IMITATION DU C.REC
« Combien l'homme est infortuné !
Le sort maîtrise sa faiMesse, 'Et de l'enfauce à la vieillesse D'écueiis il marche environné ; Le temps l'entraîne avec vitesse; Il est mécontent du passé; Le présent l'afflige et ie presse ; Dans l'avenir toujours placé.
Son bonheur recule sans cesse; Il meurt eu rêvant le repos.
Si quelque douceur passagère Un moment console ses maux, C'est une rose solitaire Qui fleurit parmi les tombeaux.
Toi, dont la puissance ennemie Sans choix nous condamne à la vie , Et proscrit l'homme en le créant, Jupiter, rends-moi le néant! »
• Campagne de Flandre et de Belgique.
*• Campagne d'Italie, reprise de Âonu', et défaite de la nombreuse armée commandée par le Roi de JVaples et par le général Mack.
•«• Bataille de la Trebbia.
'*" Le roi de Naples s'était réAigié en Sicile.
Aux bords lointains de la Tauvide , Et seul sur des rochers déserts Qui repoussent les flots amers , Ainsi parlait Épbimécide.
Absorbé dans ce noir penser.
Il contemple l'onde orageuse; Puis d'une course impétueuse Dans l'abîme il veut s'élancer.
ToQl-à-coup une voix divine Lui dit : <^ Quel transport te domine? L'homme est le favori des cieux ; Mais du bonheur la source est pure.
Va, par un injuste murmure, Ingrat, n'offense plus les dieux. »
Surpris et long-temps immobile.
Il baisse un œil respectueux.
Soumis enfin et plus tranquillie, A pas lents il quitte ces lieux.
Deux mois sont écoulés à peine , Il retourne sur le roclier.
« Grands dieux ! votre voix souveraine Au trépas daigna m'arraclier; Bientôt votre main secourable A mon cœur offrit un ami.
J'abjure un murmure coupable; Sur mon destin j'ai trop gémi.
"Vous ouvrez un port dans l'orage; Souvent votre ])ras prolecteur S'étend sur l'homme; et le malheur IS'est pas son unique héritage. »
Il se tait. Par les vents ployé , Faible , sur son frère appuyé , Un jeune pin frappe sa vue ; Auprès il place une statue , Et la consacre à l'Amitié.
f2 MÉLANGES.
Il rcviiut après une année.
Le plaisir brille dans ses yeux ; La guirlande de Thyménée Couronne son iront radieux.
« J'osai dans ma sombre folie Blâmer les décrets éleruels , Dit-il; mais j'ai vu Glycérie, J'aime, et du bienfait de la vie Je rends ijràcc aux dieux immortels. >♦ Son âme doucement émue Soupire, et dès le même jour Sa main, non loin de la statue, Élève ua autel à l'Amour.
Deux ans après , la fraîche Aurore
Sur le rocher le voit encore,
Ses i-egards sont doux et sereins;
Vers le ciel il lève ses mains :
" Je l'adore, ô bonté suprême!
L'amilié, l'amour enchanteur,
Avaient commencé mon bonheur :
Mais j'ai trouvé le bonheur même.
Périssent les mots odieux
Que prononça ma bouche impie!
Oui , l'homme dans sa courte vie
Peut encore égaler les dieux. »
Il dit; sa piété s'empresse
De construire un temple en ces lieux.
Il en bannit avec sagesse
L'or et le marbre ambitieux ,
Et les arts, enfans de la Grèce.
Le bois, le chaume, et le gazon,
Remplacent leur vaine opulence ,
Lf sur k modeste froiilon
Il écrit : y4 la Lïeufalsance.
-AIÉLAAGES.
A M. AUGUSTE DE LABOUISSE.
Salut au poète amoureux
Qui chante une autre Éléonore!
Ce nom favorable et sonore
Embellit quelques vers heureux
Qu'au Parnasse on répète encore.
Que dis-je , heureux ? Est-ce un bonheur
De faire pleurer Tëlëgie ?
Et le sourire du lecteur
Peut-il dédommager l'auteur
Qui perd une amante chérie ?
Votre succès sera plus doux.
L'Amour est sans ailes pour vous;
Dans vos vers point de longue absence ,
Point d'hymen forcé, d'inconstance,
D'exil ni d'adieux éternels.
Combien ces adieux sont cruels 1
Votre muse heureuse et féconde
Chante des amours sans regrets ;
Et d'Éléonore seconde
J'en félicite les attraits.
REPONSE
I/Hynien fait un devoir d'aimer, L'Amour rentl ce devoir aimable.
BERSIS.
Août 1804.
OiiijChanlre des-Aïuours : oui, poète des Grâces, Point d'adicu.\ cterucls , ni de sombres disgrâces;
n4 MÉLANGES.
Point diexil, de refus , ni d'injustes mépris :
De mes feux, à la fin ,j'ai recueilli le prix.
Ce mystère charmant , ces transports , celte ivresse
Qu'un favorable hymen permet à ma tendresse,
Des plaisirs les plus doux ont comblé mon ardeur.
Papillon d'îdalie , errant de fleur en fleur, Je faisais répéter l'inconslance à ma lyre ; Cette sécurité d'un amour satisfait Qui triomphe sans crainte, et jouit sans regret? Avais-je pu connaître, en mon erreur funeste, Touî ce que réservait de pur et de céleste L'aimable Éléonore à ma fidélité?
Près d'elle, dans ses bras, quelle félicité! L'élude et les plaisirs se partagent ma vie. Loin des grands, de la cour , et surtout de l'envie, Je chante le bonheur, ou le goûte du moins. A lui plaire, à l'aimer je borne tou-, mes soins. Parcourt-elle ces bois, mystérieux asile? C'est Psyché s'égarant scus la feuille mobile. Ou Flore en ses jardins qui moissonne des fleurs Dont son teint délicat efface les couleurs. Même en lisant tes vers, ou ton rival TibuUe, Qui promettait la gloire à mon esprit crédule, Paraît-elle à mes yeuX; belle de ses attraits? De désirs et d'amour m'énivrant à longs Iraits, Je me lève , l'embrasse et, malgré moi, j'oublie Ton épître facile, et l'amant de Délie, Livres , muses, beaux vers, ma lyre.... je ne vois Que l'objet enchanteur, que l'objet de mon choix ; De myrte, de jasmin, sa tète est couronnée : Adolphe, tendre fruit d'un heureux hyménée, Me tend ses faibles bras, ou de sa jeune main Dans ses jeux indiscrets dévoile ce beau sein, Qu'elle eo-.ivre à l'instant, que la pudeur protège. O tableau ravissant et digne du Corrége!
MELANGES. Ha
Mon cpoiisc a souri : le ciel est dans mou cœur, Et j'ai réalisé le rêve du bonheur.