‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbreChapitre 20 sur 174 · IV, ÉLÉGIE · texte numérisé non relu

IV, ÉLÉGIE

Oui , sans regret , du flambeau de mes jours

Je vois déjà la lumière éclipsée.

Tu vas bientôt sortir de ma pensée,

Ci'uel objet des plus tendres amours!

Ce triste espoir fait mon unique joie.

Soins importuns , ne me retenez pas.

Éléonore a juré mon trépas;

Je veux aller où sa rigueur m'envoie,

Dans cet asile ouvert à tout mortel ,

Où du malheur on dépose la chaîne ,

Où Ton s'endort d'un sommeil éternel,

Où tout finit, et l'amour et la haine.

Tu gémiras, trop sensible Amitié!

De mes chagrins conserve au moins l'histoire,

Et que mon nom sur la terre oublié

Vienne parfois s'offrir à ta mémoire.

Peut-être alors tu gémiras aussi ,

Et tes regards se tourneront encore

Sur ma demeure , ingrate Éléonore,

Premier objet que mon cœur a choisi.

Trop tard, hélas! tu répandras des larmes.

Oui , tes beaux yeux se rempliront de pleurs.

Je te connais , et malgré tes rigueurs ,

Dans mon amour tu trouves quelques charmes.

Lorsque la mort , favorable à mes vœux , De mes instans aura coupé la trame, Lorsqu'un tombeau triste et silencieux Renfermera ma douleur et ma flamme; O mes amis ! vous que j'aurai perdus, Allez trouver cette beauté cruelle , Et dites-lui : c'en est fait, il n'est plus. Puissent les pleurs que j'ai versés pour elle M'êlre rendus!.,.. Mais non; dieu des Amours, Je lui pardonne ; ajoutez à ses jours Les jours heureux que m'ôta l'infidèle.

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