‹ Œuvres complètes d'HelvétiusChapitre 182 sur 228 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Qu’on doit la vérité aux hommes.

Si je consultais sur ce sujet et saint Augustin et saint Ambroise, je dirais avec le premier : « La vérité de- » vient-elle un sujet de scandale* que le scandale naisse , >> et que la vérité soit dite (i) » Je répéterais, d'après le second : « On n’est pas défenseur de la vérité , si , » du moment qu’on la voit, on ne la dit point sans » honte et sans crainte (2). » J’ajouterais enfin « que la » vérité, quelque temps éclipsée par l’erreur, en perce » tôt ou tard le nuage (3). »

Mais il n’est point ici question d’autorité. Ce que l’on doit à l’opinion des hommes célèbres , c’est du respect, et non une foi aveugle. Il faut donc scrupuleusement examiner leurs opinions; et, cet examen fait, il fout juger, non d’après leur raison, mais d’après la sienne. Je crois les trois angles d’un triangle égaux à deux droits, non parce qu’Euclide l’a dit, mais parce que je puis m’en démontrer la vérité.

Demander si on doit la vérité aux hommes, c’est, sous un tour de phrase obscur et détourné, demander s’il est permis d’ètre vertueux, et de foire le bien de ses semblables.

Mais l’obligation de dire la vérité suppose la possibilité de la découvrir. Les gouvernemens doivent donc en faciliter les moyens; et le plus sûr de tous est la liberté de la presse.

(1) Si de veritate scandalum. , utilius permittitur nasci scandalum quàm veritas relinquatur.

(2) llle veritatis defensor esse debet qui cùm rectè sentit , loqui non metuit , nec erubescit.

(3.' Occultari potestad tempus veritas, vinci non potest.

Page 1