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CHAPITRE XVIII

DE LA FRACTVRE DE L'OS DV COVDE , ET DV RAYON, C'EST-A-DIRE DES DEVX FOCILES DV BRAS

Quelquesfois l'os du coude et du rayon sont rompus ensemble d'vue mesme fracture, et quelquesfois vn d'eux seulement. Aussi il adulent que la fracture est faite ou au milieu d'iceux, ou en l'extrémité prochaine du coude, ou du poignet.

La pire fracture est quand tous les deux os sont rompus ensemble. Car le bras demeure du tout impotent :

et la curation en sera plus diCOcile , parce qu'ils sont plus malaisés à tenir que lorsqu'il n'y en aura qu'vn seul : pour ce que celuy qui demeui-e entier souslient encore le bras, et garde que les muscles ne se retirent , comme ils font lorsqu'ils sont du tout rompus ensemble. Et la pire d'après, c'est quand l'os du coude est

1 L'édition de l.'iîS commençait ce chapitre par une longue description des deux os textuellement extraite du chapitre 26 du livre 4, commençant par ces mots: /.es deux os en leurs exirernilés, et allant jusqu'à la fin de la description des os. Ce morceau qui fesait double emploi a été retranché dès 1679. Voyez 1. 1, p. 2S0, depuis la fin de la deuxième colonne, jusqu'à la page 282, au milieu de la première colonne.

rompu : et la plus facile à guarir, c'est quand l'os du rayon seul est fracturé, parce qu'il e>st supporté et souslenu sur l'os du coude : et si ces deux os sont rompus, il faut faire la contr'extension plus forte, parce que les muscles sont plus retirés que s'il n'y en auoit qu'vn seul : et l'vn demeurant entier sert plus que les bandes et astelles à soustenir l'autre. Aussi s'il n'y a qu'vn d'iceux rompu, pour réduire il faudra faire moindre extension que si tous les deux l'estoient, parce que les muscles sont moins retirés , demeurant entier l'un desdils os qui les tient droits.

Et estant réduits , bandés , et astelés ainsi qu'il appartient, le bras sera pendu en escharpe , de sorte que la main ne soit guère plus haute que le coude, à fin que le sang et autres humeurs ne tombent sur la main : laquelle pareillement sera située et tenue en figure qui soit moyenne entre la prone et la supine \ selon laquelle figure l'os du rayon est droitement situé sur le coude , comme il est en Hippocrates sentence 3. sect. 1. duliure des Fractures. La raison est, qu'il y a peruersion tant en l'os qu'aux muscles par la figure supine : car premièrement pour l'os du coude, l'apophyse slyloïde et l'olecrane doiuent estre au niueau et vis-à-vis l'vn de l'autre : ce qui ne se fait en la figure supine , par laquelle l'apophyse sty-

» L'édition de 167,') présente ici une doctrine très remarquable el très différente de celle qui a été substituée en 1579. Voici le texte :

Laquelle pareillement sera située et tenue en figure supine s'il est possible , à sauoir la paume vers le ciel. Car eslaul posée en ceste manière, l'os du coude droitletnent est situé sur le rayon , el si on fait autremoit , le callus estant formé , le malade puis après ne pourra

DES FRA.CTVRES DES OS

loïde du coude est vis-à-vis de l'apo physo interne de l'os du coude : poulies muscles , parce que qiiçlle est l'inserliou et la teste du imiscle, telle est la situation de son ventre, et l'insertion de sa queue. Or par la figure supine, les muscles qui viennent de l'apophyse interne de l'os du bras , et fléchissent le coude , ont leur queiie supérieure et extérieure.

D'abondant tu n'oublieras pareillement à flescbir et estendre par fois

tourne)' la main vers le ciel : dont l'action de cesle partie sera grandement deprauôe.

D'où venait à A. Paré cette idée de la supination PSans aucun doute il l'avait adoptée d'après les sérieuses éludes qu'il avait faites sur les os des morts, comme il le dit au chapitre précédent, et l'on peut ajouter aussi , d'après une mûre observation de ce qui se passe sur le vivant.

En effet, nul écrivain de cette époque ni des temps antérieurs n'avait recommandé la supination ; et ce n'était pas non plus une doctrine qu'il eût adoptée au hasard , et pressé peut-être par la rédaction précipitée de son livre, car il la préconisait déjà dès 1564, en l'appuyant même sur des arguments encore plus pressants. Je reproduis ce texte primitif.

