PREMIÈRE LETTRE
c( J'ai désiré d'un grand désir de voir votre face et de « converser avec vous ; car vous êtes mon seigneur, c( vous êtes mon roi, vous êtes mon fils spirituel. Mon « seigneur, je vous dois et je vous offre mes conseils et « tous les services qu'un évêque peut rendre , sauf « l'honneur de Dieu et de la sainte Eglise ; mon roi, je « suis tenu de vous respecter toujours, et de vous avères tir à l'heure du péril ; mon fils spirituel, mon devoir « est de vous reprendre dans vos égarements... Vous c( devez savoir que vous êtes roi parla grâce de Dieu. « Or les rois , nu jour de leur sacre, reçoivent trois c( onctions : à la tête, à la poitrine, au bras, ce qui si- « gnifie la gloire, la science et la force. Quand les rois c( des anciens âges prévariquèrent contre la loi de Dieu, « Dieu leur ôta la force, la science et la gloire ; il rendit « ces dons à ceux qui se repentirent... Ecoutez encore : « l'Église de Dieu se compose de deux ordres : le clergé c( et le peuple. Dans le clergé sont les apôtres et les c< papes, hommes apostoliques, et les évêques et les au-
s. THOMAS DE CANTORRÉRY. 481
c( très docteurs à qui est confié le soin de TEglisc, afin c< que tout soit ramené au salut des âmes. C'est pource quoi il a été dit à Pierre et aux autres pasteurs, et « non pas aux rois et aux princes : « Vous 5tes Pierre, « et sur cette pierre j'édifierai. » Dans le peuple sont « les rois et les princes, les ducs et les comtes, et c< les autres puissances auxquelles est dévolue l'admi- « nistration des affaires séculières, afin que tout soit « ramené à la paix et à l'unité de l'Église... Que mon « seigneur écoute donc le conseil de son fidèle, l'averc( tissement de son évêque, les exhortations de son père. c( N'ayez plus désormais d'alliance avec les schismati- « ques; ne dérobez point à l'Eglise ce qui lui appartient. « Permettez-lui de jouir, dans votre royaume, de la « même liberté qui lui est assurée dans les royaumes c< étrangers. Souvenez-vous de la charte qu'au jour de « votre couronnement vous posâtes, écrite de votre « main, sur l'autel de Westminster : vous promîtes « alors de conserver à l'Eglise son indépendance. Ren- « dez à l'église de Cantorbéry, de laquelle vous avez c< reçu l'onction sainte, son antique prospérité. Piendez- (( lui et rendez-nous ses biens et les nôtres : je dis mal « en les appelant les nôtres; ce sont les biens des pau- « vres, le patrimoine du crucifié, que nous avons, non c< point en propriété, mais en garde et en tutelle. Per- « mettez aussi, si tel est votre plaisir, que nous retource nions à notre siège en toute sûreté, et que nous remcc plissions librement nos fonctions, ainsi que le devoir c< le commande et que la raison l'exige. Et nous, en
« retour, nous sommes prêts à \ous servir comme notre c( seigneur très-cher et notre roi, à vous servir avec « dévouement et fidélité, selon notre pouvoir. Autrece ment, tenez pour certain que vous éprouverez la sé- « vérité de Dieu. »