‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 178 sur 482 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

COMME l'aYTHEYB PVT TRAITÉ AYANT ESTÉ PORTÉ EN SON I^OGtS APRES LE PREMIER APPAREIL.

Pour retourner à mon malheur :

ma iatnbe traitée de point en point en la manière prédite . ie fus après disner porté en mon logis, où ie me feis tirer trois palettes de sang de la basilique senestre. Et au second appareil, et autres suiu.ans, ie fus sollicité de mes compagnons et amis, Chirurgiensiurés de Paris i.

Et autour de la playe et de ses parties voisines, ie feis appliquer de l'onguent rosat^ lequel est fort loué des anciens au commencement des fractures , parce qu'il sede la douleur et prohibe l'inflammation, repoussant les humeurs loin de la partie blessée, à cause qu'il est froid, astringent et repercussif : lequel esloit fait d'huile omphacin, eau rose^ et vn peu de vinaigre, et de cire blanche:

continué iusques au sixième iour. Les compresses et bandes estoient trempées en oxycrat, et quelquesfois en vin gros et astringent, pour roborer la partie, ce qui est principalement recora.raand.é d'Hippocrates aux fractures auec playe , et astreindre et repercuter les humeurs : et quand elles estoient seiches , ie les faisois arrouser dudit oxycrat, et autresfois d'oxy-

1 L'édition de 1564 porte : de mes compagnons Chirurgiens de Paris , principalemenl de maislre Eslienne de la Riuiere, Qiirurgien ordinaire du Roy, qui prinl la charge principalle de me penser.

2 L'édition de 1564 dit seulement: del'inguenl rosal, ce que l'on continua iHS(lucs à que iaposteme el suppuration suruint.

DES FRA.CTVRKS DVS OS.

rliodinum. Car quand elles sont trop seiches, douleur et inflamnialion suruiennent à la partie, à cause qu'elles la serrent d'auantage qu'elles ne faisoient quand elles estoient mouillées. II y a plusieurs Chirurgiens, qui en tel cas depuis le commencement ilisques à la fin n'vsent que de medicamens astringcns et emplastiques, contre la méthode d'Hippocratcs et de Galien : considéré que par leur astriction et emplastration ils estoujipent les pores du cuir de la partie: ce faisant augmentent la chaleur estrange, auec vn grand pruiùt ou démangeaison : au moyen dequoy s'engendre sous le cuir vne certaine humidité séreuse, acre et mordicante, qui fait vlcere : qui donne bien à connoistre que tels medicamens ne peuuent estre continués que cinq ou six iours. Donc au lieu d'iceux on vsera des emplastres cy après déclarées.

Et pour retourner à mon propos , ie garday au commencement de ma maladie yne si extrême diète, que par l'espace de neuf iours ne mangeois par chacun iour que douze pruneaux de Damas, auec six morceaux de pain * , et beuuois vne chopine

* L'édition de l.'>45 s'exprime ainsi touchant le régime que ie blessé doit garder dans les premiers jours. Folio 38, verso :

« Incontinent après et sur toutes choses fault tenir le membre en repos et ordonner diète assés tenue pour le commencement, et saignée, purgation, principalement en l'absence du Médecin à ce requis. Car lors le Chinargicn doibt consyderer de cacochymie ou plénitude, qui sont le plus souuentcauses générales des accidents périlleux, ausquelz pour mieux obuicr, fault applicquercs parties voysincs de la playe, remèdes repcrcussif/. et emplaslicques, à fin de plus facilement prohiber douleur, fluxion et inflammation. Et si d'auenture y auoit grande

d'hipppcras d'eau , composé en ccste lïianiere :

:^.Sacchar. albissim! 5, xij.

Aqua) fonlana; Ib. xij.

Cinuam. 3. iij.

Bulliant simul secundum artem.

Autresfois du syrop capil. Vener.

auec eau cuite. Autresfois du Polus diuinus fait ainsi:

Aqua; cocI,tb Ib. vj.

Sacchari albiss. 5 , Succi limonum 5 .

iiij.

Le tout soit battu ensemble dans deux esguieres de verre, ou autres vaisseaux pour boire. Par fois aussi i'vsois d'vn bol de casse auec vn peu de rhubarbe. Autresfois de suppositoires de sauon pour prouoquer mon ventre : chose que ie craignois beaucoup, à cause qu'il me falloit remuer pour mettre vn drap dessous moy, auec que, quand i'estois quelque temps sans y aller , ie sentois grande chaleur aux reins.

Il n'y eut toutesfois si exquis régime, ny autres choses, qui peussent garder que la fiéure ne me saisist en l'onzième iour , auec defluxion , qui causa vne aposteme, laquelle suppura long-temps : tout ce queie croy m'estre aduenu, tant à cause de quelque humeur retenu en la partie, que pour n'auoir sceu endurer que la playe fust assez bandée, mesmespour quelques esquilles comminuées et séparées des extrémités des os, faites

hœmorrhagie, scroit nécessaire l'arrester, puis digérer, mundifier et incarner la playe : soy gardant diligemment d'appliquer aulcunes choses vnctucuses sus l'os fracturé et dénué : mais seulement pouldres desiccatîues, comme ircos , panacis , capparis , arislO' lochiœ rotnndœ , masticliis, myrrhœ , cl leurs semblables. »

336 LE TREIZIÉ:

tant par la fracture , qu'en la réduction d'icelle : car le bout de l'vne et de l'autre n'estoit égal, et lors qu'il y a quelques petits frag-uients du tout séparés, ils ne peuuent plus estre vnis ny glulinés , et par ainsi s'altèrent et pourrissent : qui est souuent cause de faire aposleme et autres grands accidens. Or les signes qui me faisoient connoistre qu'il y auoit des os séparés, estoient que de la playe sortoit \ne sanie claire et crue : pareillement les léures d'icelle estoient fort enflées, et la chair taxe et molle comme esponge. Outre lesquelles causes il me semble que la principale occasion de la fiéure , et del'aposteme, prouint de ce qu'vne nuit en dormant les muscles se retirèrent par vne violence si grande, queie leuay maiambe en l'air, voire de telle sorte que les os sortirent hors de leur situation , et pressèrent les léures de la playe , tellement qu'il fallut de rechef tirer et pousser les os pour les réduire. En quoy faisant i'enduray encores plus de douleur , que n'auois fait la première fois que fus pensé.

Geste fiéure me continua sept iours, au bout desquels fut terminée partie par l'aposteme , et partie par très grandes sueurs

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