LES SIGNES QVE LES MOIS VEVLENT COVLER AVX FEMMES ET FILLES
La femme aura les mammèlles grosses et endurcies : aussi estlilillée et incitée à Venus : elle a pareillement vn grand prurit aux parties intérieures du col de la matrice 2 , parce que le sang est lors eschauffé, dénient acre, et se putréfie s'il n'est euacué à l'heure deuë. Aussi toutes les parties génitales sont eschauffées et tuméfiées : toutesfois si la matière des fleurs est froide, elle n'appete Venus et ne s'y délecte , et sent en sa matrice stupeur auec vn decoulement d'aquosités blaffardes : et si l'humeur cholérique domine, la cou-
^Cc long paragraphe est de 1676; celui qui suit date seulement de 1586.
2 Ces mois : elle a pareillemeiU vn grand prurit, etc., Ont été intercalés en 1685.
77° LE DIX-HVIT
leur dtulit flux sera îaiine ; el si c'est 1(! sang-, sera rubiconde et vermeille:
aussi si c'est la melaucholie , sera gros, noir et plombin.
Aux filles qui sont au quatorzième an, leurs fleurs commencent à sortir, à autres à treize, à autres à douze : alors leurs letins se grossissent, peignent et démangent, et la voix se mue plus grosse, et sont incitées à Venus, et ont douleur aux lombes et aux parties génitales, semblablement à la teste, auec vomissement de cholere ou de phlegme, ou tous les deux ensemble : et le sang de leurs fleurs est semblable à la laueure d'vne ehair sanglante, par-ce qu'il est encore indigeste et non cuit, à cause de leur tendre ieunesse, et partant est séreux, aqueux et blaffard K Et lorsqu'elles sont ja meures et capables d'vn mari, depuis qu'on attend irop à les marier, encore qu'elles rendent leurs fleurs en leur temps, on voit loutesfois qu'elles sont tourmentées griefuement d'vne défaillance de cœur et suffocation de matrice, principalement quaud elles deuiennent amoureuses, et sentent vne cbaleur en leurs parties génitales qui leur démangent, titillent et ciiatoiiillent, qui leur cause de ietter leur semence elles seules : laquelle demeurant aux vaisseaux spermatiques ou en la matrice, se corrompt et se retourne en venin (comme auons dit), d'où prouient qu'il s'esleue des vapeurs putredineuses aux parties nobles et en la masse sanguinaire, qui altère le sang et fait qu'elles ont vu battement et défaillance de cœur, gémissent et soupirent, à cause que la faculté expultrice est incitée à iet-
1 Syluius, lliuc des mois.— A. P. — 1579. Voyez ci-devant la note de la page 751.
ÉME tIVRE,
ter hors cette semence superflue et corrompue : et sont pensiues et chagrineuses et fort degoustées, ayant l'appelit depràué, dit P(V;a, ne pouuans dormir, ayans la couleur palle et iaunastre, basanée, bouffie, et tout le corps semblablement, de sorte qu'elles ressemblent plustost mortes que viues, et souuent meurent bydropiques et languissantes, ou maniaques.
Donc pour obuier à tels accidens, ie conseille aux parens et amis de la fille, estant en aage et maturité, qu'ils la marient à vn homme qui ait de quoy payer, à fin qu'il n'abuse les marchands i : et estant ainsi mariée reprendra sa couleur viue et naturelle , et le teint clair, poli et délicat , et son corps retournera entièrement en sa bonne habitude 2. Les filles vil lageoises n'ont point ces accidens, ou bien rarement, à raison qu'elles n'ont les obiets et muguets comme celles des villes : et aussi qu'elles ne mangent et boiuent semblables viandes, tant en quantité qu'en qualité : ioint pareillement qu'elles trauaillent beaucoup, qui leur fait oublier le desir des hommes : et encore le cas aduenant qu'elles eussent rétention de leur semence , le bon air et le grand trauail assidu qu'elles prennent consomme et tarit cesle matière spermatique, corrompue et venimeuse, tant par sueur que par insensible transpiration.
