sera ostée par cautères actuels : et en l'application d'iceux on fera de sorte, que l'on rendra l'vlcere d'autre figure que ronde, à sçauoir longue ou triangulaire , et par ce moyen on consommera la callosité, et la pourriture de l'vlcere sera corrigée : puis on procédera à faire choir l'escarre : et après on sera soigneux à l'exfoliation de l'os , comme nous auons traité cy dessus, et on procédera au reste de la euration de l'vlcere, laquelle après auoir esté mondiOée,sera remplie de chair :

pour la régénération de laquelle deux choses sont nécessaires : La première est la cause efficiente : la seconde est la matière dont est engendrée la chair'. Or la cause efficiente est la bonne température, non seulement de tout le corps, mais aussi de la partie affligée , par le moyeu de laquelle se fait attraction, concoction , apposition, et assimilation: et telle temperature doit estre conseruée et maintenue par bonne manière de viure , qui engendre vn bon sang, non chaud , acre , bruslé , ni aqueux : car tel sang pourroit rendre non seulement tout le corps mal -disposé, mais principalement la partie vlcerée. Quant à la

' Galien -"5. Méthode, chap. .1. — A. P.

matière dont est procréée la chair, c'est le sang pur cl syncore,nepechanl ny en quanlilé ny qualité. Or en telle génération il s'engendre double excrément : vn , qui est humide appelle de nous sanie .-l'autre plus espais,sordicie'^. Tous deux, d'autant qu'ils sont contre nature, empeschent la susdite régénération, etpource doiucnt estre ostés par leur contraire. Ce qui se fera par medicamens, lesquels seront desiccatifs au premier degré , et mondi fient médiocrement, desquels les vns sont plus forts, les autres plus debiles : et pource le discret Chirurgien en vsera auec méthode, considérant le naturel de tout le corps et de la partie vlcerée , l'assiette, formation, et vertu d'icelle partie, ensemble l'abondance de l'humidité et sordicie.

Car les femmes, d'autant qu'elles sont plus humides, demandent medicamens qui seichent moins, et les parties charneuses requièrent medicamens plus forts que les tendineuses , pour leur sentiment exquis \ car, dit Gaiieii, chap. 7 . du liure 4. 'de la Méthode , toute partie fort sensible se doit traiter sans douleur autant qu'on peut 2.

Ainsi l'vlcere, tant plus qu'elle est humide, a besoin de medicamens|qui seichent d'auantage : car la partie demande estre conseruée par choses semblables , et l'vlcere requiert choses contraires à icelle.

Lors que l'vlcere sera remplie de chair parle beneQce dénature et aide du Chirurgien , il faut induire cicatrice (qui est vne chair calleuse enduite en lieu de peau ) en appliquant remèdes qui deseichent sans acrimonie ni mordication, si ce n'est eu pe-

LE ONZIÈME LIVRE

tile quantité. Car l'alum bruslé , et le vitriol commun bruslé et laué mis en petite quantité, cicatrisent. On v.sera doncques de radix aristolochiœ, aloës, p'.umhum vslum , corlic. granat. cuinbust., lilharg., pompholiœ, ayant esgard aux choses vniuerselles escriles en la génération de chair : ou de la lamine de plomb frottée de vif-argent, de laquelle ay veu grand effet, voire plus que d'aucun remède.

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