‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 433 sur 482 · CHAPITRE LIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIV

LES SIGNES POVR CONNOISTRE SI VNE FEMME EST MORTE OV NON PAR VT«E SVFFOCATION DE MATRICE.

De tant que plusieurs femmes, non seulement du temps passé, mais aussi de fresche mémoire, esprises de ceste maladie, ont esté portées eh terre pour mortes, qui toutesfois ne festoient : i'ay pensé qu'il seroit plus que tres-necessaire de donner signes démonstratifs de mort ou de vie en tel accident

Premièrement donc cela se conhoistra par application d'vn miroir bien net et poli au nez et à la bouche, pour-ce que la vapeur de la respiration , en celles qui respirent, l'obnubile , couure et eatihie d'vne petite vapeur, et se ternit : et si telle chose apparoist , c'est vn très- certain signe dévie. Aussi pourra-on encores connoistre en luy appliquant vne plume

' Ce paragraphe a été ajouté en 1576; celui qui suit en 1585.

" Ce début de chapitre ne date que de 1579; en 1573 le texte portait simplement : Quand on luy applique au nez et à la bouche un niirôir bien essuyé et polly, pour ce que la vapeur, etc.

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tres-molle, comme de duuet, ou vn petit bourgeon de laine cardée , qui par le mouuement puisse testifier la respiration.

Toutes fois ces sig-nes sont souuent trompeurs, et non du tout asseurés :

pàrquoy plus seurement on pcal tïonnoistre s'il y a encores quelque reste de vie en la femme par les medicamens sternutatoires , comme posant près le nez de l'ellebore ou du pyrethre , ou bien les soufflant dans le nez lorsqu'ils sont réduits en poudre ' .

Or encores que nulle respiration àppàroisse, si est -ce pourtant qu'il ne faut conclure la femme estre morte:

caf elle peut encores auoir vne petite chaleur qui luy reste au centre du corps , par le bénéfice de laquelle elle BSt conseruée : et ceste petite chaleur n'a pas g-rand besoin de la respiration de la poitrine, ny de l'action des poumons pour sa conseruation ( c'est à dire réfrigération , ventilation, et nutrition) tout ainsi que tous autres animaux froids, lesquels en hyuer se cachent en terre si àuant qu'ils ne peuuent respirer , et toutesfois sont entretenus de transpiration du cœur et des artères : ainsi se fait-il à la femme. Syluiusescrit qu'aucunes ont esté par trois iours esuanouies , et pensoit-on qu'elles fussent mortes, parce qu'elles ne respiroient nullement, et auoient tous autres signes de mort , à sçauoir, n'ayans nul sentiment, mouuement, ny chaleur: partant en telle disposition ne se faut haster les enseuelir, et moins ouurir leurs corps , de peur d'encourir vne calomnie. Ainsi que de ce siècle est arriué à vn grand analomiste, ie dis grand et célèbre , duquel les liures

' Ge paragraphe manque en 1573, el a été intercalé en <675.

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reparent àuiourd'huy les estudcs des hommes doctes , lequel estant pour lors résident en Espagne , fut mandé pour ouurir vne femme de maison , qu'on estimoil estre morte par vne suffocation de matrice. Le deuxième coup de rasoir qu'il luy donna, commença ladite femme à se raouuoir, et demonstrer par autres signes qu'elle viuoit encores, dont tous les assistans furent grandement estonnés : ie laisse à penser au lecteur comme ce bon seigneur faisant cette œuure, fut en perplexité, et comme on cria toile après luy , tellement que tout ce qu'il put faire fut de s'absenter du pays:

car ceux qui le deuoient excuser, c'estoient ceux qui luy couroient sus : et estant exilé tost après mourut de desplaisir : qui n'a esté sans vne grande perte pour la republique «.

Or, iay bien voulu reciter cette histoire àfind'instruire lousioursleieune chirurgien estre discret à se garder qu'il ne tombe en tels accidents : et faut noter que l'on peut connoistre la mort de la femme , par l'escume qui luy sort de la bouche.

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