AVERTISSEMENT AV GOUVERNEUR ET
habitans cle laques Pauly (Jacopolis), autrement nommé Broiïage
HHHHfC§)N poursuiuant le discours des fontaines, i'ay trouué bon d'aduertir par cest escrit le gouuerneur de
^ M S£ Broliage, du beau moyen et utilité qui est audit 3£ SE lieu , pour faire vne fontaine selon mon desseing, Ço2$£§£§C§5 et à peu de frais, d'autant qu'audit lieu il y a commencement des bois des pompes tout percé qui ne reste qu'à les emboister l'vn dans l'autre, depuis les bois d'Yers iusques au lieu de laques Pauly, autrement Broiiage ; la pente du lieu est si commode que l'on pourroit faire pisser vne fontaine plus d'vne lance haute audit lieu de laques Pauly, et cela diie pour auoir entendu la grande indigence d'eau que l'on a eu audit lieu durant vn siège qui a esté fait de nostre temps déliant laditte ville.
(1) Le Brouage est une sorte de havre, assez bien défendu, situé au milieu des marais salants de Saintonge.
DV MASCARET QVT S'ENGENDRE AU fleuve de Dourclongne, en la Guienne
u m'as fait cy deuant vn bien long discours, des T en°ects des eaux, des feux et des tremblemens de 4{ >£> terre : mais tu ne m'as rien dit de la cause de l'es- 0^~T@ Sence du Mascaret.
Practique.
Et qu'est ce que tu appelles mascaret? car ie n'ouis iamais parler de mascaret, ny ne sçay que ce peut estre, si tu ne me le dis.
Théorique.
L'on appelle mascaret vne grande montaigne d'eau qui se fait en la riuiere de Dourdongne, vers les contrées de Libourne, cf. ladite montagne ne se fait sinon au temps d'esté : mesme és saisons les plus paisibles , et lors que les eaux sont les plus tranquilles, et tout en vn moment, en vne saison inconneue, la montaigne d'eau se forme en vn instant et fait une course , quelquefois bien longue , le long de l'eau , et quelquefois plus courte : et lors que la montaigne fait son cours, elle renuerse tous les bateaux qu'elle trouue en son chemin : parquoy les habitans limitrophes de la riuiere, quand ils voyentle mascaret en sa formation , ils se prennent soudain à crier de toutes parts : garde le mascaret , garde le mascaret , et les batteliers qui pour lors sont en la riuiere s'enfuyent és riuages , pour sauuer leurs vies , qui autrement seroyent près de leur fin.
Practique.
Et qu'en disent les hommes du pays où se forme ledit mascaret?
(1) Le mascaret n'est autre chose qu'une espèce de barre occasionnée par le reflux ou la marée montante. Ce phénomène ne se montre ordinairement qu'en automne.
DV MASCARET
Ils ne sont pas tous d'vne opinion. Car les vns disent d'vn et les autres disent d'autre. ïoutesfois les Bordelois, Ubournois et Guitroys tiennent pour certain que la cause de ce , n'est autre que la venue du montant de la mer , qui rencontre le descendant de la riuiere, et veulent conclure parla que le combat des deux eaux cause d'engendrer celle grande montaigne. Voila l'opinion plus certaine et commune des habitans du pays.
Practique.
Et à toy que t'en semble il de la cause de cet efîect?
Théorique.
le suis de l'opinion des autres.
Practique.
