CHAPITRE
« De la descente des inlestins en la bourse des petits enfans, appelée hargne ougreiteure. »
Le contenu de ce chapitre a été reporté depuis au livre des Tumeurs en pariiculier ( tome I", pages 40:i et suivantes) ; et comme je n'avais pas alors découvert cette première origine des chapitres de Paré sur les hernies, j'en donnerai ici une analyse complète, aUn que l'on puisse juger de ce que l'auteur y a ajouté de 1573 à i575.
« Souuent, dit-il en commençant, les enfans ont des hargnes ou greueures, qui est vne enflure aux aines ou aux bourses, et lorsqu'elle n'est qu'en l'aine, les auteurs l'ont appelée boubonocde ; et si le boyau dessend dans la bourse, enierochele : et s'il n'y a que de l'eau, hidrochele ■■ els'il n'y a que du vent, phisocitcle : et si c'est l'omentum ou la coiffe, sera appelée epiplocele, ou zirbule. La charneuse est appelée «orcoc/;e/e, et la variqueuse cirsochtle : ces deux icy n'aduiennenl point aux pelis enfans, mesme ie diray ce mol, qu'il n'y a que deux vrayes hargnes, à sçauoir l'intestinale et zirbale, d'autant que la venteuse, aqueuse, et charneuse aduient aux autres parties, et partant ne sont dictes vrayement hargnes. »
A ce premier paragraphe sont jointes deux notes originales ; la première ainsi conçue : Hargne csl ainsij nommée parceque ceux qui oni tel mal sont hargneux cl chagrins pour la douleur qu'ils sentent ; l'autre a pour objet de citer' Fallamberi au lib. de la manière de nourrir les enfans. L'auteur continue :
« Celle du boyau vient ou de la naissance, ou par accident, et se faicl jiar la dilatation ou rompcnre de la production du péritoine, lequel a deux tronxaux doux aines, par lesquels les muscles suspcnsoires des testicules passent auec les vaisseaux spermaliques = et
ÉME LIVRE,
elles veulent sortir leur font douleur, auec vn prurit, démangeaison et pi-
quand ces productions du péritoine se dilatent ou rompent, lors les inlestins lombcnt dedan- cette pioduction, et est appelée hernie intestinale. Telle chose se faicl de trop crier, ou tousser, ou vomir, el aus*y parceque le péritoine en ce.'l aagc est fort tendre, humide et délié, el partant facile à s'eslendre el rompre, et ceux qui l'ont rompu peu souuent guérissent, mais s'il est seulement relâché ils se peuucnl guérir.
« Les signes pour cognoistre la hargne intestinale ou zirbale 'Onl , que si c'e?! l'intestin, la douleur sera plus grande que si c'estoit l'omentum, et plus difficile à réduire, et quand on leur repousse dedans on sent vn bruit, comme vn gourgoullement. »
On reconnaît dans ce long passage la première rédaction du chapitre ]4du livre 6 déjà cité, avec lequel le lecieur pourra facilement le comparer. Là cependant ne s'arrête pas le chapitre 75 de l'édition de 1573; mais le reste a trait à l'engouement de la hernie , qui dans les éditions complètes n'est trailé qu'à la fin du chapitre i5 du 6^ livre.
« Et quelquefois , dit notre auteur, ne se peul réduire, à cause qu'il y a trop grande quantité de matière fecale contenue au boyau, qui faict que le boyau ne peut estre réduit, et se cognoist par la tension et dureté qui y est trouuee, et alors ne se faut efforcer le repousser par violence, mais le malade sera posé dedans le lict , la teste située bas, el les fc-ses cl cuisses hautes, et le laissera-on reposer, niellant dessus vn cataplasme tel qui sensuit... »
La formule est la même que celle du 6' livre ( voy. t. I", p. 409 ) , hors qu'en 1573 Paré n'ajoutait poinldc semence de fenugrec; cl le paragraphe qui vient après la formule est, à peu de chose près, copié sur celui de 1573, qui termine le chapitre 75. Le chapitre 7G a pour lilre :
La curniinn de In hargne des petis enfans. «
« La cure delà hargne des pelis enfans se fera euilant Icsbaings.el toutes choses qui r'amolisscnt , comme les potages, fruicU
DE LA GENERATION
queure aux genciues , ayans souvient flux de ventre, Oéure, epilepsie ,
cruds, le trop manger, le crier, la toux courir, sauter : et s'il tombe sans grande quantité de matière, le Chirurgien estant appelé situera l'enfant la teste en bas et les fesses esleuées , et peu à peu de ses deux mains fera la réduction : après on fomen tera la partie d'vnc fomenlation astringente, escripte à la précipitation de la matière. »
On peut comparer ce début avec le deuxième paragraphe du chapitre 15 du livre G, tome l«s page 405; la formule qui suit, et le paragraphe qui vient après la formule. Après quoi , comme dans l'édition de 1575 , celle de 1573 passe au dernier paragraphe de la page 406 de notre 1" volume : El par ces remèdes , etc., jusqu'à la fin : pendant que d'autre part les intestins âfrossî'sient; mais elle ajoutait là un assez long passage qui a été supprimé depuis:
« Etpartanllavoyeeslant rendue estroicte et le boyau grossi, la hargne se guérit. Or pour guérir la greueure venteuse , Auicennes ordonne deux remèdes, à sçauoir la semence d'amœos et la graine de lupins : il détrempe la semence d'amœos auec blanc d'oeuf en forme de cataplasme, et l'aplique dessus, par ce qu'elle eschauffe, dessesche, subtile, résout, et dissipe les ventosités , et relrainct auec le blanc d'œuf. L'autre remède, il faict cuire la farine de lupins auec du vin, mesié auec mirrhe, et choses qui astreignent , comme escorce de grenade , noix de galle, et autres semblables , et tels remèdes dissoluent et consomment les ventosités : pour telle chose i'ay souue:it appliqué l'emplaslre de Vig0Ai;ie meccHc/o, aussy l'emplaslre de diacalcitheos dissoute en gros vin astringent.
