‹ uvres complètes de A.-F. Ozanam (volume 3)Chapitre 1 sur 32 · uvres complètes de A.-F. Ozanam · texte numérisé non relu

uvres complètes de A.-F. Ozanam

C'était une dévotion favorite de nos pères d'aller en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. Dans quelques provinces du midi de la France, à Poitiers, par exemple, les pèlerins de saint Jacques se trouvaient encore assez nombreux au siècle dernier pour former une confrérie qui avait sa chapelle à quelque distance de la ville, sur la route d'Espagne. Mais, avant de regagner leur pays, ces pieux voyageurs avaient coutume de visiter, à quatre lieues de Compostelle, la plage où, selon la légende, le corps du saint apôtre fut jeté par la mer. Ils y ramassaient les larges coquilles dont ils ornaient leur chaperon et leur manteau, celles qu'ils rapportaient à leurs enfants, et que les amis et les voisins se passaient de mains en mains pendant les lon-

gues veillées d'hiver. Moi aussi j'ai rêvé le pèlerinage de Saint-Jacques. Je me réjouissais de voir la vieille Espagne chrétienne, cette Espagne lihre, pauvre, délaissée, qui suhit moins profondément l'empreinte de l'étranger. Là m'attendait Burgos, la ville de Notre- Dame, la ville des rois et des héros; Oviedo et ses vallées, vierges de la conquête musulmane; enfin Santiago, dont la basilique, dépouillée par les révolutions, conserve du moins la majesté de sa gigantesque architecture. Mais une volonté qui dispose de nous sans nous devait m'arrêter à la première station, et mon pèlerinage finir, non plus au tombeau de saint Jacques, mais au pays du Cid. Je suis donc revenu les mains vides de coquilles, mais pleines de ces feuilles légères oii le voyageur a crayonné ses premiers souvenirs, se promettant vainement de les retoucher plus tard. Je ne puis rien offrir de plus à mes amis, à ceux de mon voisinage : j'entends ce voisinage de l'esprit et du cœur qui unit aujourd'hui beaucoup de chrétiens, et qui leur fait prolonger ensemble la veillée avec confiance, malgré de bien mauvaises nuits.

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