LE TEMPS DE LA FRICTION
La friction se fera le matin , lors que la concoction et digestion sera parfaite, et l'estomach'^ et intestins deschargés , à fin qu'il ne se face
' Ce que j'ai dit du chapitre précédent convient presque absolument à celui-ci. Le titre est pris d'un article de Thierry, p. 150, et le texte en est à très peu près litléraleinent copié, mênne quand Paré semble parler à la première personne. Pour donner une idée de l'emprunt, je noierai toutes les modifications que Paré a faites au texte de Thierry.
2 Thierry dit : et le ventricule.
E Livni: ,
subuersion d'icelle , et distraction des opérations de nature. Mais où nature serait débile , le patient pourroit vne heure deuant la friction prendre quelque gelée, moyeu d'vn œuf, ou cinq ou six raisins de damas les pépins estans ostés", ou quelque consommé, et autre chose semblable de facile digestion , et en petite quantité, pour n'cmpescher nature à la concoction d iceux. Puis faudra commencer ladite friction aux articles seulement, comme des mains, coudes, espaules, pieds , et genoux. Mais où le patient sera fori , et où sera besoin plus fort esmouuoir, on en pourra appliquer aux emonctoires des parties nobles, et lelongde respinedorsale,auec prouidence et discrétion, euitant sur toutes choses les parties nobles (comme nous auons prédit en nos indications), à lia de ne faire comme ces malheureux, lesquels frottent indifféremment tout le corps , depuis la plante des pieds iusques à la sommité de la teste. Et en ces frictions faut considérer la situation dessymplomes : comme pour exemple, si les parties supérieures sont plus affectées, la friction sera plus copieuse en icelles . et ainsi des inférieures : mais il faudra premièrement frotter les parties moins dolentes, pour ne remplir d'auantage les parties plus affectées. Pareillement faut noter, que tout ainsi comme les trop douces frictions ne font suffisante ouuerture des pores : aussi les trop fortes sont cause de les serrer, faisant douleur, commotion , et attraction en la partie : parquoy sera meilleur les faire médiocres , et nous arrester principalement sur la vertu et force du patient : estant ceste indi-
' Ces 1^018,011 cinq on six raisins de Damas, les pépins esiaiH ostés , sont une addition de 1 Paré.
DE LA GROSSE VEROLLE
cation la première et principale entre les autres.
Il y a encore vne autre chose , à laquelle il faut sur toutes autres auoir esgard , et qui est cause de tous les maux et recidiues qui suruiennent aux affligés de ceste maladie : c'est la quantité des remèdes, et nombre des frictions : laquelle ( auec la parfaite connoissance et gradation des temps de la maladie, et de la temperature des corps et parties) fait la médecine coniecturale et deuineresse , et y sont tous méthodiques el rationels bien empeschés. le vous laisse dope à présupposer comme im tas de vieilles et autres empiriques pourront limiter la quantité d'iceux ? Et ne m'esmerueille plus si l'on voit, par expérience, vn nombre infiny de gens perdus à iamais. Suiuant doncques nos indications tant de fois répétées , il faut auec méthode et raison en approcher le plus que nous pourrons , et sçauoir quand nous cesserons lesdites frictions. loint qu'il n'est possible exactement descrire le nombre d'icelles , ou quantité des medicamens. Il ne faut doncques , comme nos empiriques!, en donner (selon leur recepte ) aux vns quatre, aux autres cinq , aux autres six, ny plus ny moins, à l'vn comme à l'autre , pource qu'ils n'ont que vne forme pour chausser vn chacun : mais faut pour la grandeur et qualité de la maladie , et la nature des corps , les appliquer , en continuant iusques à ce que l'on connoisse suffisante eduction des humeurs vénéneux , soit par flux de bouche, de ventre , sueurs, vrines, ou resolutions insensibles : qui se connoistra par la dessiccation des puslules et vlcercs , se-
' Thierry avait écrit ; diques.
comme nos ameino-
dation des douleurs , et autres accidens communs à telle maladie.
