CHAPITRE li
DE LA CVRATION VNIVERSELLE DES GRANDES ET ENORMES CONTVSIONS.
Le sang qui est decDulé dedans le corps, se doit euacuer sensiblement, ou insensiblement. L'euacuaiion sen-
1 Celte citation d'Hippocratc se trouve déjà dans l'édition de .679, mais placée par mégarde à la fin du paragraphe suivant; la traduction latine, qui a d'ailleurs beaucoup resserré le texte de ce chapitre, avait remis la citation à sa place, et elle a été imitée en ce point par les éditions françaises postérieures.
3 Ce paragraphe a été intercalléici en 1575.
19^ LE DIXIJ^ME LIVHE,
sible se fera , tant par saignées, ventouses, cornets auec scarifications, et sangsues , que par médecines propres et dédiées à telle chose , comme sont les solulifs, moyennant que le malade n'aye fiéure forte et continue K On l'euacuera insensiblement par potions resolutiues prouoquantes la sueur, ou par bains , et par la manière de diète tenuissime -. De la saignée nous auons texte exprès dans Galien ^, où il dit Si quelqu'vn est tombé de haut , encores qu'il n'eust assez de sang , si est-ce qu'il luy en faut tirer , pour obuier qu'il ne se coagule et pourrisse au dedans, estant hors de ses propres vaisseaux.
Parquoy ne faut que le Chirurgien obmette à tirer du sang , selon la grande véhémence du mal, et la plénitude et force du malade. Ce qii' ayant
fait , luy doit donner à boire telle potion K
* Cette restriction manque dans les deux éditions de 1664 et 1575.
2 Le texte a subi en cet endroit un retranchement qui y laisse de l'obscurité dans la plupart des éditions. Ainsi après ces mots diète tenuissime, ]es éditions de 15G4 et 1575 ajoutent: Ce qui est approuué par Hippocrates, qui dit que si quelcun est tombé de liault , le mesme inur ou le lendemain on luy doit huilier vne médecine, ou vne saignée, non seulement pour purger l'humeur superflu , mais pour diiieriir qu'il ne tombe à la partie blessée. Sernblablemenl Galien dit, etc. — Une note marginale renvoyait pour Hippocrale au /Jure des fractures. L'édition de 1679 supprima cette phrase, mais elle lisait sans ponctualion : Par la manière de diète tenuissime de la saignée nous trouuons dans Galien, etc. ; et les suivantes ont mis après la saignée le point ( .) qui doit cire évidemment placé après le mot tenuissime. La traduction latine l'a entendu comme nous , et elle porte De phlebotomia quidem aperta Galeni senlentia est, etc.
3 Sur la sent. 62. de la 3. sect. du liu. De articul. — A. P.
'if. Rac. gent. 3. iij.
Bul. in oxycrat. in colat. diss. rhei 3. j. Fiat potio.
elect.
Tels remèdes resoluent, dissoluent, et iettent hors par le cracher le sang caillé , s'il est és poulmons.
Puis l'envelopper en vne peau de mouton recentementescorché, .sur laquelle sera espandue de la poudre de myrte, de nasturce, et du sel subtilement puluerisé. On le posera puis après en sonlict , où estant bien couuert , suera tout à son aise. Le lendemain faudra oster la peau, et l'oindre du Uniment qui s'ensuit, lequel appaise la douleur, et résout le sang meurtri.
'^. Vnguenti de althœa. § . vj.
Olei lumbric. camo. anethi ana § ij.
Tereb. Venet. g . iiij.
Farinœ fœnugrœci, rosar. rubr. pulueris.
pulu. myrt. ana § . j.
Fiat litus ad vsum dictum.
Pareillement on luy donnera â boire de la potion subséquente, laquelle prouoque la sueur, et dissout le sang coagulé dedans le corps.
'Jf. Ligni gaiaci g . viij.
Rad. enulee campanœ, consolidae raaioris, ireos Florenliœ , polipodij quercini ana § . (i .
Sem. corian. anisi ana §. û.
Giycyrrhizœ § . ij.
Nepelœ , cenlaureaî , garioph. , cardui
bened. vcrbenaî ana m. fi .
Aqua; fontana; Ib. xij.
Omnia concassata infundantur per spatium
duodecim horarum, qua; omnia lento
igne secundum artem coquantur ad
consumplionem medielalis.
