‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 68 sur 482 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

COMMENT LE CHIRVRGIEN POVRRA POVR- SVIVUE LE TRAHEMENT DESDITES l'LAYES.

Au commencement donc faut bien auoir esgard à mitiger la douleur, en repercutant les fluxions , en ordonnant régime sur les six choses naturelles , et leurs annexes , en eultant choses calefactiues et acres , et en ostant ou diminuant le vin , de peur qu'il n'eschauffe, sublilie et facefluer les humeurs.

Sa manière de viure au commencement doit estre assez tenue , à fin de faire reuulsion. Car quand l'estomach n'est assez plein , il attire de tous costés à soy, au moyen dequoy les parties externes s'en ressentariS , demeurent vuides. 'V"oila pourquoy on doit nourrir moins le malade aux premiers iours de sa blesseufe. Le coït luy est fort contraire , d'autant qu'il enflamme les humeurs et esprits plus que tout autre mouuement, dont il rend la playe fort enflammée et subiette à defluxion 2.

Et ne sera que bon au commencement, s'il y a flux de sang, en laisser médiocrement couler, à fin de descharger le corps et la partie. Et où il n'auroit suffisamment coulé , faudra le iour suiuant vser de phlebolomie reuulsiue , et en tirer selon la plénitude et vertu du patient. Il ne faut

• Celle dernière phrase se lil pour la première fois dans l'édition de 157!).

Ce paragraphe a élé ici inlcrcalé à parlir de rédillon do 1575 ; il manque dans les éditions anl6rieures.

l64 t^Ê NÈVflÉME LIVRE,

aussi craindre faire aiiersion du sang vers les parties nobles. Car (comme nous auous dit) il n'y a aucune qualité vénéneuse K Toutesfois nous noterons , que telles playes à l'instant

ne ietteut gueres de sang, à raison que la grande contusion faite par la balle, et la véhémence de l'air agité, sont cause de repousser les esprits audedans, et aux parties voisines de la playe , comme auons dit cy deuaut :

ce qui est ordinairement connu en ceux à qui vn gros boulet aura emporté vn membre. Car à l'heure de leur blesseure ne sort que bien peu de sang de la playe, neantmoins qu'il y ait de grandes veines et artères rompues etdilacerées.Mais quelque temps après, comme au quatrième, cinquième et sixième iour , et quelquesfois plus tard, le sang coulera en grande abondance, à cause que la chaleur naturelle et les esprits y retournent.

Quant aux médecines purgatiues , ie les laisse à messieurs les Docteurs : toutesfois en l'absence d iceux, il est nécessaire de lascher et mouuoir le yenlre du patient pour le moins vne fois le iour, soit par art ou par nature ^ : ce qui se fera plustost par clys-

1 Les éditions de 1652 et 1564 portent en marge :

Ln ■phlcboimniii reuidsiiie est nécessaire au commencemenl des plaies faites par liacquclmles, contre l'opinioti de plusieurs.

Cette opinion, comme on sait, était celle d'Âlfonse Ferri ; mais l'ouvrage d'AH'onse Terri n'ayant paru qu'en 1553 , ce n'est pas àlui que Paré pouvailfaire allusion en 1552. 11 est probable que cette crainte des saignées était commune à beaucoup des partisans de la vénénosilé de ces plaies.

.,iLa lin do ce paragraphe, à partir de ces mots, Toutesfois nous noterons, elc, ne date que de 160^.

■i La tin de ce paragraplie manque encoie dans l'édition de 15U4.

teres que purgations, principalement és premiers iours, parce que l'agitation des humeurs en tel cas est suspecte, pour la crainte qu'il ne se face plus grande fluxion à la partie blessée. ToutesfoisGalien, liurequalrième de la Melhocle , chapitre sixième , parlant des indications de la saignée et purgation dit, que pour la grandeur du mal est nécessaire la saignée et purgation , combien que le malade soit sans repletion ou cacochymie.

La douleur se doit appaiser selon l'intention et remission d'icelle : et pour y remédier, si d'auenlure y a inflammation , on appliquera pour médicament local , vnguentum nutrilum , composé auec le ius de plan tain , ioubarbe , morelle et leurs semblables. L'onguent diachalcileos descril par Galieu en son premier liure de la Composition des medicamens selon les genres , chapitre sixième , et liquéfié auecques huile de pauot , de roses et vinaigre , n'est de moindre efficace , n - l'onguent de bolo, ne plusieurs autres de telle faculté, ores qu'ils ne soient proprement anodins (car tous anodins sont chauds au premier degré, ou pour le moins pareils en chaleur à nostre corps, Galien, liure cinquième , chapitre dix-neufléme des Simjjles) et les susdits medicamens sont froids, non pas tant qu'ils soient narcotiques, lesquels sont froids au quatrième degré. Mais quoi ? les susdits mentionnés au cas prédit appaisent la douleur très commodément, pource qu'ils contrarient auxinteniperatures chaudes , et fluxions d'humeurs sonnent acres et bilieuses, lesquelles coulent plustost que les froides, et causent plus grande douleur.

Apres l'vsage des repercussifs, i'approuue merueilleuseraeul ce cataplasme.

DKS Pr.AYi'S 1)

%. Micœpanis infusa' in lacle vaccin. 5]. iS.

Bulliant paium addendo :

Olei violacei et ros. ana 5 . iij.

Vitellos ouonini numéro quatuor.

Pul. rosarum rubrarum, llorum camom.

et melil. ana 5 . ij.

Farin. fabar. et bord, ana 5 . j.

Misée, fiât cataplasnia secundum artcm.

Ou pour remède pluspreparable, tu pourras prendre de la mie de pain , laquelle feras vn peu boiiillir auecques oxycrat et huile rosat.

Pour la curalion des apostemes , il conuient aussi diuersifier les medicamens selon les temps d'iceux. Car autres medicaraens sont propres au commenoement, autres à l'accroissement, et autres aux autres temps, comme assez est déclaré par Galieii au liure troisième, chapitre neufiéme de la Facullp. des medicamens , et par Guidon en la curation des apostemes , et par ceux qui en ont escrit. Et où Nature tenrtroit à suppuration, il la conuiendroit suiure, comme dit Hippocrates • : car le Médecin et Chirurgien ne sont que des ministres et aides de Nature , pour l'aider en ce où elle tend commodément 2.

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