‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 212 sur 482 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

AVTRE MANIERE DE BÈDAàRE l'eSPAVLE

Hippocrates loue sur toutes les manières de réduire l'espaule luxée , ceste-cy. - Il faut prendre (dit-il) vn bois large de quatre ou cinq doigts , et espés de deux , ou moins , et de longueur de deux coudées , ou plus court. li faut que l'vn des bouts soit fort estroit et fort tenue , et qu'il y ait vne petite teste ronde y et vn peu caue, et qui soit vn peu eminerite non vers les costés, ains vers la teste dé l'os du haut du bras , ù fin qu'estant

DËS LVXATIONS. S^S

mis sousiciaiié testé dé l'hs dii Hdut du bras, il soit approprié à l'aisst'lle pi'és les costes. L'on colléfa tliihiqije pièce de drap uu bout dudit bolâ , OU qilelques compresses de éotort 0(1 dé linge, à fin qu'il blesse ttioitis les parties où il louche, ipres il faut tttettré le plus atlaht qii*oii peut li teste dtldil bois en l^lisselle, etitrela teste Ûè l'os du hatit dit bras, et les costéS. Pâroiilemettt tout le brdS Éel-A ëstendu sur ledit bois, et lié au desSoUS de l'aisselle, et Vn peu au defisus dU coilde et de lii main , à fin qu'il soit Ihimobile. Or c'est Chose qili Inlporté et qii'il faut falié, qtie le bout de ce bots passe la teste de l'os du iiaul du bras, de façon qûHl entre fort auant sous l'aisselle. En après il faut mettre vne grande pièce de bois en trauers , de grosseur du manche d'vne houë , au milieu de deux colomnes , ausquelles ladite pièce sbit bien attachée : sur laquelle auec le bois il faut mettre tellement le bras, qu'il soit d'vn costé, et le reste du corps soit de l'autre. Et doit ladite piecé estre sous l'aisselle : et après il faut tirer d'vn costé le bras autour de la pièce de bois, et de l'autre costé il faut tirer le corps. Or il faut lier la pièce de bois si haut , que le malade soit pendu de tout le reste du corps, de sorte qu'il ne touche en terre. Aussi qu'on le balance contrebas. Ce moyen de réduire la luxation de l'espaule est le meilleur de tous les autres ^. »

Au lieu de deux colomnes, bn s'aidera d'vne eschelie , ou d'vne porte, ou de deux pieds de lit. Maistre Henry Aruet, Chirurgien demeurant à Orléans, homme de bien et grandethent expeiltnenlé en la Chii Urgie, fal'a af-

1 llippocratcs au 1. liure dès articles, dit ces propres parolfes, seflt. 19.— A. P.

LE QVATORZl

fermé que iamais n'auoit fait faute à réduire ceste luxation par cesle manière, si par succession de temps ( comme dit Hippocrates ) la chair n'estoit accreuë en la cauilé de la iointure, et aussi la teste de l'os n'auoit fait vn lieu tout battu , auquel elle fust descendue. Car alors l'os ne pourroit estre remis, ny demeurer en son lieu , mais retomberait au lieu battu et ja calleux , qui tient lieu d'vne iointure.

D'auautage ne veux encore oublier de bien instruire le ieune Chirurgien, que si d'auenture la teste et l'os du haut du bras faut à entrer tout à

KMIÏ LIVRE,

l'heure en sa cauitc, il faut que le Chirurgien branle çà et là le bras disloqué : et par ce moyen la teste de l'os r'entrera en sa boëtte : et y estant r' entrée, on r'habilhîra et appliquera-on les compresses et ligatures, comme nous auons dit par cy deuant.

Outre et par dessus les figures cy dessus dépeintes, l'en ay voulu encor donner vne autre, pour réduire ladite luxation auec la pièce de bois qu'escrit Ilippucrates, qui sera attachée d'vne chenille de fer dans vn Ireleau, laquelle se pourra hausser et baisser tant et si peu qu'on voudra, comme tu vois par cette figure.

Glossocome d'Hippocralcs nommé carM ■

Or le malade doit estre assis sur vne petite selle , vn peu plus bas que

1 Par le texte même d'Hippocrate cité cidessus, on voit que l'ambi représenté par cette figure n'était pas alors connu ; et toute l'antiquité n'a fait usage que de Vumbès qu'on verra figuré plus loin, et qu'on réunissait à la porte, à l'écltelle, ou au bfllon suspendu sur deux colonnes comme on le

n'est la hauteur du tréteau, ayant les pieds liés ensemble , de peur qu'il ne

voit à la page 375. La réunion de l'ambi à un piédestal, ou comme dit Paré, à un tréteau , constitue à proprement parler Yambi, instrument tout moderne, et dont les premières traces ne remontent plus haut qu'à l'ouvrage de Gersdorf en 1517. Voyez mon Introduction.

DKS LVXATIONS.

s'eslene lors que le Chiriirn^ien réduira la luxaliou : ce qu'il fera ayant posé et lié le bras luxé sur la pièce de Lois, et icelle appliquée sous la teste du haut (lu bras, comme a esté dit cy dessus : et après ce fait , baissera le bout de ladite pièce de bois opposite à la teste caue et ronde contre-bas.

Ce faisant l'os se réduira en sa boëtle.

D'auantage ie t'ay encores fait dépeindre en particulier la pièce de bois, nommée Ambi laquelle en sa leste a vue cauité marquée par B. et sa totalité marquée A. auec trois liens pour lier le bras ferme, de peur qu'il ne vacille çà ou là, comme tu vois par ceste figure 1.

Depuis la première impression de mon Liure , estant à Nancy en Lorraine,par le commandement duRoy, pour la maladie de madame la Duchesse : maistre Nicolas Picart, Chirurgien de monseigneur le Duc, me monstra vn Ambi, auquel il auoit adiousté quelques choses par dessus celuyque i'auois tiré d'Hippocrates, duquel ie t'ay bien voulu donner le portrait, ensemble l'explication d'iceluy 2.

A. Monstre deux ailerons ou oreilles qui sont audit ambi, à fin de retenir le haut du bras, qu'il ne vacille çà ne là.

r.. Le pillier sus lequel est attaché ledit ambi.

C. La petite cheuille qui tient ledit ambi ioint dans le pillier.

D. Les virolles qui tiennent ferme la patte du pillier, à fin qu'il ne se hausse ou vacille en la réduction.

K. Les trous de la patte où est inséré le pillier ioint au plancher.

' Ceci est Yambes pur d'Hippocrale, déjà figuré à la page 375.

-Ce paragraphe et la figure qui suit ne datent que de l'édition de (.'^.79.

Figure diidil ambi A

C'est vne chose bien décente aux Chirurgiens deraeurans aux villes, d'auoir tel instrument pour réduire les luxations de l'espaule.

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