Laquelle pareillement {la main) sera située et tenue en figure supine ( s'il est possible ) , à sçahoir la patdme vers le ciel ou approchant de telle situation et figure , de peur qu'après la curalion, l'action du bras ne soit deprauée. Car la position de la main autrement faicte que ie ne dis, et comme on pbactiqve oudi- NAiRESiENT, à sçauoir les deux fociles se croisants en croix bourguignonne, et la main prone, la figure demeure vidée quand les os se reprennent , et par conséquent le mouuement depraué, comme il est aducnu à plusieurs qui après ne peuueni tendre la main supine. Edit. cilée, folio 47.

Et il prend même soin d'ajouter celle note inarginalc : Grande faute que l'on commet vulgairement en la situation des fociles du bras rompu.

Ce n'est pas sans quelque étonnemcnl que

le bras du malade , tolitesfois sans douleur le moins qu'il sera possible , pour obuier que par la fluxion qui se fait à la iointure du coude et parties vqisinés, et la longue demeure, les os d'icçUe iointure ne s'agglutinent ensemble , dont s'ensuit après immobilité de la iointure, comme s'il y auoit vn callus formé : et de là vient que puis après le bras ne se peut plier ny estendre : ce que i'ay veu aduenlr à plusieurs : aussi Galien le nous a laissé

j'ai retrouvé ainsi dans A. Paré une doctrine que je croyais bien avoir renouvelée le premier après vingt-deux siècles. Car celte doctrine est indiquée dans le Livre des fractures d'Hippocrate, mais signalée comme mauvaise , et l'autorité d'Hippocrate fit adopter par loule l'antiquité la pronalion moyenne ou complète, que l'analomie et le raisonnement et l'expérience s'accordent à montrer irrationnelle et fâcheuse dans ses résultats.Commentdonc A. Paré, après avoir si bien montré l'erreur de la pratique ordinaire, après avoir soutenu en 15G4 et en 1675 une doctrine tout opposée, comment, à l'âge de 69 ans, est-il venu se donner à lui-même un si formel démenti? C'est qu'il n'avait pas encore la force de se soustraire d'une manière si absolue au joug de l'autoritôj c'est que, pour appliquer la ligature après les amputations, il avait pu se réfugier derrière l'autorité de Galien, et que pour sa nouvelle doctrine dans les fractures de l'avanl-bras il se trouva seul, non seulement contre ses contemporains, mais seul contre Hippocrate, Galien, seul contre tous; et il recula. Ainsi c'est Hippocrate qui a fait condamner dans l'antiquilé la doctrine rationnelle; et c'est encore Hippocrate qui eut le même pouvoir au xvi'= siècle. A bon droit donc la pratique généralement reçue de nos jours peut-elle porter le nom d'Hippocrate; seulement comme le règne de l'autorité tend chaque jour à disparaître , on peut espérer de voir prochainement de plus saines idées adoptées pour la thérapeutique des fractures de l'avant bras. J'ai débattu cette question dans mon Anatomic chirurgicale, t. II, p. 472.

LE TREIZIÈME LIVIIE,

par escrit : et tel \ice est nommé ancylc ou ancylosis ^

Or si la fracture est accompagnée d'vne playc , tu prendras garde de soustenir le bras auec lames de ferblanc courbées, ou gros papier de carte , ou autre chose propi-e à ce faire , qui seruent de contenir les pieces de l'os en telle situation qu'on les a réduits : et de situer le bras sur vn peiit oreiller, comme tu vois par ceste figure.

La figure de la situation d'vn bras rompu , auec playe 2.

1 Galien au Comm. sur les liu. dés articles d'hippocrales. — A. P.

2 II eat à remarquer que pour les fractures compliquées de plaie, A. Paré place la main dans la pronation complète, la pire de toutes les positions, et qu'il ne paraît pas s'être aperçu qu'il péchait ainsi direclemcntcontre la doctrine qu'il avait à si bon droit établie pour les fractures considérées en général. Celle figure cl le texte qui s'y rapporte se rencontrent, en eOet, sauf quelques changements qui ne portent pas sur le fond, depuis

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