CHAPITRE III
Quelle espèce de religion serait utile.
IjE principe le plus fécond en calamités publiques (i) est l’ignorance. C’est de la perfection des lois (2) que
(1) Presque toute religion défend aux hommes l’usage de leur raison , les rend à la fois brutes , malheureux et cruels. Cette vérité est assez plaisamment mise en action dans une pièce anglaise intitulée : La Reine du bon sens. Les favoris de la reine sont dans cette pièce la Jurisprudence sous le nom de Law , la médecine sous le nom de Physic , un prêtre du soleil sous le nom de Firebrand ou Boutefeu.
Ces favoris, las d’un gouvernement contraire à leurs intérêts, conspirent , appellent l’Ignorance à leur secours. Elle débarque dans l’île du on sens , à la tête d’une troupe de bateleurs , de ménétriers , de singes, etc. ; elle est suivie d’un gros d’Italiens et de Français. La Relue du bon sens marche à sa rencontre. Firebrand l’arrête; « O Reine , lui dit-il , ton trône est ébranlé ; les dieux s’arment contre j) loi ; leur colère est l’effet funeste de ta protection accordée aux 3> incrédules. C’est par ma bouche que le soleil te parle : tremble, » remets-moi ces impies', que je les livre aux flammes ; ou le ciel 3> consommera sur toi sa vengeance. Je suis prêtre , je suis infaillible : 3> je commande, obéis ; si tu ne veux que je maudisse le jour de ta » naissance comme un jour fatal à la religion. » La Reine , sans écouter , fait sonner la charge. Elle est abandonnée de son armée ; elle se retire dans un bois : Firebrand l’y suit et l’y poignarde « Mon inté- 3> rêt et ma religion demandent , dit-il , cette grande victime. Mais 3) m’en déclarerai-je l’assassin ? non : l’intérêt qui m’ordonna ce par- 3) ricide veut que je le taise. Je pleurerai en public mon ennemie ; je 3> célébrerai ses vertus. « Il dit : on entend un bruit de guerre. L’Ignorance paraît, fait enlever le corps du Bon sens , le dépose dans un tombeau. Une voix eu sort , et prononce ces mots prophétiques : « Que l’ombre du Bon sens erre à jamais sur la terre ; que ses gémis- 3> semens soient l’éternel effroi de l’armée de l’Ignorance ; que cette 3i ombre soit uniquement visible aux gens éclairés , et qu’ils soient , 3> en conséquence , toujours traités de visionnaires. »
(2) Les lois sont les fanaux dont la lumière éclaire le peuple dans le chemin de la vertu. Que faut-il pour rendre les lois respectables ? qu’elles tendent évidemment au bien public, et soient long-temps