A UN AMANT
Cruel , as-tu bien le courage
De tourmenter un jeune cœur ,
Qui, trop soumis , pour son malheur,
Chérit jusqu'à son esclavage.^
De l'hymen usurpant les droits ,
Ton orgueil prétend-il sans cesse
Ranger sous de pénibles lois
Celle qu'Amour fit ta maîtresse?
Tu dois sans doute être flatté
D'inspirer de tendres alarmes ,
Et d'affliger une beauté
Dont ta main peut sécher les larmes;
Il est dou^ de la désoler.
Sa douleur la rend plus jolie :
Mt-is les pleurs que l'on fait couler
Valent-ils ceux que l'on essuie ?
SUR LA MALADIE D'ÉLÉONOx^iE.
C'en est fait , la faux du trépas Se lève sur ma jeune amie ; Le feu d'une fièvre ennemie Brûle ses membres délicats.
Je l'ai vue au milieu des peines , Sur son front j'ai posé la main ; O douleur ! j'ai senti soudain Ce feu qui coule dans ses veines.
Ses yeux peignaient l'égarement Et le désordre de son ânre; Ses yeux, que je vis si souvent Briller d'une plus douce flamme, N'ont point reconnu son amant.
Ah ! ses beaux jours naissent à peine : O mort ! garde-toi de frapper, Ou tranche sa vie et la mienne :
ïu n'auras qu'un fil à couper,