CHAPITRE XXIir
LA PREMIERE MANIERE DE REDVIRE L'eS- PAVLE, AVEC LE POING OV LES DOIGTS lOINTS ENSEMHLE.
Il faut premièrement tenir fermement le malade au dessus de la iointure de l'espaule, par vn homme assez fort : secondement , luy faire tirer le bras par vn autre au dessus du coude contre bas, tellement que la teste de l'auant-bras soit posée vis-à-vis de sa boëtte. Ayant tiré suffisamment , le Chirurgien haussera et poussera de ses mains ou de son poing , l'os dedans sa cauitè.
Et icy noteras, qu'aux luxations récentes, et aux ieunes, et aux peu charnus , et à ceux qui sont de tempérament mollasse , lors qu'on fait suffisante extension, la teste de l'os estant desueloppée d'entre les mus-
' L'édition de 1575 écrit le lambin ; mais ce parait être une faute d'impression qui a été corrigée dès 157!).
^ Cette dernière phrase n'a été ajoutée qu'en 1585. Du reste on la retrouvera plus bas au chapitre 28.
LE QVATQR^lliME LIVRE ,
des, et autres parties qui la compriiT^eul, lesdits niijsclos dp ceste partie soutlain lâchés aiçlcnt à rcdi^ire l'os*: ce que i'ay coiineu quelquesfois : car ne faisant sculcrnent qu'vne préparation en tirant et haussant vn ppu le hras, la reflucljqn se faisoit sans y penseï' : ce qu| se- faispit par le njpyen des muscles qui se reljrqient vers leur principe, et ce faisan| tiroient l'os en sa boette.
l^t si par çe inoyen la main n'pst svifl^^aîite, tu attacheras l'espaule Ç^u malade par le |ien qu'auops cy dessus figuré, contre vn pilier, ou tenu par derrière par vn fort homme : puis
le bras du malade sera lié au dessus coude auec yn escheueau de fll, lequel sera attaché auec vne corde , et tiré par la mouflp qu'auons pareillement descriie cy dessus, et vn seruiteu^• tirera la corde tant et si peu qu'on voudra. Puis le Chirurgien aura vnp seruiette. ou autre lien, qui spra passé sous le bras du malade , assez près de la deloiieure, lequel sera passé sur le col du Chirurgien, à fin qu'il esleue le bras en haut ; et dp sps deux mains réduira l'os en son lieu , en tournant le bras vers la poitrine du malade , comme tu vois par ceste figure.
Apres la reduclipp, faut appliquer sny toutes les parties voisines de l'espaule vn ïpedicîimept de (o.llç farir^ç , bol (trï\ie^e , ri]Urm<i!^ , p]çens, pa%xreslr\e, aluni^ s^bulement puluerisés, et incorporés auec blanc d'œufs.
Et faut mettre sous l'aisselle vn peloton de laine ou de colon , ou vne compresse de drapeau trempée en
* Point notable. — A. P.
huile rosat ou de myrtile, auec vn peu de vinaigre, et vn peu d'onguent rosJ^t reffiger£(i^t de Galien, de peqr qu'ejle ne tint au poil, s'il y e^ îjuoit. Apres on fera la ligature large de cinq doigts , ou plus ou moins , selon la grosseur du malade, et longue de deux brassées ou plus, laquelle sera à deux chefs : commençant le bandage par le milieu d'icelle, iettée sous l'aispelle , et menée par dessus l'espaule
malade, puis par dessous l'autre aisselle , de sorte que ses reuolulions se croisent en forme de proix S. André, 'et l'aire tant de tours qu'il sera besoin. Apres on attachera le bras contre les costes, et sera situé en escharpe assez haut en flgure d'vn angle droit, tenant la main près l'espaule saine, à lin que l'os recentement remis ne tombe de rechef hors de sa boette : et ne faudra remuer l'appareil de quatre ou de cinq iours, s'il n'y suruient quelque accident.