‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 270 sur 482 · ADVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

ADVERTISSEMENT

« Ami lecteur, pendant que ie composois ce liure , ie receus vue lettre de mons. loubert, médecin du Roy > Docteur Regent en la Faculté de médecine en l'vniuersité de Montpellier, par laquelle, entre autres négoces , me prioit affectueusement, si encore ie raettois la main à la plume pour escrire de la chirurgie, que ie donnasse vn coup de coude à la douleur des dents, ce que i'ay bien voulu faire tant en sa faueur qu'en celle des nouueaux aprantis en chirurgie. »

Remarquez en passantl'orthographe avancée de ces mots ami , coude; celte édition de 1573 offre plus d'un progrès de ce genre.

Du reste, déjà Paré avait abordé les affections des dents dans un ouvrage bien antérieur , le traité des Playes de la Teste publié en 1561 , fol. 25G à 261 ; tous les instruments y sont déjà figurés, comme aussi ils ont éié reproduits dans l'édition de 1564. J'aurai soin d'indiquer dans le texte ce qui appartient à chacune de ces éditions originales.

miracle de nature, attendu que les tumeurs ne viennent sinon auxlieux oùil se peut faire ex tension. D'auantageGalien liu. 5. chap 8. delà compositiondes medicamens selon les lieux , dit auoir esprouué en soy-mesme, lorsqu'il fut trauaillé d'une forte douleur de dent, que non seul.went le nerf et la membrane qui lie la dent estoit trauaillée de douleur, mais aussi la propre substance de la dent estoit douloureuse et agitéedephlegmon, etdelamesme pulsation que les parties charneuses:

et dit qu'il tient cela pour chose esmerueillable , pour la grande dureté de la dent, comme la pulsalion se peut faire pour la difficulté de l'extension ».

La cause de la douleur des dents vient de cause antécédente , ou de primiliue : d'antécédente , comme heumer et defluxion chaude ou froide tombant sur icelles , qui remplit l'alueole, de façon qu'elle pousse la dent hors, qui fait qu'elles sont souuent auancées en dehors, tellement que le malade n'ose et ne peut aucunement mascher dessus, pour l'extrême douleur qu'il sent, et la fluxion fait qu elles sont relaschées, qui cause les faire branler : et si elles sont corrodées, creuses, etpertuisées iusques à la racine, lors que le malade boit sur tout quelque liqueur froide , il lui semble qu'on luy donne vn coup de poinçon dedans.

Les signes que la cause est chaude, c'est que la douleur est aiguë et poignante , comme si on mettoit des aiguilles dedans. On sent aussi vne grande pulsalion en sa racine, et aux temples : pareillement sera conneuë quand on applique remèdes froids, qui appaisent la douleur.

■ Ce paragraphe manque dans toutes les éditions antérieures à celle de 1585.

OPERATIONS

Les signes que la cause de la douleur est froide, c'est que le malade a grande pesanteur de teste, et ielte beaucoup de saliue et d'tuiniidités par la bouche, et la douleur s'appaise par remèdes chauds. Et en ces douleurs , ne faut que les barbiers et dentateurs (c'est-à-dire arracheurs de dents ) se hastent trop subit les arracher, sans le conseil de plus aduisés qu'ils ne sont quelquesfois.

Pour la cure il y a ti'ois intentions: La première est, ordonner le régime:

la seconde, purger la matière antécédente : la troisième , application de remèdes particuliers propres à seder ceste extrême douleur.

La première intention est ordonner le régime sus les six choses non naturelles.

La deuxième, est vacuer la matière antécédente, comme s'il est besoin qu'il soit saigné et purgé ' : aussi pour diuertir la fluxion , on appliquera des ventouses derrière le col et sur les espaules : et si la matière est chaude, on appliquera sur la genciue à l'endroit de la douleur, des sangsucs pour vacuerla maliereconiointe, et ouurira-on les veines de dessous la langue : ce que i'ay fait par plusieurs fois, et sedé des douleurs extrêmes :

mais auparauant que les appliquer, ie faisois petites scarifications auec vn dechaussoir de dents.

La tierce intention sera accomplie en appliquant plusieurs remèdes contrarians à la cause de la douleur :

comme si la matière est chaude , il faut tenir en la bouche vin de grenade, auec eau de plantain, et vn peu

* Dans rétlitîon de 1573, l'auteiirajoutait ici : on appellera pour le faire vn docie médecin. Celle phrase a élé retranchée dés 1M5.

