‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 259 sur 482 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

DÇS J'ISTVLES LACBYMALES, APPELÉES

DES GRËcs yEgylops *.

Au grand coin de VQeil il y a vne glande faite de Nature, pour receuoir et contenir vne humidité pour lubrifier et humecter l'œil , à fin qu'il ne ftist par ses raouuemens desseiché:

ce que nous auons assez demonstré cy dessus en l'Anatomie de ceste partie. Or ceste glande par tluxionsphlegmoneuses ou par matière çatarreuse et pituiteuse tombant du cerueau , s'aposteme et vlcere , et quelquefois se dégénère en fistule, et par quelque temps se fait carie en l'os.

Aucunes desdites fistules sont ouuertespar dehors, principalement la phlegmoneuse : les autres par dedans, qui se fait de matière çatarreuse , de sorte qu'il n'appert aucune ouuerture par dehors , fors vne tumeur de grosseur d'vn pois : et lors qu'on presse dessus , on fait sortir vne sanie séreuse et rousse, autresfois blanche! et visqueuse par le coin de l'œil , pu par dedans le nez : aucuns ietlent ladite sanie continuellement : les autres sont vn mois ou plus sans rien ietter , qui est le propre d'aucunes fistules.

Les vieilles fistules lacrymales sont cause de rendre l'œil atrophié, et puante haleine , et quelquesfois de faire perdre du tout l'action de l'œil : parquoy est besoin que le patient appelle conseil tant du Médecin que du

' Ce chapitre se trouve à la suite du précédent dans le traité Des playes de la teste, fol. S'iS. Du reste, il ne contient pour ainsi (lire rien de propre à l'auteur, hors peutêtre la plaque pour préserver l'œil de l'ac tiûndu cautère.

OPERATIONS p:|E CU^BVi^QIE.

Chiryrgjei^ , pour obuicr à tpls açcidens.

Pqii)- la piirfitipp , il fajit J^s choses vnîuerséljcs précèdent lesparticujieres. Dpncsj l'vlcqrp n'est asçev; ample, sera appliqué flpdans lentes d'esponge : et pour cqj-rigev e^ consumer la chair superflue de lad^le glande, on appliguerà dextf ernept ^jj profond , medicaraens cattieretique^ , comme poudre de vitriol calciné, de mercure , eau forte , huile de Vi-

triol ' , ou yn petit caiitere potentiel.

Et si tels remèdes pe profitenij; , e^ qu'il y eust carje en l'ps , e\ que \fi patient voylust enf^urer, on doit yser de cautère actuel, lequel ie loue p^u^ que le potentiel, pource que son opè; ralion est plus pronipte et seure : ef puis bien asseurer qu'à plus eurs l'ay appliqué auec heureuse issue. En tel cas aucuns praticiens veulent que ledit cautère soit d'argent, les autres d'or, pource, disent-ils, que tels métaux sont plus excellons que le fer :

mais quant à moy, ie n'y trouue aucune raison : parce que c'est tousiours le feu qui opère, et non la matière des cautères. Que s'il est question d'estre si cérémonieux pour le choix desdils métaux : ie trouue par raison le fer plus propre à telle opération qu'aucun autre , de tant qu'il est plus astringent et dessiccatif que ny l'or ny l'argent, pource qu'il est plus terrestre, comme l'efTet le monstre és eaux qui passent par les mines de fer 2.

La figure du cautère doit estre de figure triangulaire, et vn peu aigu en

* Huile de vitriol est siccatiue , et fort astringente. — A. P. — Celte note vient de l'édition de 1561, et a été conservée dans les éditions complètes.

2 La dernière phrase de ce paragraphe y a été ajoutée en 1579.

432 LK QVTNZIÉME LIVRE,

son extrémité , à fin que plus promptemenlilfacesoneffKt. Et alors qu'on l'appliquera, on doit bander l'œil sain, de peur que le malade ne voyole feu : etiuy sera tenu la teste ferme, de peur qu'il ne la tourne de coslé ny d'autre. Et sur l'œil fistule, sera appliqué vne pièce de fer , laquelle se cambre selon la cauité du grand canthus de l'œil en laquelle il y aura un trou qui sera posé à l'endroit de la fistule, par lequel on appliquera le cautère :

ce faisant on ne touchera nulle autre partie que l'endroit qu'on veut cautériser. El d'abondant , sert pareillement de clorre entièrement l'œil , de peur que le patient n'apperçoiue ledit cautère: la figure duquel est telle auec la pièce de fer.

1 Ces mots , laquelle se cambre, etc., manquent dans l'édition de 1661 ; toutefois la figure de la plaque est toujours restée la même.

D'auantage le Chirurgien aussiaura esgard que lors qu'il appliquera le cautère, ou fera quelque autre grande œuure de Chirurgie, comme couper vn bras ou autre partie du corps, ou faire quelque ouuerture, et généralement toute opération cruelle , iamais ne doit, s'il est possible, permettre y assister aucuns des parens et amis du malade , fors seulement les seruiteurs, ou ceux qui puissent bien ratiociner et entendre que telles actes se font selon l'art, à fin de luy donner aide et secours pour la guarison de sa maladie. Car ceux qui portent folle amitié au patient, et qui peu ratiocinent , tant s'en faut qu'ils donnent loiiange à ton œuure, qu'au contraire la vitupéreront , et t'appeleront non Chirurgien , mais bourreau : pource que la science n'est iamais contemnée si ce n'est par gens ignares, empiriques, et sans raison.

Or après auoir deuëment appliqué ledit cautère , mettras dans l'ouuerture et sur l'œil et parties voisines , blancs d'œufs agités eu eau rose , plantain et morelle: etsera le patient posé au lit ou en vne chaire la teste vn peu haute, etsera renouuellé ledit remède subit qu'il commencera à se desseicher. Puis sera procuré la cheute de l'escarre, auec vn peu de beurre frais: laquelle estant tombée, sera l'vlcere monditiée, puis incarnée, et cicatrisée selon l'art. Et où l'os sera trouué estre carié , seront appliqués remèdes propres aux caries des os, lesquels déclarerons cy après'.

i Après le chapitre qu'on vient de lire , l'édition de 1661 contenait un passage qui ne se retrouve pas dans les éditions complètes; le voici :

« Et pour dire en somme des dispositions de l'œil , il s'y tait inflammations, fluxions,

OPERATIONS

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