CHAPITRE XIV
Du sublime.
Le seul moyen de se former une idée du mot sublime , c’est de se rappeler des morceaux cités comme tels par les Longin , les Despréaux cl la plupart des rhéteurs. Ce qu’il y a de commun dans l’impression qu’excitent en nous ces morceaux divers, est ce qui constitue le sublime. Pour en mieux connaître la nature , je distinguerai deux sortes de sublime, l’un d’image, l’autre de sentiment.
Du sublime des images.
A quelle espèce de sensation donne-t-on le nom de sublime? A la plus forte, lorsqu’elle n’est pas, comme je l’ai déjà dit , portée jusqu’au terme de la douleur. Quel sentiment produit en nous celte sensation ? celui de la crainte : la crainte est fille de la douleur, elle nous en rappelle l’idée. Pourquoi cette idée fait-elle sur nous la plus forte impression? c’est que l’excès de la douleur excite en nous un sentiment plus vif que l’excès du plaisir : c’est qu’il n’en est point dont la vivacité soit comparable à celle des douleurs éprouvées dans le supplice d’un Ravaillac ou d’un Damien. De toutes les passions , la crainte est la plus forte; aussi le sublime est-il toujours l'effet du sentiment d’une terreur commencée.
Mais les faits sont-ils d’accord avec cette opinion? Pour nous en assurer , examinons , entre les divers objets de la nature , quels sont ceux dont la vue nous paraît sublime. Ce sont les profondeurs des cieux , l’immensité des iners , les éruptions des volcans , etc.