» Encore les deux vrayes hargnes se peuuent guérir par vn seul bénéfice de nature, voire à ceux qui ont accompli leurs troix dimentions, eslansen l'aagc de quarante ans, et pour le prouuer ie recileray ceste histoire: c'est qu'vn preslre de S. André des Ars, nommé maistre lehan Moret , etc. »
Ici venait presque dans les mêmes termes,
spasme, qui leur cause quelquesfois la mort,
l'histoire qui se lit au chapitre déj i indiqué, 1. 1"', pag.4()7 ; et après cette histoire l'auteur reprenait ;
« Et partant iamais ne seray d'auis qu'on couppe les couillons aux petis cnfans, car leur mancquans ils se dégénèrent en nature féminine, voire i'ose bien dire plus, parce que les femmes ont les leurs, et les hommes les aiant perdus, la voix leur mue, la force et le courage leur défaut , sont timides et honteux, et ont faute de barbe, et iamais ne peuuent plus faire génération. »
Ce paragraphe est comme le premier germe du passage qu'il a consacré au même sujet dans le 18'= chapitre duG^livre, t.I'r, p.4l3. Et enûn il terminait ainsi son chapitre 75: «Aux enfans vn peu grandelets, et aux femmes et hommes, on leur fera porter des braiers et espaullieres comme il est monstré par ces deux figures. »
Cette phrase, avec les deux figures qui suivent, a été reproduite au chapitre 15 du livre C7, t. I", p. 4(18 et 409. A l'occasion de ces figures j'ai une observation assez importante à faire. Elles se voyaient déjà en 15G4dans ]es Dix Hures de chirurgie, fol. 221 et 222 ; savoir, la figure de la double hernie en premier lieu, comme aussi en 1573 , et le titre est toujours resté le même; puis la figure de la hernie d'un seul côté, qui dans les éditions complètes est devenue la première; mais le texte qui l'accompagne est fort différent. On lisait en 1564 :
Autre /ifjure d'vn homme qui aurait vue rupture seulement d'vn costé auec vn brayer , auquel faut qu'au milieu de l'escusson y ait vue eminence.
Tandis qu'en 1573onlisait commeaujourd'hui : auquel faut qu'en l'escusson y ait trois eminences; et c'est à ces trois émincnccs au lieu d'une seule quese rapporlcnlles inotsqui suivent : I'ay irouué depuis nagueres ceste inueniion , etc. ; d'où l'on voit que l'invention a été trouvée cuire 166i a 1573. 11 faut confesser que la figure du brayer dessinée par M. Chazal , d'après la mauvaise édition de 1664 ne rend aucunement l'idée de Paré;
7^ LE brsî-HVri
tèÈ signés (fa'eUes vefûïent sortir r la nourrice sent la bouche de l'enfafft plus chaude que de coustume, et les
c'est fjourofiioi j'aP fâît reproduire éxademenl la forme du bandage, el surtout de la pelote d'après les figures origFrtafcs de ISG4 i ii>7»^ A est la! figure pTirriittvC; B est }é bâi^ttâ'ge perfectionné.
Lk fin-it le chap-itre 76' et ce- ^e Fauteur avait à dtre alors sur leS' heriwes. Le' chapitre 77 a pour litre :
« Z>è la relaxation du gros boyau aux pelis enfants. »
G'estpresque absolument le texte du chapitre 19 du livre 6 (t. 1", p. 418 X à part la fin du premier paragraphe , à partir du mol dysentérique ; et la note qu'on lit encette occasion doit être rectifiée en ce sens, que la fin du paragraphe n'a été ajoutée qu'à la deuxième édition complète j la dernière phrase de l'avant-dernier paragraphe, et le paragraphe final tout entier sont des additions de 1575.
Viennent ensuite les deux derniers chapitres cotés 78 et 79, consacrés aux aflections des dents et qui ont passé presque tout entiers dans le livre des opérations. [Vo-^ez cidevant pages 443 ot suiv.); il y en a eu aussi un court fragment rapporié au livre de laprothèse, ci-devant page 606, Et enfin le dernier article, intitulé De la douleur des dents det petits enfans , forme le fond d-u dernier chapitre du livre actuel , auquel nous avons rattaché cette note.
i gewcîués leûr sotrt etïftéers, ef les ! loties : âftfssi sont plus eriards , ef ne peuucnt dormir : le prurit et démangeaison se connoist parce que l'en- I faTit met somient les ctoig-tsen la bou- ' che , poTir les cuider frotter : atissi il ! batie : la douleur vient à raison que la pointe de l'a dent rompt et perce la chair delà genciue , qui est sensible et tendre.