Ny toy ny eux n'y entendez rien : car si ainsi estoit que le montant de la mer et la descente de la Dourdongne causast le mascaret, il se formeroit aussi bien des mascarets en la Garonne comme en la Dourdongne, voire à la Charente, et en la riuiere deLoyre, voire pour mieux dire tout en vn coup en toutes les riuieres qui descendent dedans la mer, et toutesfois nous n'auons iamais entendu qu'es mois d'autonne et és iours tranquilles il se trouuast mascaret sinon en ladite rîuierè de Dourdongne : parquoy il faut chercher autre cause que la susditte, pour venir à la connoissance de cest effect. Théorique.
le t'en prie, dy moy donc quelle peut estre la cause de ce. Practique.
le ne puis penser ny croire que ce soit autre chose qu'un aer enclos au dedans de quelque canal qui est souz terre, trauersant depuis le fleuue de Garonne iusques au dessouz du fleuue de la Dourdongne, et est bien croyable, voire que cela ne se peut faire que par un aer enclos sous les eaux, toutesfois l'aer ne le pourroit faire pour cause de sa foiblesse s'il n'estoit poussé par accident, il faut doncques penser et croire que quand il vient au descendant de la mer, que la riuiere de Garonne est basse pour l'absence de la mer, que lors il y a quelques canaux vuides, lesquels se remplissent d'aer, depuis la Dordongne iusques à la Garonne ; estant ainsi rempli daè'r, quand la mer retourne elle fait enfler et augmenter la riuiere de Garonne, et estant ainsi enllee elle vient à entrer dedans
DV MASCARET
les canaux qu'elle auoit laissé vuides en sa descente et de là vient que l'aër qui est dedans les canaux se trouuant enclos entre les deux fleuues, et estant viuement poussé par les eaux de la Garonne, il s'enfuit au deuant desdites eaux et en s'enfuyant ils se trouue enclos souz la riuiere de Dordongne , et se trouuant enclos il esleue les eaux comme vne montagne; et ne les pouuant si tost percer, il les meine ainsi en leur hauteur, sans se desformer ny se laisser, iusques à ce que par quelque mouuement les eaux ainsi montées se trouuent plus foible en quelque endroit, et lors l'aer enclos les vient à esclater aux parties plus foibles, et les ayant esclatées ledit aè'r s'enfuit et les eaux s'abbaissent tout en vn coup, et la riuiere reuient en la première tranquillité : et ne faut que tu cherches autre raison pour connoistre la cause du mascaret. Théorique.
le trouue en ton dire vne opinion contraire à la vérité : car nous sçauons qu'il se fait ordinairement des vagues dedans la mer, aussi hautes que les montagnes, et mesmes és passages de Maumusson, lesquelles vagues sont si grandes que les nauires n'y peuueut passer sans estre en péril de naufrage, et s'en perd grand nombre audit passage.
Practique.
Gela ne fait rien contre mon dire. Car iamais les vagues de la mer ne sont formées sinon par l'action des vents qui cause ainsi esleuer les eaux de la mer : et la cause pourquoy elles sont plus enflées et esleuées au passage de Maumusson, c'est parce qu'il y a des rochers contre lesquels les eaux de la mer, estants poussées par les vents, viennent frapper impétueusement , qui cause vue grande eleuation és eaux, ie dis vne eleuation si grande que le bruit est entendu de plus de sept lieues loing. Et quand la mer est ainsi esmeiie , les nauires se donnent bien garde d'y passer : par ce que les vagues les ietteroyent contre les rochers et seroyent soudain froissés. Toutesfois cela ne contrarie en rien à mon dire touchant le mascaret. Car ie te di que le mascaret se forme au temps de l'automne és iours les plus tranquilles, et lors que les eaux des fleuues sont basses, et si ledit mascaret estoit causé par les vents , comme les vagues de la mer, il apparoistroit et se formeroitplus souvient en hyuerque non pas en esté. Mais iamais homme ne l'a
DV MASCARET
