CHAPITRE II
DES SIGNES DES PLAYES FArfES PAR HARQVEBVSE5
Au commencement de la curation il faut connoislre si la playe est faite par coup de harquebuse : ce qui sera aisé à voir, si la figure de la playe est ronde et liuide en couleur, et la couleur naturelle de la partie est changée, à sçauoir iaune , violette, liuide, ou noire. Semblablement si à l'instant que le patient a receu le coup , il dit auoir senti vue douleur aggrauante , comme s'il eust esté frappé d'vn grand coup de pierre, ou qu'vne poutre, ou quelque autre grand fardeau luy fust tombé sur la partie vulnerée.
Pareillement (si le coup n'atteint quelque gros vaisseau) s'il en sort peu de sang des parties blessées,.d' autant qu'elles sont contuses , et grandement meurtries, qui est cause qu'elles s'enflent bien tost après le coup, de façon qu'elles bouschent quelquesfois le passage , tant que l'on n'y peut mettre tente ni selon : et de cela peut aduenir que le sang est supprimé , lequel autrement couleroit par les orifices '-.
Aussi le malade y sent grande chaleur, à cause de l'impétuosité du mouuement violent, et de la véhémente impulsion de l'air, auec la ruplion de la chair et des parties nreueuses : quelquesfois aussi pour les
• Ce chapitre manque d'abord tout entier dans les éditions de 154.'j et 1652 ; et le te.\tc de 1664 diffère beaucoup encore du texte des éditions complètes.
2 L'édition de 1664 porte simplement : Pareillemeni s'il en sort peu de sang, cl si le malade y sent grande chaleur, etc.
LE JNEVl'IiiMI-: LIVIIIÎ ,
OS fracturés qui piquent et pressent lesdites parties, dont s'ensuit (luxion etinOammation : aussi pour la grande contusion que fait la balle, qui ne peut entrer en aucune partie de nostre corps que par grande force, pour sa figure ronde, dont le lieu en est rendu noir, et les parties voisines liuides : parquoy s'ensuiuent plusieurs grands accidens , comme douleur, fluxion, inflammation, aposteme, spasme, aliénation, paralysie, gangrené, mortification, et après la mort.
Elles iettent souuent vne sauie virulente et fort fétide, qui prouient de la trop grande abondance des humeurs qui fluent à la pailie blessée , à cause de la véhémente meurtrisseure , contusion et dilaceration des parties , et par défaut de la chaleur naturelle qui ne la peut régir et gouuerner : pareillement vient pour la cacochymie du corps et des parties nerueuses, comme les iointures. Aussi tels coups sont trouués tousiours plus véhéments que la blesseure des cornes d'vn cerf , ou d'vn coup de pierre ietté d'vne fonde, ou autres contusions semblables , par ce qu'il se fait plus grande force d'vne chose ronde, qui d'extrême violence, en mode de foudre, pénètre au dedans