CHAPITRE IX
DE LA FRACTVKE DE L'OMOPI-ATE, -j
Omoplate est un mot Grec, qui signifie espaulette ou palleron de l'es-
' J'ai dit que presque tout ce chapitre est emprunté à Paul d'Egine j il faut ajouter qu'il est loin de représenter l'état de la science même chez les anciens. Ainsi le célèbre appareil d'Hippocrate qui consiste à porter et maintenir la main du côté malade sur l'épaule du côté sain, n'est pas même indiqué; ainsi encore du procédé de réduction décrit par Guy de Chauliac comme appartenant à son maître de Bologne, et consistant à mettre le genou entre les épaules, et il porter ainsi la poitrine du blessé en avant tandis qu'on attire les épaules en arriére.
Ambroisc Paré a recommandé ici une position particulière du bras et del'avantbras qui lui appartient en propre; du reste, celte innovation dont on ne saisit pas bien le but ne paraît avoir été adoptée après lui j, par personne ; et peut-être convicndrait-il r d'essayer ce qu'elle peut donner.
3lO LE TRIÎIZII
paule. Elle n'est point enjointe , mais plaquée seulement au derrière des costes de la poitrine , et attachée auec l'os occipital et auec les spondyles du dos par le moyen des muscles , et au deuant par l'acromium ( qui est vne apophyse ou vn auancement de l'extrémité de sa creste ou espine ) où l'os clauiculaire est appuyé et joint.
Aucuns Anatomistes appellent ceste mesme conjonction acromium. Elle a yne autre production ou apophyse appelée le col de l'omoplate^ et au bout il y a une cauité, qui reçoit la teste de l'os du haut du bras. D'auantage elle a Yne autre petite apophyse , appelée coracoïde en Grec, à cause qu'elle représente un bec de corbeau , pource que son extrémité est crochue*.
Or elle peut estre fracturée en toutes ses parties. Quelquesfois en sa creste , qui est au milieu d'elle , que nature luy a donnée pour sa tuition et défense, comme ont les vertèbres du dos. Quelquesfois aussi que sa partie large est enfoncée au dedans, et quelquesfois en la iointure , où l'os du haut du bras est posé en sa cauité.
Et selon ces différences , les accidens sont plus grands ou moindres.
Ou connoist la fracture estre en sa creste , quand en touchant dessus on trouue Tne inégalité qui cause douleur. L'enfonceure de sa partie large se connoist pareillement au toucher, parce qu'on y trouue vne cauité , et vne stupeur , ou endormissement , au bras du çosté blessé , et le malade sent vne douleur poignante quand on y louche : et telle chose se fait à cause
1 Galien au Liure des os. — A. P. — L'édition de 1575 ajoutait ici ces mots, retranchés dès 1579 :
Plus l'os de l'omoplate est presque couuert de cartilage.
lE LIVRE,
des nerfs , qui se distriV>uent aux muscles de l'cspaule.
Si les pièces de l'os ne sont du tout séparées , et ne picquent point , il les faut redresser en leur situation naturelle, et les y faire tenir auec remèdes agglutinatifs, qui engendrent le callus, et auec compresses et bandages propres à ceste partie. Et si les pièces bougent ou remuent, et picquent la chair , il sera fait incision pour les oster, et seront tirées auec vn instrument nommé bec de corbin. Et en cest endroit faut noter , si les esclats , ou quelques portions des os fracturés ne sont du tout séparés , et qu'ils tiennent encores au périoste et ligamens, s'ils ne picquent la chair , ne les faut oster : pource que i'ay veu plusieurs fois qu'ils se reprenoient et vnissoient ensemble , non seulement à l'omoplate , mais aussi aux autres parties, comme i'ay monstré par cy-deuant aux playes de teste. Mais alors qu'ils sont du tout séparés , et n'adherans plus au périoste , nécessairement les faut tirer dehors : ou autrement Nature auec le temps les chassera hors , parce qu'ils n'ont plus de vie auec leur tout , et faut , comme dit Hippocrates au liure des fractures de teste, que le vif chasse le mort.
Ce qui est aduenu à monsieur le marquis de Villars , lequel receut en ceste partie vn coup de pistolle à la bataille de Dreux , et dés lors on luy tira quelque esquille de l'os , et quelque pièce de son harnois, et de la balle: et si la playe quelque temps après fut consolidée et du tout close.
Toutesfois après la bataille de Montcontour , pour auoir longuement porté le harnois sur son dos , il se fit vne nouuelle fluxion et inflammation sur la cicatrice , en sorte qu'elle se rouurit , et en sortit de rccbef pin-
DTS FHACTVnES DES OS.
3ll
sieurs esquilles d'os , et portion de la balle 1.
Si la fracture est ftiite au col du palleron, ou à la iointurc de l'espaulc, rarement on en eschappe, quelque grande diligence qu'on puisse faire.
Ce qu'on a veu n'agueres aduenir aux défunts roy de Nauarre, et à monsieur de Guise, et au conile Ringraue Philebert, et plusieurs autres, on ces dernières batailles, à cause qu'autour de ceste iointureil y a plusieurs et gros vaisseaux , à sçauoir la veine et artère axillaire, et les uerfs naissans des vertèbres du col , qui se distribuent à tous les muscles du bras. D'auantage, lorsqu'il s'y fait inflammation et pourriture, facilement sont communiqués au cœur et autres parties nobles :
dont plusieurs accidens aduiennent, et souuent la mort 2,