A M. DE PARNY
E>: LUI T.■SVOYA^ST LE POEME DE l'aMOCH T.IATERXEL,
A toi, très aimable païen , Demi-sacré, demi-profane, Bon poète , mauvais chrétien , Qu'Apollon sauve, et que Dieu damne I Chante Saîaii et Felzébuth, Caresse l'Amour et sa mère :
A la vertu, matrone austère, Je consacre un chaste tribut.
Mes vers n'ont rien qui scandalise :
Dans l'oratoire de Vénus On répète tes Orémus :
Tu plaisantes , je moralise.
Nous avons chacun notre emploi ; Ainsi, dans la même famille, n. 7
J'édiftraila mère, et toi Tu feras soupirer la fille.
Tu célèbres la Volupté, Moi, la tendresse maternelle :
Ma part est la vie éternelle , La tienne l'immortalité.
MiLLRVOYE.
REPONSE
Il est vrai , j'ai dans mes beaux jours Chanté de profanes amours.
Du rigorrsme qui me damne Partagez-vous l'arrêt cruel ?
Cet amour que l'on dit profane Commence Tamour maternel; Vous achevez donc mon ouvrage ; Mais honneur à votre Apollon , Et que l'humble fleur du vallon Au lis des jardins rende hommage Votre verve est brillante et sage.
Aux petits charlatans moraux , Qui viennent au pied du Parnasse Établir d'ennuyeux tréteaux , Vous laissez leur risible échasse , Et leur vieux baume inefficace, Kl le vide pompeux des mots.
Un sentiment vrai vous inspire , Et vos chants sont purs comme lui.
D'autres feront crier la lyre :
Combien de beaux vers aujourd'hui Que sans fatigue on ne peut lire!
Poursuivez donc et laissez dire
MÉLANGES, v 79
Ces graves et doctes élus , Si bien payés et si peu lus , Dont la Muse tout emphatique Préfère à l'éiégauce antique, A la justesse , à la^ ciarlé , Parures du chant didactique, D'un nouveau pathos poétique L'ambitieuse obscurité.