‹ uvres complètes d'Arthur RimbaudChapitre 4 sur 46 · SOIFS · texte numérisé non relu

SOIFS

NOUS sommes tes grands parents, Les grands, Couverts des froides sueurs De la terre et des verdures.

Nos vins secs avaient du cœur.

Au soleil sans imposture Que faut-il à l'homme? Boire...

MOI. — Mourir aux fleuves barbares.

Nous sommes tes grands parents

Des champs...

L'eau est au fond des osiers...

Vois le courant du fossé Autour du château mouillé...

Descendons dans nos celliers ; Après le cidre, ou le lait.

MOI. — Aller où boivent les vaches.

Nous sommes tes grands parents

Tiens, prends Les liqueurs dans nos armoires.

Le thé, le café, si rares, Frémissent dans les bouilloires.

\^ois les images ; les fleurs :

Nous entrons du cimetière...

MOI. — Ah ! tarir toutes les urnes.

Eternelles Ondines, Divisez l'eau fine;

Vénus, sœur de l'azur, Emeus le flot pur.

Juifs errants de Norvège, Dites-moi la neige ;

Anciens exilés chers.

Dites-moi la mer...

— Non, plus ces boissons pures.

Ces fleurs d'eau pour verres ;

Légendes ni figures Ne me désaltèrent

Chansonnier, ta filleule

C'est ma soif si folle; Hydre intime, sans gueules.

Qui mine et désole!

Viens ! les vins sont aux plages, Et les flots, par millions !

Vois le bitter sauvage Rouler du haut des monts ;

Gagnons, pèlerins sages, L'absinthe aux verts piliers...

MOI. — Plus ces paysages.

Qu'est l'ivresse, amis }

J'aime autant, mieux même, Pourrir dans l'étang.

Sous l'affreuse crème.

Près des bois flottants.

Peut-être un soir m'attend Où je boirai tranquille En quelque bonne ville.

Et mourrai plus content Puisque je suis patient.

Si mon mal se résigne.

Si jamais j'ai quelque or, Choisirai-je le Nord Ou le pays des vignes?...

Ah ! songer est indigne.

Puisque c'est pure perte ; Et si je redeviens Le voyageur ancien.

Jamais l'auberge verte Ne peut bien m'être ouverte.

Les pigeons qui tremblent dans la prairie ; Le gibier, qui court et qui voit la nuit ; Les bêtes des eaux, la bête asservie ; Les derniers papillons ; ont soif aussi.

Mais fondre où fond ce nuage sans guide.. Oh ! favorisé de ce qui soit frais.

Expirer en ces violettes humides Dont les aurores chargent ces forêts.

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