' L'édition de 1564 porte simplement :
Ce qu'ayant fait, luy doit donner à boire vn
DES CONTVSIONS , COMB
Quand le malade aura pris le matin demy septier de oeste polion vu peu liede, se laissera suer une heure dedans le lict plus ou moins par chacune fois, et continuera six ou sept iours, selon qu'il en sera besoin. Si c'estoit quelque panure soldat qui ne peust auoir telle commodité, il le conuiendra mettre dans du flent, l'enueloppant premièrement en vn drap, etluy mettant vn peu de foin, ou de paille blanche , auant que l'enseuelir dans ledit fient iusqu'à la gorge, et l'y tenir tant qu'on verra qu'il aura assez sué : ce que i'ay fait plusieurs fois.
On donnera pareillement au malade quelques syrops à boire , qui sont propres pour empescher la coagulation et pourriture du sang , comme syrops aceteux, de limons, ou de acelosilate citri, la quantité d'vne once dissout en eau de scabieuse ou de chardon benist pour chacune fois.
Aussi doit-on do.nner promptement ce potus^ qui est propre pour garder que le sang ne se coagule, et qui semblablement conforte les parties internes.
2£. Rheu. elecli piilueris. 3. j.
Aquœ rubiae maioris et plant, ana o.j.
Thcriacae 3. C .
Syrupi de rosis siccis ^ . & ■
Fiat potus.
Lequel sera donné tout aussitost que le malade sera tombé , et réitéré
posson d'oxicral, lequel einpesche lu coagulation du sang en l'estomac , ainsi que Galien le commande. Puis l'eiineloppcr, etc. — Celle de 1675 ajoute quelque chose :
Ce qu'ayant fait, luii doit donner à boire vn posson d'osicrat liede , lequel empeschc la coagulation du sanrj en l'eslomach , aiiisi que Galien commande, ou telle polion , el.c. Et enfin l'oxycrat froid ou tiède a complètement disparu dès l'édition de 1579.
5T10NS ET GiNGUENES. 1 g'J
par quatre ou cinq matins. Ou en son lieu on luy fera boire une drachme de nalure de baleine dissoute avec eau de buglosse ou des eaux cy dessus escrites , auec vue once ou demie de syrop de capill. Veneris. Apres l'vsage de ladite potion, il conuiendra faire prendre au malade par l'espace de neuf iours au matin , deux heures ou trois devant le past , de la poudre qui s'ensuit , s'il est nécessaire.
2£. Rub. torref. rad. rub. maioris, ccntaurij, gentianae,aristoloch. rotundaeanag
De laquelle en sera baillé pour chacune fois vue drachme auec syrop aceteux, et de l'eau de chardon benist.
D'auantage l'eau de noix vertes , tirée en l'alambic et beuë, a grande vertu de dissoudre le sang amassé et coagulé.
Onpeutvser pareillement des bains faits auec décoction de racine d'ireos, enulœ campanœ, oxalidis, fœniculi, altheœ , osmondœ regalis, consolidée maioris, seminis fœnugrœci , foliorum salaiœ, maioranœ, florum camomillœ, melil. et de leurs semblables.
Aussi les semences trouuées sous le foin ont grande efficace à ceste même fin.
Le bain en chaleur tempérée a ceste vtilité , qu'il lasche et raréfie le cuir, fond et dissoult le sang grommelé , incise les humeurs visqueuses , addoucit les acres, elles tire du profond du corps iusqu'à la superficie du cuir, de façon qu' vue partie d'eux est vuidée par sueur vniuerselle , vue autre par cracher et moucher, si d'aduenture l'affeclion est aux parlies supérieures : par le siège et vrine, si elle est aux inférieures. Les bains
I Traduction assez obscure de Sperma ceti.
igS LE DIXIÉW
aussi sont proGtables aux inflammationsdes poulmons.aux pleureliques, selon Hippocratc^ au troisième l)c Vîctu aculorum, et troisième liure Demorbis: mais c'est lorsque la fiéure est miligée et adoucie : car lors ils appaisent la douleur , et aidtnt à suppurer et ietter par les crachats les superfluités contenues ausdiles parties Ils peuuent pareillement suruenir à plusieurs autres dispositions, moyennant qu'ils soient faits deuëment après les choses vniverselles. Car s'ils estoient administrés douant la saignée et puigation, ils nuiroient grandement, à raison qu'ils pourroient causer nouuelle fluxion aux parties malades. Parquoy ie te conseille d'vser tousiours du conseil du docte et expert Médecin, s'il t'est possible.