CHAPITRE LU
DE LA SVFFOCATION DE LA ftlATBlCE , APPELLÉE DES FEMUIES LE MAL DE LA MERE , ET DE SES CAVSES
Suffocation de matrice est ablation d.e libre inspiration et expiration, qui vient, ou pource que l'vterus gouffle et s'enfle, ou pource qu'il est raui et emporté en haut par vn mouuement forcé, et comme conuulsif, à cause de la plénitude de ses vaisseaux. L'vterus se gouffle et enfle pource que quelque substance pourrie et corrom-
■ Les chapitres qui suivent sur la suffocation de matrice, quL n'est autre chose que l'hyslérie, semblent avoir été principalement extraits d'un chapitre de Sylvius sur le mêpie sujet : De vieri suffocatione et periiersione, dans son premier commentaire Da mensibus vxulicnim. Ce livre avait paru en 1666, et n'avait point été traduit en français. Il a été reproduit dans les Gynœciorum libri de Spachius. — Du reste, Paré cite luimême Sylvius doDs son chapitre 54.
pue en iceluy se résout en vapeur et ventosités, de la rétention des mens-^ trues, ou de la corruption de la seraeuco, Q^ d'vne aposleme faite en la matrice, ou fleurs blanches et autres mauuaises humeurs, qui se putréfient en icelle, ou de ventosités :
ce qui se peut connoistre, parce que la femme aura grands soupirs, vertir gines, scotomies, douleurs de teste, nausée, rots., et grands bruits aux in ■ testins. Or de la semence de la femme retenue aux vaisseaux spermatiques, ou ja respandue en la matrice, ou autour de ses testicules, s'esleuent certaines vapeurs corrompues, lesquelles sont communiquées au foye, au cœur et au cerneau , dont s'engendrent de tres-cruels accidens, approchans quelquesfcàs à, ceux qui sont mords de chiens enragés, ou piqués de quelque beste vénéneuse. Les accidens qui vieiment en la suffocation de la matrice, sont plus grands et cruels pour la semence retenue, que ceux qui viennent par la rétention des menstrues , à cause que d'autant que la semence est plus parfaite, demeurant en sa disposition naturelle, aussi de tant plus deuient-elle maligne etperuerse, estant aliénée d'icelle,et changée de qualité contraire : de sorte que lors qu'elle est corrompue, la pourriture en est plus maligne, plus subtile et penetratiue que du sang menstruel, dont les accidens sont plus grands et plus, vénéneux :
ce qu'on vpif aduenir qii. vinaigre, car d'autant est le vin meilleur, d'autant aussi en est le vinaigre plus fojçt et aigu.
Or les accidens susdits aduienneat peu sonnent aux femmes mariées, ayans la compagnie de leurs maris, mais aux ieunes veufues qui sont nourries d'alimens copieux et ojisiues.
La matrice par les mois retenus, ou parla semence, ou quelques autres mauuaises humeurs ou ventosités se peruerlit et se meut de son siège et situation naturelle, quelquesfois se retire en haut, et quelquesfois à costé dextre ou senesire, ou s'eslend en largeur pour la plénitude des vaisseaux qui paruif nnent en icelle. Car les veines, artères et autres vaisseaux estans fort remplis, s'estendent en profond et en large, et alors ils se font plus courts, et partant se retirent vers leur origine, qui est la veine caue et grande artère, adonc retirent la matrice semblableraent à eux : et s'ils tirent également, lors elle semble monter en haut vers l'estomach et le diaphragme : et s'ils la tirent inégalement, alors s'encline en deuant et en derrière, à dextre et à senestre vers les flancs, ou à la seule région de l'os pubis, et lors la vessie et l'intestin droit sont aggraiiés de douleurs et enflés : et pour le dire en vn mot, tout lieu vers lequel le corps de la matrice se retirera et affaissera.
Or il faut icy noter que neantmoins que la matrice s'esleue en haut, si ne faut-il pour cela penser les accidens sus-nommés prouenir par la seule tumeur et compression qu'elle fait aux parties supérieures (à sçauoir vers l'estomach et le diaphragme) ou inégalement vers d'autres parties :
pource que ce n'est le corps de la matrice , neantmoins que les femmes disent qu'il leur semble monter iusqu'à la gorge, les voulant estouffer et estrangler * : mais ce sont certaines vapeurs, qui sont esleuées d'elle ou de ses vaisseaux, qui montent, comme nous auons dit , aux parties supe-
> Chose digne cCeslre bien notée. — A. P.
