ÉLÉGIE V
D'un long sommeil j'ai goûté la douceur.
Sous un ciel pur qu'elle embellit encore,
A mon réveil je vois briller l'Aurore ;
Le dieu du joiir la suit avec lenteur.
Moment heureux! la nature est tranquille,
Zéphyre dort sur la fleur immobile ,
L'air plus serein a repris sa fraîcheur,
Et le silence habite mon asile.
Mais quoi! le calme est aussi dans mon cœur!
Je ne vois plus la triste et chère image
Qui s'offrait seule à ce cœur tourmenté;
Et la raison par sa douce clarté
De mes ennuis dissipe le nuage.
Toi que ma voix implorait chaque jour,
Tranquillité, si lon^-temps attendue,
Des cieux enfin te voilà descendue.
Pour remplacer l'impitoyable Amour.
J'allais périr ; au milieu de l'orage
Un sûr abri me sauve du naufrage ;
De l'aquilon j'ai trompé la fureur ;
Et je contemple , assis sur le rivage.
Des flots grondans la vaste profondeur.
Fatal objet dont j'adorai les charmes,
m POÉSIES EROTIQUES.
A ton oubli je vais m'accoutumer.
Je t'obéis enfin ; sois sans alarmes; Je sens pour loi mon âme se fermer.
Je pleure encor , mais j'ai cessé d'aimer; Et mon bonbeur fait seul couler mes larmes.