Que diray-lc plus? C'est qu'il se
< Ce tour de phrase rabelaisien : qui ait de quoy payer, à fin qu'il n'abuse les marchands, existait déjà textuellement en 1573.
2 Les remèdes qu'auons cy deuaut déclarés, luy seront aussi faits. — A. P. — Cette note existait déjji aussi en 1673, et je ne sais pourquoi elle n'a pas passé dans le lexle.
t)Ê LA G
tromie des filles si succulentes, abondantes grandement en sang, qu'iceluy regorge aux mammelles et se conuertit en laict, et le peuuent faire rayer comme font les nourrices, à cause que les mammelles ont vne vertu lactiflante : ce qui se peut pi-oiiuer par Hippocrates , qui dit que si la femme n'est point grosse et n'a point enfanté, a du laict, c'est signe que ses mois sont supprimés i : et sur le Commentaire de cest Aphorisme, Gaiiendit, pour ce que les glandulesdes mammelles estaus exangues et blanches, conuerlissent ce sang menstrual qui y regorge en humeur semblable à elles en couleur. Semblablement Valescus de Tarante, médecin, dit auoir veu vne fille, laquelle n'auoit ses mois, auoir du laict aux mammelles 2. Icy ne sera hors de propos dire que Cardan 3 dit auoir veu à Gennes vn nommé Antoine Buse, aagé de trente ans , lequel auoit du laict en ses mammelles assez suffisamment pour nourrir vn enfant, et ne couloit pas seulement , mais le faisoit rayer, ainsi que fait vne nourrice de ses mammelles. Ledit Valescus de Tarante , médecin , affirme qu'on a vu vn homme (la femme estant decedée) allaicter son enfant et le nourrir , qui estoit vne chose admirable ^ : ce qtii est confirmé par Aristote, liu. 3, chai). 4, lorsqu'il parle du laict des hommes : parquoy ne faut pas tousiours conclure qu'vne fille ayant du laict aux mammelles soit grosse ou
' Aph. 39. .5. — A. P.
* Cette cilaliofi de "Vàlescus est une addilidn de /585.
3 Lia. 12 de mbiilitale. — A. P. — Celte note n'existe que dans l'édition de 1575.
'Cette nouvelle citation de Valescus, et celle d'Aristote (jul la suit, ont été également ajoutées en 1585.
EJ^ËllATlON.
qu'elle ait enfanté, veu qu'vn homme aussi en peut bien auoir La raison est que le laict a son origine et cquse efficiente de l'action de la semence virile : comme il se peut prouuer de ce que quelques hommes en ont, et de ce qu'ordinairement les femmes n'en ont point qu'elles n'ayent conceu par la réception de l'action de la semence du masle. Parquoy les filles masculinisantes, comme dit Hippocrates aux liures de Dieta, c'est-àdire qui sont de nature forte et virile, ayans pareillement la semence virile, peuuent auoir du laict sans auoir eu counoissance d'homme, aussi bien que les hommes masles en peuuent auoir, comme déduit Cardan expliquant l'Aphorisme sus allégué.
Or maintenant nous retournerons à nostre propos, et dirons que pendant que les femmes ont leur flux, sentent le corps pesant et mal aisé : aucunes iettent beaucoup de sang, les autres peu, selon leur température et les alimens dont elles sont nourries , et l'exercice qu'elles font, et pareillementselouleut aage. Celles qui les ont coutumierement en petite quantité, ce sont les grasses, à cause qu'elles ont les veines estroites , et par conséquent peu de sang, lequel s'employe à la gresse (comme auons dit cy dessus). A peu de femmes leurs purgations s'esmeuuent tous les mois sans y faillir, mais à plusieurs il se fait intermission. Celles qui ont leur flux tout à la fois, à sçauoir, quatre ou cinq iours suiuans, sont plus heureuses et se portent mieux que celles à qui il vient peu à peu et à plusieurs iours.
I Ici Unissait en 1573 lo texte de ce para-: graphe; le reste est de 1575.
LE BIX-HVlTJEME LIVflK