LE DIX-HVITIEME LIVRE
rieures : veu qu'vne femme ayant en son ventre vn enfant ja grandelet, ou vn autre qui sera hydropique, et vn autre ayant l'estomach fort rempli de viandes, netombera soudainement par aucune de ces choses en priuation du bénéfice de respiration, ainsi qu'il se fait en la suffocation de la matrice. Par quoy on ne peut vrayement conclure que la suffocation se fait parce que la matrice s'esleue en tumeur, mais pour les vapeurs qui s'esleuent vers les parties supérieures. Ce qui se peut encores prouuer par vue autre raison : c'est que la matrice d'vne femme n'estant grosse, est fort compacte, dure et serrée, et de grosseur seulement d'vne grosse poire de certeau,etsi trouue-on bien petite cauité : et partant faut conclure que ce n'est ladite matrice qui tant se grossit et s'esleue en haut qu'elle puisse oster la respiration , mais les vapeurs putrides , comme nous auons dit.
Autres accidens aduiennent pour la semence et les mois retenus, et sont diiiers selon la quantité et qualité des matières : car si la cause est froide et venteuse, elle réfrigère tout le corps, tellement que la respiration et le pouls des artères ne peuuent estre apperceuspar le sens : et si la matière est grosse, elle cause conuulsion : et si elle est d'humeur melancholique, elle engendre tristesse: par lesquelles choses est euident que la matrice est premièrement blessée, aussi par compassion l'estomach, le cœur par vne palpitation, le foye et le cerneau. Or le cerueau est blessé par douleur de teste, qui souuent est auec rougeur de toute la face et des yeux, auec scotomie et vertigine, c'est-àdire qu'il semble que tout tourne c'en dessus dessous, qui se fait par vne
Diî LA GEIVKHA.TJOW.
putredineuse vapeur esleuée au cerueau, perturbant entièrement les esprits, instrumciis des facultés animales, dont aduient vne resuerie, tantost de la vertu apprehensiue, tantost de la raisonnable, et souuent la femme parle à part soy en resuant, déclarant tant ce qu'elle doit taire que dire, et quelquesfois demeure toute stupide et estonnée. Aucunes ont vn très long sommeil , appellé des Grecs caros, dont elles sont sourdes et muettes, et ne respondent rien quand on les appelle hautement : aucunes fois elles entendent bien, mais elles ne peuuent respondre » : et tels sont les signes de la suffocation de l'vterus.
Les causes sont, réfrigération de l'amarry, corruption de semence, ou autre humeur séminal et grossier :
les mois supprimés, trop grande vaouation de la matrice, par laquelle l'vterus reseiché se tourne vers les parties humides , et tire de la teste et de tout le reste du corps : ce qui aduient raesme aux femmes grosses, lorsque, ou par faute d'aliment l'amarry est trop reseiché, ou trop eschauffé par trauail : outre, quelques vns tiennent que par apposition de choses odorantes mises au nez, l'amarry monte en haut, et induit telle suffocation 2.
Et pour conclusion, en la suffocation de la matrice , les vapeurs putredineuses montent quelquesfois iusqu'au diaphragme, aux poulmons et au cœur, qui fait que la femme ne peut respirer ny expirer : lesquelles vapeurs ne sont seulement portées
' Le chapitre se terminait là en J.TO; le reste a été ajouté à des dates différentes.
2 Ce paragraphe a été ajouté en 1676, et il terminait alors le chapitre; le reste date seulement de 1686.
par les veines et artères, mais aussi par les spiracles occultes qui sont au corps. Et si lesdites vapeurs moulent iusqu'au cerueau, causent epilepsie , catalepsie ( quiest quand tout le corps demeure roide et froid, et en mesme figure qu'il estoit au-parauant que tomber en tel mal, les yeux ouuerts , sans voir, et sans ouyr), léthargie , apoplexie, et souuent la mort. Or pour le dire en vn mot , la matrice a ses sentimens propres, eslans hors la volonté de la femme : de manière qu'on la dit estre vn animal , à cause qu'elle se dilate et accourcit plus ou moins, selon les diuersités des causes.
Et quand elle désire, elle frétille et se meut, faisant perdre patience et toute raison à la pauure femmelette, luy causant vn grand tintamarre.