‹ uvres complètes de A.-F. Ozanam (volume 5)Chapitre 29 sur 33 · CE QUI CARACTÉRISE LES TOSCANS · texte numérisé non relu

CE QUI CARACTÉRISE LES TOSCANS

L'école (le Toscane iic resta pas à la liaiiteni' des {)oëtes mystiques d'Oiiibrie; mais elle lie descendit point aux ciilraînements sensuels des Siciliens.

M. Ruth définit le caractère des Italiens en les comparant aux oiseaux. 0 Gais, vifs, passionnés pour le plaisir, j>Ius Gipables d'impressions que de pensées, gouvernés par les sens plus (|ue par l'esjirit^ » Au contiaire : m.ijesté sombre des Étruscpies. Gravilé d s Romains, Rome est comme un temple, le sénat comme une assemblée de rois. Florence, austérité de ses ^^eux moimments, le palais vieux et la ca- Ihédr.de. C'est la nature qui la couronne de fleurs. Génie sérieux, philosophique et pratitjuedes Raliens au moyen âge : Pierre Lombard, saint Anselme, saint Thomas, lesjurisconsultcs de Bologne; et parmi L'S Fiorentins Brnnclto Latini, Dino Compagni, Dante et Machiavel. Le iréuie florentin devait porter la philosopliie dans l'amour. Sans doute Florence ne pouvait pas échapper au gyi savoir de la Provence, à cette mythologie ingénieuse (jui rappelait l'antiquité. Elle avait des cours d'amour, seigneurs d'amour, cortège de dames et demoiselles

' Gescitichfe der italienischen Poésie: — Studien ûher Dante Alighieri.

accompagnées de chevaliers et de musiciens. Mais Florence ne pouvait rester étrangère à l'inspiration religieuse qui agitait l'Italie. — Guittone d'Arezzo, après une jeunesse orageuse et coupable, se convertit tout à coup et entre dans l'ordre des chevaliers de la Vierge Marie, formés pour combattre l'hérésie par la parole et par l'épée. (Frati Gaiidenti). Là, voué aux pensées éternelles, il les fait descendre dans cet ordre de sentiments dangereux et charmants qui avaient occupé ses jeunes années. Dans une Lettre à une Dame, on reconnaît déjà l'amour platonique dans sa pureté. Mais il ne parle encore qu'en prose. Il faut que la poésie apprenne ce langage.

Guido Gavalcanti, fds d'un père épicurien, suspect lui-même à cause de ses goûts voluptueux et philosophiques. Chant qui rappelle celui de Ciullo d'Alcamo, le Poète et la Ber^gère, poëme sur la nature de l'amour.

« Une dame m'en prie, et je veux traiter d'un accident qui souvent est funeste et puissant, et qu'on appelle amour; en sorte que si quelqu'un le nie, il en apprenne la vérité. Il n'a pas d'obscurité pour qui le connaît par expérience. C'est pourquoi je n'espère point qu'un homme au cœur bas puisse jamais comprendre une telle doctrine. Car c'est par le témoignage de la nature que j'entends prouver oii réside l'amour, qui le fit naître, quelle en est la puissance et la vertu, son essence et chacun de ses mouvements, et le plaisir qu'on nomme le plaisir d'aimer, et si l'homme enfin peut le montrer aux yeux^ »

Les vers de Gavalcanti furent commentés par Egidius Golonna, Paolo del Rosso et Dino del Garbo. Mais cette scolastique semble étouffer toute poésie.

Le genre didactique est l'épreuve oii périssent les poëtes médiocres. Mais c'est celui qui fait connaître les forts, comme Lucrèce, Virgile, Dante. Il est facile de développer exclusivement une des fa-

* Donna mi prega : per ch' i voglio dire

D'un accidente, che sovente è fero Ed è si altero, ch' è chiamato amore; Si che chi '1 niega possa '1 ver sentira, Ed al presejite conoscente chero; Perché non spero ch' nom di basso core A tal ragione porti conoscenza ; Che senza natural dimostramento Non ho talento di voler provare La dov'ei posa e chi lo iô criare...

COMMEiNTAlRE GÉNÉRAL DES HUIT DERNIERS CHANTS. 567

cultes humaines, riniagination, la >ousibililé, le raisouuenibnt. Le vrai poëte comme le vrai philosophe, c'est cehii qui exprime Thumauilé tout entière avec la diveisité féconde de ses facultés. Platon chasse la poésie de sa république. Mais la poésie se venge en rentrant par tous les côtés dans les dialogues de IMaton. C'est elle qui par de frais gazons orne les bords de l'Ilissus où est la scène du Phcdon : c'est elle qui dispose les lieux aimables où viennent s'asseoir les vieillards dont l'entretien fait le texte du livre àcsLois. De même Dante a beau porter dans son cœur toutes les passions de la guerre civile, tout le deuil de Béatrix, il faut tpie la philosophie s'y fasse jour, qu'elle envahisse les veilles dp ce grand homme, qu'elle occupe une large place dans son poëme. Le vrai poêle c'est celui qui maîtrise l'imagination parla science, et qui vivifie la science par l'amour.

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