DE CHIRVRGIE.

de vinaigre boiiilli auec roses et sumach etlleurs de grenades. Il fauticy noter que les remèdes s<>dalifs de la douleur des dents , doiuent estre de ténue substance, à cause qu'elles sont fort dures : et partant les anciens ont tousiours voulu mettre du vinaigre, parce qu'il est incisif et penetratif

' La question agitée dans ce chapitre était autrement Irailée dans l'édition de 15G1. En voici le lexle littéral :

« Or ie ne veux encor' icy me taire que ie ne parie de certains remèdes propres et approuuez, pour seder la douleur des dents, laquelle eslquelquesfoissigrandeelcxtreme, que les patients courent les rues comme insensez et detenuz de rage. Et telle douleur est causée communément d'vne fluxion pituileusc et très froide , de sorte qu'elle mortifie et corrompt les dents, les rendant noires, pourries et perluisees iusques en leurs racines : de façon que le nerf, lequel s'insère en leur substance, est descouuert, et alors que le patient inspire l'air froit, ou boit et menge choses froides, sent vne extrême douleur. Et partant les remèdes qui s'ensuiuent sont propres à céder ladi te douleur, à sçauoir, s'ils peuuent pénétrer iusques au profond de leurs racines : partant si leur trou ou vemineure (sans doute vermineure) n'est suffisamment ouuert , et qu'il soit à coslé de la dent, le faut accroistre auecques petites limes propres à ce faire, ainsi que lu vois par ces portraits. »

(Ici venaient des figures de limes que je ne reproduis pas, attendu qu'on les retrouvera à l'une des pages suivantes. Puis l'auteur poursuivait : )

« Après auoir suffisamment amplifié et fait voye à la dent vermineuse, on mettra dans le trou huille de quinte-essence de clou de giroffic, muguette, rosmarin, sauge, ou leur semblable , auecques vn peu de colon.

» Autre remède. Prenez vne gossc d'aulx , et la faites vn peu cuire sous les cendres chaudes, puis soit pelée et mise dedans le

446 QVINZl Autre.

Prenez roses rouges , sumach , orge , de chacun vne demie poignée.

Seniencc de iusquianie concassée, deux dragmes,

P(5 tous le^ sandauls, de chacun vne dragme.

Laictue, sommité de ronces, morelle, plantain, de chacun demie poignée.

Le tout sera boiiilli en quatre liures d'eau commune, et vn peu de vinaigre , iusques à ce que l'orge se creue.

Et d'icelle décoction en sera tenue en la bouche vn peu liede.

Autre.

Prenez semence de iusquiame , sandaracha, coriandre , opium , de chacun demie dragme.

Le tout pilé et incorporé auec vinaigre , et en soient formés tyoçhisques.

Puis en soit apposé sur la dent douloureuse.

Autre trochisque.

Prenez semence de pourpié , de iusquiame, coriandre, lentilles, escorce de sandal citrin, roses rouges, pyrethre, camphre, de chacun demie dragme.

Et soyent bien pilées ensemble auec fort vinaigre, et soient formés trochisques.

Lors qu'on en voudra vser, on en prendra vn ou deux auec eau rose, et

trou de ladite dent, le plus chaut que l'on pourra : pareilletnent en sera piis dedans l'oreille , du Qosté de la douleur.

Il Autre remède. Prenez deux dragmes de racine de piretre conquassce , feuilles de sauge, rosmarin, de chacun vne pugille, trois figues grasses , et ferez le tout bouillir en vn demi-septier de vin, iusques à la consomption de tout le vin : puis prendrez portion dicelles figues, et l'appliquerez sur la dent douloureuse, le plus chaut qu'il sera possible : lequel remède fera i(?ller grande quantité de phlegmçs.

• Autre. Prenez gingembre, polure, noix

klE LJVBJE,

en sera frottée la genciue, et tenu en la bouche.

Autre remède.

Si les genciues sont relaxées , faut que le malade se gargarise de choses

de muguette, piretre de chacun demiedrachme conquassez, puis soient faits bouillir dans vn pot, en vin et vinaigre, et en receuez la fumée à l'endroit de la dent douloureuse par vn entonnoir bien luté, ainsi que lu as icy la flgure.

Figure d'vn pot et entonnoir, pour receuoir la vapeur et fumée.

* Et si par touls ces moyens la douleur persiste : à lors faut cautériser la dent aueçques vn peu d'eau forte et eau de vie meslees ensemble, ou auecques vn peu de chaux viue, mistionnee auccq' miel rosat, ou vn grain de cautère potentiel, ou y appliquer vn petit cautère actuel , non vne seule fois, mais plusieurs. El si telles choses ne prolBtent , faut venir à l'extrême remède , qui est de l'extraire et arracher. »

Il est remarquable que presque pas un de*

froides et astringentes, comme oxycrat, auquel on aura fait boiiilUr noix de cyprès, myrtilles , et vn peu d'»luin : et si la douleur ne cessoit, faut vser de narcotiques pour stupéfier le nerf.

ISxemple.

7f. Scrainis iusquia. alb. opij , campb. pçipau. alb. ana q. s.

Coquanlur cutn sapa.

Et soit appliqué sur la dent. Pareillement sera mis dedans l'oreille ce qui s'ensuit.

^. Opij , et castor, ana 9 j.

Misceantur cum oleo rosat.