veu en hyuer : aussi sçais-ie bien que la terre qui fait diur<* sion entre la Dourdongne et la Garonne , fait vne pointe entre Bordeaux etBlaye? là où les deux riuieres se rencontrent, laquelle pointe, viz à viz de Bourg, l'on appelle le bec d'Ambez. le me suis trouué quelquefois en laditte pointe où il y a plusieurs maisons ou métairies, lesquelles sont fondées sur la terre , parce que s'ils creusoyent pour faire fondement , ils trouueroyent l'eau qui les empescheroit de bastir, et ne faut douter qu'il n'y aye un grand pays de ladite pointe qui est soutenu par les eaux d'vn bout , et de l'autre bout elle est arrestée par les terres fermes deuers le costé du haut pays ; cela ay-ie conneu , par ce qu'en me secouant sur lesdittes terres ie faisois bransler tout alentour de moy, comme si c'eust esté vn plancher : ie voyois aussi qu'au mois d'Aoust et de Septembre , les terres de laditte pointe sont fendues de fentes si grandes que bien souuent la iambe d'un homme y pourroit entrer : cela me fait croire et assurer que le mascaret n'est causé sinon de l'aër enclos, ce que i'ay aussi conneu par autres exemples des pluyes qui tombent des couuertures des maisons és ruisseaux , et forment par les vents vne vessie ronde , laquelle se creue quand le vent en est sorty. I'ay aussi plusieurs fois contemplé les sources naturelles, lesquelles amènent en cas pareil des vents enclos formés en globe, qui tiennent leurs formes rondes iusques à ce que l'aër les ait creuées : puis que tu vois que l'aër estant poussé par la pesanteur des eaux, a puissance d'esleuer vne si grande quantité desdites eaux, tu peux connoistre par là que telles choses ou semblables peuuent engendrer vn tremblement de terre , non pas si grand comme les trois matières desquelles i'ay traité au discours escrit en ce liure, sur les faits des causes du tremblement.
DES MÉTAVX
AV LECTEVR.
«i000 0 ¥mi lecteur, le grand nombre de mes iours et la diuer- 4 A Usité des hommes m'a fait connoistre les diuerses affec- If^^pfg lions et opinions indicibles qui sont en l'vniuers : entre lesquelles i'ay trouué l'opinion de la multiplication, génération et augmentation des métaux, plus inueteree en la ceruelle de plusieurs hommes que nulle des autres opinions. Et par ce que ie sçay que plusieurs cherchent ladite sçience sans penser en fraude ny malice, ainspour vne asseurance qu'ils ont que la chose est possible : cela m'a causé protester par cest escrit que ie n'entens aucunement blasmer trois manières de personnes. Sçauoir est les seigneurs, qui pour occuper leurs esprits et par manière de récréation, sans estre menez d'affection de gaing illégitime. Les seconds sont toutes espèces de physiciens, nusquels est requis de connoistre les natures. Les troisièmes sont ceux qui ont le pouuoir, et qui croyent la chose estre possible, et qui pour rien ne voudroyent en abuser. Et parce que, i'ay entrepris de parler contre vn milier d'autres qui sont indignes d'vne telle science , et totalement incapables , à cause de leur ignorance et peu d'expérience. Aussi parce qu'ils n'ont le pouuoir de supporter les pertes des fautes qui suruiennent, ils sont contraincts abuser de teintures extérieures et sophistications de métaux. Pour ces causes ay-ie entrepris de parler viuement, auec preuues inuincibles, ie dis inuincibles à ceux desquels ie parle, et s'il y a quelqu'vn qui aye tant fait par son labeur qu'il ait esmeu la chanté de Dieu à luy reueler un tel secret, ie n'entend parler de tels personnages : Mais au contraire, d'autant que la capacité de mon esprit ne peut s'accommoder à croire que telle chose se puisse faire, lors que ie verray le contraire, et que la vérité me redarguera, ie confesseray qu'il n'y a rien plus ennemy de science que les ignorans, entre lesquels ie n'auray point de honte de me mettre au premier rang, en ce qui consiste la génération des me-
ET ALCHIMIE
taux. Et s'il y a quelqu'vn à qui Dieu nye distribué ce don , qu/H excuse mon ignorance : car suyuant ce que i'en croy ie m'en vay mettre la main à la plume, pour poursuyure ce que i'en pense , ou pour mieux dire , ce que i'en ay apris auec vn bien grand labeur, et non pas en peu de iours , ny en la lecture de diuers liures : Ains en anatomizant la matrice de la terre , comme Ton pourra voir par mon discours cy après,