CHAPITRE LV
DE l'vrine sanglante ET PVRVLENTE 2.
Aucuns pissent le sang tout pur, autresfois meslé auec l'vrine, comme vne eau en laquelle on aura laué quelque pièce de chair sanglante, et
' Ces mots ou par vomissemenl ont esté ajoutés en 1585, et se trouvaient intercalés un peu plus bas, après ceux-ci : vne grande sueur; le sens exigeant leur changement de place, je n'ai pas hésité à l'opérer, sauf à en prévenir le lecteur.
^ Ce chapitre était confondu avec le précédent, sous le litre du profpio.iiic de la rétention d'vrine, dans i'éditionde 1504. Le texte est resté le même, hors pour les deux derniers paragraphes.
DE CHinVRGIE. 5o5
quelquesfois auec de la bouë meslée auecques l'vrine.
T^os causes sont plusieurs, comme de trop grande repletlon de sang , lequel s'euacuepar période et paroxysme, ainsi que fait le flux menstrual ou hemorroïdal : ol à plusieurs à qui tels flux sont cessés, s'euacuent par les reins. Aussi par vne cause de maladie faite de repletion,ouparexesion de veine, ou par quelque humeur acre et mordant : ou pour auoir leué trop pesant fardeau, ou sauté, ou tombé de haut en bas, ou auoir esté frappé de quelque coup orbe, ou qu'il fust tombé quelque chose pesante sur les reins, ou couru la poste, et fait autres exercices grands et violents, et (comme nous auons dit cy dessus) pour vne pierre aux reins ayant aspérités et pointes ou cornes :
ou pour l'imbécillité de la faculté retentrice d'iceux : ou pour auoir vsé immodérément de l'acte venerique , et autres semblables, ou pour auoir receu quelque playe aux parties seruantes à l'vrine. PareUlement pour auoir vsé de quelques potions, alimens et medicamens trop chauds, acres et diurétiques, et contraires de toute leur substance aux parties dédiées à l'vrine, comme cantharides, et autres que ie ne veux icy nommer. Et^our ces causes. Use fait aux reins et à la vessie vne si grande inflammation, qu'elle se termine le plus souuent en aposteme et suppuration, et par conséquent vlcere : de laquelle la sanie est ie ttée par les voyes des vrines.
En telle et si grande variété de causes d'vrine sanglante, nous discernerons d'où procède tel symptôme par l'action de telle ou telle partie offensée, par la qualité du sang qui sort, ou pur ou meslé : auec l'vrine seule, ou auec du pus. Exemple : Si
LÉ QVINZIl
la sanie vient des poumons, du foye, des reins, ou des vertèbres luxées, ou du vice de l'intestin droit, ou d'autre partie, sera conneu par la situation des parties affectées, et par les accidents, qui sont fiéiire, douleur et autres, qui ont procédé ou sontencores presens, demonstreront infailliblement le lieu d'où procède et coule la sanie : aussi fera la quantité et qualité du pus. Car si c'est d'vne vlcere située au bras , comme nous auons dit, lors que de l'Vlcere sortira quantité de sanie , ne s'en fera émission par les vrines : au contraire, lors que l'vlcere demeure seiche, on la voit sortir par les vrines ou selles , voire et en grande quantité. Semblablement si elle vient des poumons, comme d'vnempyéme, ou du foye, et en abondance, sera conneu, pource que telle quantité de sanie ne peut estre contenue aux reins » : ioint que comme sortant du conduit de l'vrine, tel sang est pur : aussi venant du foye ou autre partie dessusle diaphragme, est bien plus exactement meslé auec l'vrine, que lors qu'il vient des reins ou de la vessie.
Quant à la curalion, nous sortirons des bornes de notre profession, si nous la voulons poursuiure spécialement.
Il suffira de dire en un mot, qu'il ne faut espérer guarir vn tel symptôme, que la cause, c'est-à-dire le vice de telle ou telle partie ne soit guarie premièrement. Au reste, si tel flux d'vrine sanglante vient par simple ouuerture de vaisseaux, il sera guari .par choses astringentes : si de rupture, par agglutinantes : si d'érosion, par sarcotiques 2.
» L'étlilion de 1564 disait ici :
lomt que iamais ne réside ait fond des vrinex, mais est confuse auec lesdites vrines.
' Ce dernier paragraphe a clé ajoute en 1575.
E LIVRE