L'ouuerture de la veine qui est au derrière de l'oreille, sede la douleur ( chose par moy souuent expérimentée) : autres la font au milieu de l'oreille par dedans, au dessus du trou de l'ouye : aussi vn petit emplastre de poix et de mastic posé sur l'artère de la temple, du costé de la douleur.

Pour seder la douleur de cause froide , prenez eau de vie meslée auec vne décoction faite de vin et vi-

remèdes proposés par A. Paré en 1661 n'a été conservé par lui en 1573. En général, en 1561, il s'attachait surtout à mettre le remède dans la cavité de la dent, et il allait même jusqu'à la limer pour favoriser l'application. En 1573, il se contentait de placer le remède sur la dent, ou même d'en user comme gargarisme; et il réservait le limage et les cautérisations pour combattre l'éiosion et les vers , indépendamment de la douleur.

J'ajouterai, en finissant, que l'appareil à fumigation figuré dans l'édition de J6G1 , et retranché de cet endroit en 1573, n'a cependant pas été perdu pour cela; seulement il a reçu une autre destination, et nous en retrouverons la figure au livre de la Génération, avec ce titre :

Poriraii d'vn pot pour rçç^uoir les parfums au col de la malrcfi.

OPERATIONS CHIRVRQIE.

naigre.rosmarin, sauge, pyrethre, et

vn peu de Iheriaque , et soit posé sur la dent.

^utre.

Prenej! armoniap dissout en eau de vie , et un peu de sandaracha , de myi-rhe, cl soit appliqué sur la dent : chose loiiée et approuuée de Vigo.

Mesué dit quepoursederla douleur, faut tenir des aulx pilés en la main du costé de la douleur.

^utre.

Pour vne extrême douleur de dents que i'auois, vne petite honne femme me conseilla y mettre dessus vne gosse d'ails vn peu cuitte sous les cendres, et la mettre la plus chaude que le pourrois endurer : ce que ie feis , et tost après ma douleur fut cessée , tellement que depuis ie l'ay pratiqué en plusieurs, où l'on a veu vn effet merueilleux : aussi on en mettra dedans l'oreille.

^utre.

Rad. pyret. 5 C .

Ment, et rut, ana p. \.

Bulliant in aceto.

Et d'icelle en sera tenu chaud en la bouche.

Autre,

Faites fumigation de graines de coloquintes, et de moutarde, et d'aUs, receuë par entonnoir à la dent, du coslé de la douleur : aussi on mettra en l'oreille huile de castor, ou de girofle, ou autre tirée par quinte-es-.

sence.

Autre.

Soit fait parfum ou suCfumigation ainsi que s'ensuit.

Rad. pyret. gingib. cinamo. alum.roch.

s^lUs comraunis , nue. mpscat, nue. câpres, anis. sem. sinap. euphorb.

448 LE QVINZTÉ

De ces choses en sera pris et faite décoction en oxycrat, et à la fin sera adiousté vn peu d'eau de vie, et en sera receuë la vapeur ou fumc-e par vn entonnoir : aussi en sera fait gargarisnies : d'auanlage en sera mis vne goutte ou deux dedans les oreilles auec vn peu de colon.

Autre.

Soit appliqué vn vesicatoire au dessous de l'oreille, à sçauoir, en la cauité où se conioint la mandibule inférieure, la douleur cesse : d'autant qu'en cesle partie il y a veine, artère et nerf, lesquels se distribuent aux racines des dents : et par la vesicalion on fait vacuation de l'humeur j a flué, et de celuy qui découle, et partant la douleur s'appaise : ce que i ay fait plusieurs fois

Remèdes pour matière chaude.

On fera tenir en la bouche du malade du vin , auquel on aura fait boiiillir semence de iusquiame , ou mandragore.

D'au antage, prenez racines de tintimal, boulines en vin et vinaigre, et d'icelles qu'il en soit tenu en la bouche : ce remède est bien approuué.

Si la dent est pertuisée , et que le malade ne vueille permettre l'arracher pour appaiser vne extrême douleur : il n'y a rien plus asseuré que d'y appliquer choses caustiques , comme huile de vitriol , ou eau fort, ou le cautère actuel : car par ceste cautérisation , on brusle le nerf, lequel estant bruslé n'a plus de sentiment , et n'en ayant plus , ne peut faire douleur 2.

1 Ce moyen n'a été indiqué par l'auteur

qu'en 1575.

2 Ce paragraplie a été ajouté en 7579; du reste, la cautérisation dans ce cas avait déjà

lE LIVRE,

Lors que les genciues et les ioues s'enflent au dehors, c'est bon signe :

car la douleur cesse, à cause queNature a poussé l'humeur du dedans au dehors.

Et si on veut faire tomber la dent par pièces, faut prendre lait de tinlimal et poudre d'encens incorporés auec vn peu de fleur d'amidon , eu faire paste, et en soit enueloppée la dent, sans toucher aux autres.

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