Et où nous verrions qu'és corps solides et robustes Nature ne vouflroit par la manière des frictions susdites s'esmouuoir, i'ay pratiqué en aucuns ' , qu'il estoit bon les frotter .sur la fin deux fois le iour , vne au matin , el l'autre au soir , enuiron cinq ou six heures après le disner (parce que lors la digestion sera acheuée; et ay trouué qu'elles faisoient trop plus d'action , que ne feroient trois par trois diuers iours : comme au contraire és corps délicats et de températures rares, i'ay laissé maintes fois (par mesme prouidence ) un iour entre deux frictions , voire deux , ou trois , de crainte que par les fréquentes ne sefeist trop grande resolution des esprits, et fust par conséquent nature rendue si imbecille (laquelle est principaleagente en cecy) qu'elle ne peust nous aider à expugner et chasser hors ce qui lui est estrange et nuisible. Et faut noter qu'és dernières frictions, spécialement quand ils commencent à cracher, les corps sont tellement préparés à cause des précédentes, qu'vne fera plus que deux au commencement.
Pour ceste cause, ayant tousiours les indications douant les yeux , faut considérer la nature et force des corps, et (s'il est possible) ne point donner plus d'vne friction, lorsqu'on verra nature esmeuë, soit par flux de bouche, de ventre ou autres des susdits : et seroit trop plus seur les faire à diucrses fois suiuant Galien en son liure De venœ scciione , où il dit , que si la maladie est grande , et la vertu
' Il ne faut pas oublier que c'est le texte pur de Thierry, et en conséquence que le.s mots i'ay pratiqué , et plus loin i'ay irouué, i'ay laissé, ne se rapportent point à Paré.
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fpible, il faut |,irer du sang, non à yne fois, mais ù plusieurs. AussiMassa raconte vne liisloire d'vn qui estoit tout marasraé, et dosseiciié, auec extremis douleurs, lequel il pensa, estant quasi déploré d'vn chacun : et dit qu'après l'auoir fait frol ter par quelques fois, il lelaissoit refociller et reprendi'e ses forces par aucuns iours:
et ainsi continua par si long temps, qu'il fut frotté trente sept fois , et fut guari. l'en ay veu traiter à aucuns de mes compagnons, et fait frotter plusieurs, quinze, seize, ou dix sept fois (laissant quelques interualles) et par après estre guaris Autant s'en doit faire és corps resouts et débiles : prenant toutesfois garde que les frictions ne soient par trop imbecilles, et en si petit nombre, que la cause ne fust sufQsamment touchée :
car par art et aide des medicamens , il se procure vne crise par le moyen de laqyelle nature aidée et dominatrice, expelle et chasse le venin par les euacualions susdites : de sorte que estant la crise parfaite , il s'ensuit vraye ei entière curalion.
Les signes de ladite crise sont inquiétudes telles, que debout ny couché les patiens ne peuuent se contenir, boire ny manger : et sont auec perpétuelles lassitudes, quasi iusques à syncope : toutesfois le pouls bon , fort et égal -■ il leur suruient des espreiutes, ieltant par leurs selles quelque matière sanguinolente et visqueuse : puis au bout d'vn iour ou deux que Nalure commence à expel- 1er, et se deschargeant euacuer la cause du mal, autant se diminuent tels accidens, et sentent allégement de toutes douleurs. Mais par n'eslre les remèdes suffisants, la crise de-
' Même remarque que plus haut : c'est toujours Thierry c^ui parle.
