‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 66 sur 482 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

DES INDICATIONS OV'lL FAVT OBSERVER AVSDITES PLAYES.

La mondiQcation et extraction dcsdiles choses estranges faites, fautaider Nature à régénérer la chair, et cicatriser, tant par choses prises par dedans, que par medicamens à ce conuenables , èt procéder par certaines indications qui sont prises, premièrement de l'essence de la maladie, et de la cause d'icelle, si elle est présente : jaçoit que de la causeprimitiue (selon Galien au troisième de la Méthode ) ne se doit prendre indication non plus que du temps : ce qu'il entend

1 Ce paragraphe manque dans les éditions de 1545, 1552 et 1664. Mais les deux premières mettent à la place le curieux article qu'on va lire, et qui a été retranché à partir de la troisième.

« Et s'il y a ([uclque fer demeuré enlaplaije, soit appliquée pouldre de magnes subtilement puluerizée, et soit adioustée aux tentes auec les dessusdictz détersifs: car leltepouldre agraiidc vertu et propriété d'attirer le fer ainsi qu'il est cogncupar expérience. Mais il faut euiicr l'erreur de j)lusieurs qui s'abusent en appliquant indeuemenl ladicte pouldre iusques contre le fer, ce qu'il ne fault faire : car ou clic touche ledict fer, nécessairement relient iccluy, lequel elle uttireroit de loin par sa faculté occulte: purquoij faultqu'ily ait certaine dislance de la pouldre audici fer. Aussi par aulcims iours sinuanls fault diminuer la lente , selon qu'on verra que le fer s'approchera de la super- Jicie de lu playe. »

DES I^LAlTES D

de la cause abscnle, et du (emps prétérit.

Pareillement faut prendre indication des temps vniuersels de la maladie curable, c'est à sçauoir du commencement , accroissement , estât et declination : selon lesqiiels faut diuersifler les remèdes.

Autre indication est prise de la température du patient , laquelle aussi change la curation : comme tout Chirurgien rationnel et méthodique entend bien qu'il faut d'autres remèdes à vn cholérique qu'à vn phlegmatique , et ainsi des autres températures , tant simples que composées :

sous laquelle indication de tempérament sera comprise celle de l'aage , qui ne reçoit indiiïeremment tous remèdes, mais en veut d'autres pour les ieunes personnes, et d'autres pour les vieilles.

D'auantage , se doit prendre indication de la coustume de viure du patient : comme s'il auoit accoustumé de manger et boire beaucoup, et à toutes heui-es, lors ne luy faudra ordonner diète si exquise , qu'à celuy qui est accoustumé de peu manger et boire, et à certaines heures. Pour-ce les diètes de panades ne sont si propres aux François qu'aux Italiens :

pour-ce qu'il faut relascher et remettre quelque chose à la coustume, qui est vne autre nature. Sous ceste manière accoustumée de viure , se peuuent entendre la condition de vie , et l'exercice du patient, selon Testât duquel faut vser de remèdes plus forts à l'endroit des rustiques , des gens de trauail, et qui ont la chair dure, qu'il ne faut à l'endroit des délicats qui peu traualllent et fontpeu d'exercice.

Quelques-vns toutesfois ' ont mieux

' Quelques-vm loulesfoù, etc. — Ces quel-

*HARQVEBVSES. i6l

aimé comprendre celle indication sous le tempérament : de ma part , le n'en dispute ray, en laissant la resolution plus entière aux Docteurs.

L'indication prise de la vertu du patient , sur toutes autres est à respecter : pour-ce qu'icelle défaillant , ou estant fort débile, il faut nécessairement délaisser toutes autres choses pour luy subuenir : comme quand la nécessité nous force de couper vn membre, ou faire quelques grandes incisions,ou autres chosessemblables. Si le patient n'a vertu suffisante de tolérer la douleur, il est nécessaire de différer telles opérations (s'il est possible) tant que Nature soit restaurée, et ait recouuré ses vertus par bons alimens et repos.

Autre indication se peut prendre de l'air qui nous enuironne , sous lequel sont compris la saison de l'année, la région, le lieu de nostre demeure , et la constitution du temps. Car selon la chaleur, froidure, seicheresse et humidité, selon aussi la continuation de ces qualités, il faut adapter les remèdes. Pour-ce (iisoit Guidon les playes de la teste estre plus difficiles à guérir à Paris qu'en Auignon: et les playes des iambes, plusfascheuses en Auignon qu'à Paris : pour raison qu'à Paris l'air est plus froid et humide, qui est chose contraire, principalement aux vlceres de la teste. Au contraire en Auignon , la chaleur de

qucs-uns ne sont autres que Paré lui-môme ; il avait écrit en ellet dans les éditions de 1645 et 1652: Soubs icclle iiidicaliou .se poiirroii entendre la condition dévie et exercice du

patient Mais mieux vnult les réduire soiilis

l'indication du tempérament.

Cette rédaction a été changée en 16G1, probablement par suite de quelque »liscussion avec les docteurs.

LE JNEVriEME LIVllK ,

l'air enuironnant est cause de liquéfier et sublilier les humeurs. Ainsi plus facilement et en plus grande abondance les humeurs découlent auxiambes, dont vient que la guerison des iambes est plus difficile en Auignon qu'à Paris. Que si aucuns allèguent l'expérience au contraire , et que les playes de la teste sont plus souuent lethales ou mortelles és régions chaudes : le luy respondray, cela ne prouenir à raison de l'air, d'autant qu'il est plus chaud et sec , mais à raison de quelque humidité superflue, ou mauuaise vapeur communiquée à l'air, comme és lieux de Prouence et d'Italie, prochains de la mer Méditerranée.

L'indication de guerii-, se peut aussi prendre de la température des parties blessées : car les charneuses demandent autre remède que les os, ne que les parties nerueuses, et ainsi des autres. Ce qu'en pareil cas fait la sensibilité desditesparties,laquelle change la curation : comme ainsi soit qu'il ne conuienne appliquer medicamens si acres et violens aux nerfs et tendons, qu'aux ligamens et autres parties insensibles.

La dignité et action des parties n'a moins de priuilege au fait de la guerison : car si la playe est au cerueau, ou en aucunes des parties vitales et naturelles, il faut selon leur dignité et action changer et appliquer les remèdes : veu raesmes que pour la contemplation d'icelles, estsouuentesfois fait certain pronostic del'euenement.

Pour-ce que les playes qui pénètrent ati ventricule du cerueau, au cœur , aux grands vaisseaux, au thorax , en la partie ncrueuse du Diaphragme, au foye, au ventricule, aux intestins gresles et à la vessie', si elles sont

» Aph. 18. Uu.fj. — A. P.

grandes , sont nécessairement mortelles : aussi celles qui sont és iointures ou près d'icelles, et és corps cacochymes, sont plus souuent mortelles, ce que auons dit cy deuant.

Pareillement il ne faut oublier les indications prises de la position et colligance de la partie affectée , ne mesme de sa figure, comme Galien a assez expliqué au 7. de sa Méthode et au second à Glaucon.

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