CHAPITRE XIX
« De quelle manière il faut traiter la plai&, prévenir les accidents, et comment il faut situer le malade.
» La pierre étant donc extraite comme il a été dit, avant tout l'opéré doit être délivré de ses liens; puis on appliquera un appareil tout différent du premier, lequel se fera ainsi: que l'opérateur prenne une bande, et l'ayant conduite autour des reins, en croise les deux chefs sur le pubis de manière à envelopper les testicules et à les relever sur l'abdomen autant que le faisait le serviteur, et cela dans le but de distendre cette pellicule qui est dans le péritoine {ad hoc ut peUicula illa quœ est in perilonœo disiendainr ; le sens est ici excessivement obscur, peut-être faut-il lire in perinœo), et de rapprocher plus facilement les lèvres de la plaie. On évite aussi parla que le sang, en cas d'hémorrhagie, ne s'épanche dans les enveloppes des testicules ou le scrotum, et n'en détermine la gangrène , ce qui serait une erreur plus funeste que la première, et pourrait entraîner la mort.... Le bandage appliqué, on fait lever le malade et on le mène à son lit, où il se couchera dans la position qui lui paraîtra la plus commode pour reposer; toutefois le maître étendra bien également sous ses fesses un coussin rempli de son, pour absorber l'urine
ÉMT. LIVRE,
et g-lu tinan l , et la conduire à cicatrice . Aussi que le patient tienne les jambes croisées l'vne sur l'autre, à fln que l'vnion soit piuslost faite.
Qu'il tienne diele iusqu'au septième ou neuQéme iour. Surtout qu'il euite le vin , s'il n'est fort débile : en lieu d'iceluy vseras d'eau d'orge, ptisane, liyppocras d'eau, bouchet, eau boiiillie auec syrop de roses seiches, ou de
qui filtrera par la plaie. Le malade étant couché, on lui appliquera sur le ventre et les membres inférieurs des compresses chaudes, pour garantir la plaie des accidents qui pourraient survenir pour cause de froid ; et ces précautions prises, on abandonnera la plaie à la nature, sans nul médicament; la nature y veillera en effet avec plus de diligence que jamais ne saurait le faire le chirurgien , car en toute maladie c'est la nature qui guérit, et le médecin n'en est que le ministre. »
On voit que Paré a aussi été frappé du danger de l'épanchement du sang dans le scrotum ; mais il n'enseigne qu'à y remédier, tandis que Marianus s'occupe de le prévenir. Pour le pansement de la plaie, Marianus l'abandonne à la nature; Paré, comme on le verra au chapitre suivant, veut que le chirurgien la traite comme les autres plaies, c'est-à-dire avec des médicaments. Ils diffèrent aussi dans la position à donner au malade , et enfin dans les moyens de remédier aux caillots de sang accumulés dans la vessie. Paré introduit une sonde dans l'urètre; Marianus, à son chapitre 21 , parle ainsi de cet accident.
« Que s'il y a des caillots de sang dans la vessie (ce que l'on reconnaît par la rétention d'urine , et à ce que , quand on en rend avec effort, il sort în même temps un peu de sang caillé comme du volume d'une mouche , et enfin parce que l'hypogastre est gonflé), à l'apparition de ces symptômes il faut injecter par la plaie dans la vessie, à l'aide d'une seringue . une lotion composée avec du vinaigre, du sel et de l'urine humaine, suivant qu'on présumera que le sang est en caillots denses et durs ; en effet,
OPERATIONS
capill. veneris^ et leurs semblables.
Pour son manger vsera de panade , raisins, pruneaux, poulets cuits auec semences froides, laitue, pourpier, ozeille, bourrache, espinars, et autres semblables.
Et s'il na bon ventre, vsera de casse recentement mondée, clysteres, et autres choses qui luy seront nécessaires, tousiours selon l'aduis du docte médecin, s'il est possible le recouurer K
cette lotion a une vertu incisive qui le liquéfiera, et réduira le caillot en menus grumeaux. Si cela ne suffit pas pour le faire sortir, on introduira par la plaie le verriculum ou biccion, pour ramener au-dehors tous les caillots de sang, sans douleur pour la vessie, ce qui est par-dessus tout à éviter: car l'irritation de la vessie prostrerait tellement la nature, que nul remède ensuite ne serait capable de la relever. »
A. Paré a oublié de traiter de l'bémorrhagie trop abondante j Marianus s'en occupe au même chapitre:
« Et attendu que quelquefois le sang pourrait couler, on le réprimera avec des compresses pliéesen six doubles et imbibées de sel, qu'on appliquera autour de la plaie.»
L'auteur s'élève à ce propos contre l'erreur des chirurgiens qui appliquaient des réfrigérants sur la plaie même; ce n'est pas sur le lieu par où le sang s'écoule que les topiques répercussifs doivent être mis, mais au voisinage, suivant le mot d'Hippocrale : In his vcro oporlet frigido uii iindè sanguis fluere fulurus est , non mper loca , sed circa ea. 0 Si cela ne suffit pas, ajoute-t-il, on appliquera des ventouses sur les hanches et les cuisses, coxis et J'emori ; » et enfin si l'hémorrliagie était trop considérable, il renvoie au chapitre spécial qu'il a consacré à l'hémorrhagie dans son compendium.
' Le chapitre 20 de Marianus règle le régiinc,il est assez curieux pour le reproduire ici:
cuAPirnE XX.
Du régime.
« Il est nécessaire après avoir mis l'opéré
DE CHIRVRGIE.