Pour remédier à la douleur, faut que la nourrice soit traitée comme si elle auoit la fleure , et ne fera tetter Fenfant tant que de cotisturtie, \ mais lui fera boire iulep Alexandrin , I oùsyropde limon, otr de grenade, i atiec eaiï bouillie , pouf lùy esfari- I cher son extrême soif , et le rafreschir : toutesfbis il ne luy faut rien mettre en la bouche qui soit actuelle ment froid , de peur du retardement d'icelles, mais choses' douces et linitiuGs,à finde dilater la genciue et appaiser la: douleur. Pàrqùoy la nourrice frottera souuent dè ses doigts les genciues d'huile d'amandes douces, ou beurre frais, ou miel et succre, ou de mucilages de semence de psyllium , guimauue , coings, extraits en décoction de paritoire : et par dehors on appliquera un eata^ plasme de farine d'orge , laict , huilie rosat, moyeux d'œufs : d'auantage on' luy frottera souuent les genciues de ceruelle de liéure rostiie , ou bouille, à cause qu'elle relasche , et a' vne propriété occulte d'aider à faire sortir les dents, ce que l'expérience monstre : aussi est propre la ceruelle de cochon. On leur baille volontiers vn bastou de reclisse trempé en bon miel 1 , ou en lieu d'iceluy, vn ho-
1 Ce baston de reclisse est oublié dans l'édition de 1573 et 1676j il a été mentionné seulement en 1579.
DE LA GKNERATfOlN
chet auquel est enchâssé vue dent de loup, dont ils en frottent leurs g-cnciiios , et par ce moyen lY^nlant prend plaisir : d'autant que lorsque ses dents veulent sortir, sent vn prurit ou démangeaison aux genciues , et les frottant les raréfie et subtilie, et pour ceste cause les dents sortent plustost. Les nourrices font adiousterau hochet de petites sonnettes , qui leur seruuent de iouët , et de folastrer auec eux
Or souuenlesfois tels remèdes ne profitent de rien, à raison que la genciue est fort dure, qui est cause que les dents ne la peuuent percer :
dont s'ensuit pour la tension d'icelle , que l(!s enfans ont extrêmes douleurs, dont s'ensuit la fîéure, et autres accidens susdits, et enfin la mort. Et pour ce ie suis d'aduis que le chirurgien face vue incision sus la genciue et sus la dent, pour lui ouurir le passage , à fin qu'elle sorte plus aisément. Ce que l'ai fait à mes enfans , en présence de M. le Féure , médecin ordinaire du roy, et de madame la princesse de la Roche-sur-Yon , et de messieurs Hautin , Courlin , docteurs regens en la faculté de mede-
1 Ici finissait à la fois, dans l'édilion de 1573 , le Livre de la Generaiion et la digression sur les maladies des dents, que Paré y avait ajouté à la prière de L. Joubert. "Voyez ci-devant la dernière note de la page 443. Le reste de ce chapitre date de 1679, sept ans après le deuxième mariage de Paré, d'où l'on peut assez bien conclure à quelle époque il en eut des enfants.
cine à Paris , et de lacques Guiilemeau chirurgien ordinaire du roy , cl iuré ù Paris ^ : mesme aucunes nourrices, de leur instinct naturel , deschirent le dessus de la genciue auec leur ongle, à fin de fàire voye aux dents qui veulent sortir.
Or il ne sera hors de propos reciter ceste histoire : Monseigneur de Neuers m'enuoya quérir pour anatomiser son fils mort , aagé de huict mois ou enuiron, auquel n'estoit percé aucune dent. Ayant diligemment regardé qui pouuoit eslre cause de sa mort, n'en fut trouuée aucune, sinon qu'il auoit les genciues fort dures , grosses et enflées, et les ayant coupées par dessus, trouuay toutes les dents prestes à sortir, pour le peu d'aide qu'on y eust fait en coupant la genciue : ce qui fut conclu d des médecins presens et de moy, que la seule cause de sa mort estoit que Nature n'auoit esté assez forte pour percer la genciue, elpousser les dents dehors, à raison que pour l'aage qu'il auoit elles estoient plus dures qu'à vn plus d'aage que la sienne ^.
' En 1579, le texte portait: lacques Guillemeau chirurgien Iuré à Paris : ce qui semblerait indiquer que Guillemeau ne fut nommé chirurgien du roi qu'après cette époque, et, conséquemmont, qu'il n'avait pu être chirurgien de Charles IX, comme le disent tous les biographes. Du reste, Guillemeau, né en 1550, était encore bien jeune en 1579.
2 Édition de 1579 : Plus dures qu'à vn ieune enfa)H;\Q texte actuel date de 1585.
m DU TOME DEUXIÈME.
TABLE DES MATIÈRES