‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbreChapitre 15 sur 174 · PROJET DE SOLITUDE · texte numérisé non relu

PROJET DE SOLITUDE

Fuyons ces tristes lieux, ô maltresse adorée! Nius perdons eu espoir la moitié de nos jours, Et la crainte importune y trouble nos amours. Non loin de ce rivage est une il3 ignorée, Interdite aux vaisseaux, et d'écueils entourée. Un zéphyr éternel y rafraîchit les airs. Libre et nouvelle encor, la prodigue nature Embellit de ses dons ce point de l'univers : Des ruisseaux argentés roulent sur la vejdure El vont en serpentant se perdreau sein des mers ; Une main favorable y reproduit sans cesse L'ananas parfumé des plus douces odeurs; Et l'oranger touffu, courbé sous sa richesse, Se couvre en même temps et de fruits et d« iUv.rt.

Que nous faut-il de plus ? cette île fortunée

Semble par la nature aux amans destinée.

L'océan la resstrre , et deux fois en un jour

De cet asile étroit on achève le tour.

Là je ne craindrai plus un père ine.'orable.

C'est là qu'en liberté tu pourras être aimable,

Et couronner l'amant qui t'a donné son cœur-

Vous coulerez alors, mes paisibles journées,

Par les nœuds du plaisir l'une à l'autre enchaînées :

Laissez-moi peu de gloire et beaucoup de bonheur,

Viens ; la nuit est obscure et le ciel sans nuage ;

D'un éternel adieu saluons ce rivage,

Où par toi seule encor mes pas sont retenus.

Je vois à l'horizon l'étoile de Vénus:

yénus dirigera notre course incertaine.

Eole exprès pour nous vient d'enchaîner les vents ;

Sur les flots aplanis Zéphyre souffle à peine ;

Viens; l'Amour jusqu'au port conduira deux amans.

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