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CHAPITRE LXII

DES C.OMPLICATIONS ET ACCIDENS QVI PEVVENT SVRVENIR A LA PARTIE FRAC- TVRÉE OV LVXÉE.

Or il y a plusieurs complications de maladies et accidens, qui souuent ac-

40iî LE QVAtTORZ

compagnGiitlcs fractures et luxations:

comme contusion, douleur extrême, inflammation, fiéure, aposteme, gangrené, estLlomeuc, vlcere, fistule, altération et carie aux os, atrophie ou amaigrissement de la partie, deprauation de l'action des parties , et autres : lesquelles requièrent pour leur curation grande méthode et diligence.

Quant à la contusion, elle est faite lors que quelque chose grosse et pesante tombe sur vne partie , ou par tomber de haut en bas, dont se fait effusion de sang : lequel , s'il est en grande quantité, sera subit euacué par scarifications, à fin de descharger la partie, de peur qu'elle ne tombe en gangrené et pourritui-e : et d'autant qu'on connoistra le sang estre plus gros, et le cuir espais, les scarifications seront faites plus profondes :

et y peut-on semblablement mettre des sangsues.

Or nous auons parlé cy-deuant de la douleur, sçauoir est, qu'elle se fait au moyen que les os ne sont en leur lieu naturel, faisans ponction et compression aux muscles et parties nerueuses, dont l'inflammation suruient, et par conséquent la fiéure, et souuent aposteme , pour la defluxion et inflammation : et de l'inflammation gangrené, de gangrené eslhiomene, puis vlcere et fistule : de fistule, carie et pourriture aux os.

L'atrophie , ou amaigrissement , ■vient d'auoir trop longtemps tenu la partie en repos , et aussi pour Taiioir tenu liée : car telles choses priuentla partie d'aliment, parce que le sang et esprits sont comprimés et empgschés de tomber en la partie.

Pour la cure de l'atrophie, si la partie esttrop liée, on la déliera: et si elle peut estre exercée, on le fera en l'eslendant, fléchissant, haussant et bais-

!ME LIVRE

sant, et tournant : car par ces moyens la chaleur naturelle sera excitée , et par conséquent les esprits reluiront plus abondamment en icelle. Et où la partie ne pourra estre exercée , faut faire des frictions et fomentations d'eau chaude. Les frictions seront modérées , sçauoir est , entre dures et molles , aussi entre celles qui se font trop briefuement et trop longtemps.

Quant à la qualité de l'eau pour les fomentatioîîs , il faut pareillement qu'elle soit moyenne entre la fort chaude et celle qui est tiède. Aussi ne faut faire la fomentation trop longuement ny trop peu : pource que si on la faisoit trop longuement, on pourroi t résoudre ce qu'on auroit attiré : et si on la fait peu de temps , on attire peu ou rien K

Apres la fomentation , on appliquera medicamens chauds et emplastiques, faits de poix, de térébenthine, euphorbe, pyrethre, souphre, et leurs semblables , tel que cestuy-cy : lesquels faudra remuer tous les iours , plus ou moins, selon qu'on verra estre nécessaire.

Dropax.

jif. Picis nigrae, ammoniaci, bdel. gummi demi in aqua vitœ dissol. ana 3 . ij. Olei laurini g . j.

Pul.piperis, zingiberis, granorum paradisi, baccarum lauri et iuniperi, ana 3. ij.

Fiat emplastrum secund. artem, extendatur super alutam.

D'auanlage faut bander et lier l'autre partie saine , toutesfois sans douleur. Exemple = Si le bras dextre est atrophié , on bandera le senestre ,

» Toute celle doctrine sur le traitement de l'atrophie est empruntée aux livres hippocratiques, à part quelques détails de peu d'importance.

DES LVXA.T10NS,

commençant à la main et finissant à l'aisselle: et si c'est la Ïambe dextre, on liera la senestre, commençant au pied et finissant à l'aine : car en ce faisant, on renuoye vne portion du sang et esprits en la veine caue : et d'elle, estant pleine, il en sera renuoyé en la partie atrophiée, en laquelle les vaisseaux ne sont remplis, mais aucunement vuides. Pareillement faut que la partie saine soit en repos, à fin que l'aliment y flue moins. Or il conuient en faire aller beaucoup en la partie emaciée , d'autant qu'elle est vuide, et aussi pour l'alimenter.

D'auantage vne partie atrophiée peutestre restaurée en la liant et serrant médiocrement : car ainsi on attirera le sang, comme quand nous voulons faire vne saignée, nous lions les bras ou les iambes, pour attirer le sang aux veines. Plus, on peut faire souuent tremper la partie atrophiée dans de l'eau vu peu plus chaude que tiède , et l'y tenir iusques à ce qu'elle se tuméfie et rougisse : et par ce moyen on attire le sang aux veines : ce qui se voit quand nous voulons ouurir les veines des mains et des pieds. Or lors que par les remèdes cy dessus mentionnés , les parties atrophiées s'eschauffent , rougissent et enflent, c'est signe de guarison : au contraire non : et partant les faut laisser, et n'y perdre temps ny argent.

D'auantage s'il demeure dureté aux iointures après les fractures et luxations, il les conuient amollir, et résoudre l'humeur contenu en icelles par fomentations, linimens, cataplasmes, emplaslres faits de racines de guimauue, bryone, oignons de lis, semence de lin, fenugrec, et autres semblables: pareillement dégommes

fondues en fort vinaigre , comme ammoniac, bdellium, opopanax, ladanum , sagapcnum , styrax liquida :

aussi de graisse d'oye, de geline, humaine, huile de lis, et autres semblables ; et commander expressément au malade qu'il remue la partie le plus qu'il luy sera possible sans douleur, à fin qu'il eschauffe , sublilie et consomme l'humeur contenue en icelle: et par tel moyen sera la partie restituée en son naturel, si possible est. le dis si possible est : car si l'impotence vient à cause que la fracture est près de la iointure ( comme nous l'auons dit ) le mouuement après est difficile, et souuent du tout impossible : principalement si le callus est trop gros, ou si la iointure mesme a esté allrite , froissée et fracturée , comme on voit ordinairement aux coups d'harquebuses

Que diray-ie plus ? C'est qu'Use fait quelquesfois dilatation des membranes et fibres, tant nerueuses que musculeuses, appelée des Grecs Apospasma : et dilaceration des mesmes parties, nommée semblablement Regma , qui se fait par vne grande et violente extension, comme ceux que l'on tire sur la gesne , ou par tomber de haut en bas, ou par vne mesmarcheure , ou vouloir tirer un coup de raquette à vn jeu de paulme, ou jelter vne pierre ou barre, ou faire autre violente extension : lesquelles causent grande douleur , et deprauation de l'action de la partie, sans rien appa^ roistre au dehors , dont souuent me suis trouué bien empesché. Et pour secourir à tel accident , faut au com-

1 Le chapitre s'arrête ici dans les premières éditions; le paragraphe qui suit a été ajouté en 1585,

4o4 LE QVATORZIÉME LI

mencement appliquer sur la partie ûeVoxyrhodinum, qui est huile rosat et vinaigre : puis après l'einplaslre diachalciteos fondue auec dudit oxyrhodinum : ipuis deux ou trois iours

ElE , DES LVXATIONS.

après , oindre toute la partie d'huile de térébenthine et eau-de-vie, laquelle confortera les parties blessées, en resoluant la meurtrisseure des parties nerueuses.

LE OVINZIEME LH^RE

TRAITANT DE

PLYSIEVRS IINDISPOSITIOINS ET OPERATIONS

PARÏICVLIERES ,

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