‹ Œuvres complètes d'HelvétiusChapitre 194 sur 228 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Jjn intérêt secret cacha toujours aux parlemens la conformité de la morale des jésuites et du papisme.

Les parlemens ont à la fois condamné la morale des jésuites et respecté celle du papisme (i) : cependant la conformité de ces deux morales est sensible. La protection accordée aux jésuites, et par le pape, et par la plupart des évêques catholiques (2}, rend cette confor-

(1) La vérole physique , disait un grand politique , a fait de grands ravages chez les nations européennes : mais la vérole morale ( le papisme) y en a fait encore de plus grands.

(■2) Si la morale des jésuites eût été l’œuvre d’un laïque , elle eût été condamnée aussitôt qu’imprimée.

Ce n’est pas la chose , c’est l’auteur que le clergé juge ; il eut toujours deux poids et deux mesures. Saint Thomas en est un exemple Machiavel , dans son Prince, n’avança jamais les propositions que ce saint enseigne dans son Commentaire sur la cinquième des Politiques , texte 1 1 . Voyez ses propres mots :

« Ad salvalionem tyrannidis , excellentes potentia, vel divitiis » interficere ; quia taies , per potentiam quam habenl , possunt insur- » gere contra tyrannum. lter'um expedit interficere sapientes ; taies » enim, per sapientiam eorum , possunt invenire vias ad expellendam « tyrannidem . Nec scholas , nec alias congregaliones per quas coni> tingit vacare circa sapientiam permittendum est ; sapientes enim » ad magna inclinantur, et ideo magnanimi sunt et laies de facili » insurgunt. Ad sah’andam tyrannidem oportet quod lyrannus pron curet ub subditi imponant sibi invicem crimina, et turbent se ipsos,

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mité frappante. On sait que l’Église papiste approuva toujours, dans les ouvrages de ces religieux, des maxi-

» ut amicus amicum , et populus contra divites , et divites inter se » dissentiant ; sic enim minus poterunl insurgere propter eorumdivi- » sionem. Oportet etiam subditos facere pauperes ; sic enirn minus 3> poterunl insurgere contra tyrannum. Procreanda sunt vectigalia,

» hoc est , exactiones mullœ , magnce ; sic enim citb poterunt depau- 3> perari subdili. Tyrannus debet procurare bella inter subditos vel 33 etiam extraneos , ita ut non possint vacare ad aliquid tractandum 33 contra tyrannum. Regnum sahatur per amicos ; tyrannus autem 33 ad s ah and am tyrannidem non debet confidere amicis. »

Texte 12,. il ajoute : « Expedit tyrannus , ad sahandam tyranni- » dem , qubd non apparent subditis sœvus , seu crudelis ; nam si appa- 33 reat s ce fus , reddit se odiosum ; ex hoc autem Jaciliùs insurgunt in 33 eum : sed debet se reddere référendum propter excellentiam ali- 33 cujus boni excellentis ; reverenlia enim debetur bono excellenti .- 33 et si non habeat bonum illud excellons , debet simulare se habere 33 illud. Tyrannus debet se reddere lalem ut videatur subditis ipsum 33 excellere in aliquo bono excellenti in quo ipsi deficiunt , ex quo 33 eum reverenlur. Si non habeat virtutes secundiim veritatem . faciat 33 ut opinentur habere eas. »

Voici la traduction de ce passage par Naudé :

« Pour maintenir la tyrannie, il faut faire mourir les plus puissans 33 et les plus riches , parce que de tels gens se peuvent soulever 33 contre le tyran , par le moyen de l’autorité qu’ils ont. 11 est aussi 33 nécessaire de se défaire des grands esprits et des hommes savans , 33 parce qu’ils peuvent trouver, par leur science, les moyens de rui- 33 ner la tyrannie. Il ne faut pas même qu’il y ait des écoles , ni autres » congrégations par le moyen desquelles on puisse apprendre les 33 sciences ; car les savans ont de l’inclination pour les choses 33 grandes , et sont par conséquent courageux et magnanimes ; et de 33 tels hommes se soulèvent facilement contre les tyrans. Pour main- » tenir la tyrannie, il faut que les tyrans fassent en sorte que leurs 33 sujets s’accusent les uns les autres et se troublent eux-mêmes ; que 33 l’ami persécute l’ami , et qu’il y ait de la dissension entre le même » peuple et les riches , et de la discorde entre les opulens ; car , en » le faisant, ils auront moins de moyens de se soulever, à cause de 33 leurs divisions. Il faut aussi rendre pauvres les sujets , afin qu’il 33 leur soit d’autant plus difficile de se soulever contre le tyran. Il » faut établir des subsides , c’est-k-dire , de grandes exactions et en » grand nombre ; car c’est le moyen de rendre bientôt pauvres les » sujets. Le tyran doit aussi susciter des guerres parmi ses sujets , et 33 même parmi les étrangers , afin qu ils ne puissent négocier aucune » chose coutrelui. Les royaumes se maintiennent par le moyen des

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mes aussi favorables aux prétentions de Rome , que défavorables à celles de tout gouvernement j que le clergé à cet égard fut leur complice. La morale des jésuites est néanmoins la seule condamnée. Les parlemens se taisent sur celle de l’Église. Pourquoi? c’est qu’ils craignent de se compromettre avec un coupable trop puissant.

Ils sentent confusément que leur crédit n’est point proportionné à cette entreprise,- qu’à peine il a suffi pour conlre-balancer celui des jésuites. Leur intérêt , en conséquence, les avertit de ne pas tenter davantage, et leur ordonne d’honorer le crime dans le coupable qu’ils ne peuvent punir.

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