rneure imparfaite, et laisse tousipitrs quelques restes de ferment qui pourra corrompre toute la masse et engendrer recidivie de maladie , dont s'ensniqront accidens pires que les premiers : et est cause qu'aucunesfois dempure caché ce leuain en vn corps, six mois, vn an, deux £^ns, dix ans, et plus ^
Aussi pareillement il faut bien se donner de garde que les medicamens ne soient trop violens ou indisccptement appliqués, pour les grands accidens qui ont de coustume d'en aduenir : comnae i'ay yeu en plusieirt-s, qui par telles fautes estoient tourmeplés et affligés en plusieurs et diuerses sortes : les vns ( par la^ trop grande violence des mecjicamens qui auoient coUiqué et consommé l'humeur radical ) estoient deuenus tabides : aux autres suruenoient vlceres sordides et putrides en la bouche , qui mangeoient et ron-
' Jusqu'ici Paré a copié exaclement le texte di! Thierry; dans cet endroit il commence par retrancher un passage assez long de l'auteur original. Voici ce passage :
« Qui faict doubter aucuns que ccste maladie soit héréditaire, comme lèpre, arlhritis (qui est ipaladie des articles , communément dicte gouttes naturelles), epilçpsie, néphrétique (qui est passion des reins), et semblables, lorsqu'elles ont de coustume demourer cachées en vn corps, non seulement quelquefois dix ou douze ans, mais la vie d'vne personne (viuant de régime) sans qu'il s'en doute, et les cnlants de luy en seront alTIigez : ce qui n'est pas ainsi de ceste maladie : car on la voit ordinairement guc rir auec les racines, et ne se voyent point rccidiuer du pere (ilz (comme les précédentes), si ce n'est faulled'esire traitez. »
A part celte suppression , Paré reprend le reste de l'article, non plus cependant toutà-fait mot à mot, mais peu s'en faut. Il en faut excepter deux petites intercalalions que je noterai plus bas.
l)E LA GRC
geoient vne bonne partie d'icelle , et de la langue : (juclqncsfois se degeperoient iusques eu gangrené ctmortificalion, dont aucuns sont morts miserablenicpt. A aucuns la langue s'est tellement enllée qu'elle remplissait toute la bouche, nepouuant manger, qjui estoit cause de leur mort.
Es autres la colliqualion estoit telle, qu'vn mois après leur fluoit laboucbe , et iettoient continuellement humidité par icelle. S'ensuit aussi aucunesfois vne déperdition ou deprauation grande de l'action des muscles qui font le mouuemenl de la mandibule inférieure, en sorte qu'aucuns sont demourés sans iamais ouurir la bouche que bien peu : autres ont perdu les dents auec déperdition de la maschoire : qui est chose misérable, que par l'ignorance et aSnerie detels coquins, tant de personnes sans occasion languissent , ou misérablement périssent : attendu mesmes que pour la connoissance qu'ont auiourd'huy gens rationels (plus que iamais) tant de la maladie que des remèdes , il est possible de les curer plus seurement, et auec moindre violence.
Lors qu'on craint le flux de bouche trop grand après deux ou trois frictions , faut purger le malade , selon l'aduis de Rondelet ».
Semblablementil ne faut tousiours continuer les frictions iusques ù ce qu'il se face flux de bouche ou de ventre , par-ce qu'il y en a plusieurs à qui iamais il n'aduient , encores qu'on les froltast inriniemenl(à quoy aide beaucoup la préparation précédente des humeurs ) : et à beaucoup d'iceux ( traités méthodiquement ) aide nature par les resolutions insen-
' Ce paragraphe n'est pas du lexlc de Thierry; du reste il n'a été ajouté ici qu'en
SSIi VEROLT.E.
sibles, ou fliix d'vrine, auec qijelqpe petit flux dp ventre incité de nature, ou par 3rt : et me suis fort bien trouué en tel cas leur fait e yser aprps par quelques iours d'une décoction (legaiac le matin , aucunement laxatiue, pour la nature de l'humeur. Et si le corps est plein et abondant en humeur cras , lent et visqueux , l'y adioustedu vin blanc parmy. Mesmes le l'ay veu aussi préparé auec vin seul , profiter à des gens , voire bilieux et marasmés.
S'il suruient dysenterie après les frictions, il faut bailler clysteres ausquels y entre bonne quantité d'axonge de porc, à fin de lenir et adoucir l'acrimonie du médicament qui a causé la dysenterie. Aussi le lait en tpl caç psi spyuerain , dpleié auec theriaque récente ^