‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 398 sur 482 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

DE l'élection P'vnE BONNE NQVItniÇE',

Il faut à présent parler de l'élection d'vne bonne nourrice pour allaicler et alimenter l'enfant, qui se fera loutesfois de la propre mero s'il est possible, plustost que d'vne eslrangere :

car puis qu'il est ainsi que l'enfant, estant au ventre de la mère, est nourri du sang d'icelle, et que du sang est fait le laict aux mammelles, véritablement le laict de la mere sera plus propre que nul autre , parce qu'il est plus semblable à la substance dont il estoit nourri dedans le ventre de sa mere. Toutegfois ne luy donnera à teler dés les premiers iours après qu'elle sera accouchée , iusques à ce qu'elle soit bien purgée de sçs vujdanges, et ce pendant se fera teter par quelques vns, à fin que son laict soitpurifié. Car és premiers iours elle est encore esmeuë et altérée, à cause de l'enfantement : aussi que son laict a demeuré long temps croupi aux mammelles, dont il pourroit estre trop espais et caillebolté, et aucunement altéré et corrompu, ainsi que par sa substance grossière, qualité excessiuement chaude, et couleur ci- Irine, est aisé à iuger : toutes lesquelles altérations ne prouiennent au laict que de la douleur qu'a enduré la mere en l'enfantement.

Parquoy les femmes qui veulent estre nourrices de leurs enfans , se

' Valambert au lib. De la manière de nourrir les enfatis. — A. P. — Cette citation, piac(!ô à la marge et en tête du cliapilre dans les éditions de 1673, 1575 et 1670, avait disparu à partir de celle de 1585.

684 LE DIX-HVITI

doiuent aux premiers iours faire leter par quelque pauure ûlle, à On que le laict mauuais soit euacué, et le bon soit de nouueau engendré : et par ainsi en quelque temps que la raere sera mal disposée, ne doit allaicter son enfantiusques àce qu'elle soit bien restituée en bonne disposition, et bien purgée de ses vuidanges, de peur d'infecter l'enfant, et ne luy soit communiqué semblable disposition qu'auroit la mere, comme fiéure, flux de ventre, et autres, qui seroit cause de le faire mourir, ou luy imprimer quelque grande maladie , comme tranchées, epilepsie, apostemes, et autres indispositions ' : mesmes les mœurs de leurs nourrices, loint qu'elles les peuuent changer à d'autres enfans, ce qu'on aveu. Et pour ce ie suis d'aduis, et conseille aux mères d'allaicter et nourrir leurs enfans, non seulement à raison qu'ils ne changent de nourrissement, mais aussi d'autant qu'elles en ont plus grand soin et sollicitude. Marc Au-

' L'édition de 1673 disait : et autres disposiiions; ce qui pour le sens revient au même. Mais après ces mots elle passait immédiatement au petit paragraphe terminal : Et s'il aduieni , etc. En 1575, après ces mots: et autres indispositions , l'auteur passait à, la phrase suivante : et pour ce ie suis d'aduis, etc., laquelle se continuait ainsi :

« D'autant qu'elles en ont plus grand

soin et sollicitude : ce qui nous est manifeste és bestes brutes : telles choses se voyenl aux poulies, lesquelles ont vn soin incroyable de leurs petits, osants assaillir et combattre hardiment pour leur tuition, contre les braues et farouches animaux, qui auparauant les fuyoyent et redouloient, exposants leur vie pour les garder et conseruer. »

Après quoi venait la dernière phrase du chapitre: et s'iladuenoit, etc. Le texte actuel, avec ce passage retranché et quelques autres ajoutés, date de 1579.

EME LIVRE

rele, empereur romain, dit que les femmes doiuent nourrir et allaicter leurs enfans, à fin qu'elles soyent mères entières et non imparfaites: car la femme est moitié mere pour l'enfanter, et moitié pour la nourriture de son fruit, de manière que la femme se peut appeler mere entière, lors qu'elle a enfanté et nourri son enfant du laict de ses propres mammelles. Car les nourrices n'aiment les enfans d'autruy que d'vne amour supposée, et pour vn loyer mercenaire : mais les mères les nourrissent par vne amitié et grande affection naturelle. Parquoy elles nourriront leurs enfans elles-mesmes s' elles peu uent, et que leurs maris le veulent souffrir.

E t s'il aduient que la mere ne vueille ou ne puisse nourrir son enfant, alors on luy choisira vne bonne nourrice.

Page 1