‹ Œuvres complètes de Bernard PalissyChapitre 23 sur 31 · PO VR TROVVER ET CONNOISTRE LA TERRE · texte numérisé non relu

PO VR TROVVER ET CONNOISTRE LA TERRE

nommée Marne , Je laquelle Von fume les champs infertiles, ès pays et régions où elle est connue : chose de grand poids et nécessaire à tous ceux qui possèdent héritages.

Théorique.

$T §i»l me souuient auoir veu vn petit traite que tu fis im^ <J I p. primer durant les premiers troubles, auquel sont conli^^S tenus plusieurs secrets naturels, et mesme de l'agriculture (1) : toutesfois combien que tu ayes amplement parlé des fumiers, si est ce que tu n'as rien dit de la terre qui s'appelle Marne : bien sçay-ie que tu as promis par ton liure de regarder s'il s'en pourroit trouuer en Xaintonge et autres lieux où ladite terre est encor inconnue. le me suis enquis plusieurs fois si tu aurois composé quelque autre liure où tu eusses parlé de ladite terre : mais ie n'en ay rien trouué : parquoy si lu en as quelque intelligence ou connoissance d'icelle, ne me le cele point : ce ne seroit pas bien fait à toy d'enseuelir vn secret vtile à la République.

Practique.

À la vérité ie promis par mon liure que tu dis, de chercher de la Marne au pays de Xaintonge, par ce que pour lors i'estois hab tant audit pays et y pensois finir mes iours; et par ce que audit pays n'est aucune nouuelle de ladite Marne, et que i'en avois veu au pays d'Armaignac, i'eusse esté bien aise de laisser quelque profit ou faire quelque seruice au pays de mon habitation : et pour ces causes me suis efforcé d'auoir ample connoissance de ladite terre : toutesfois quand elle seroit conneiie ou commune aux autres pays comme elle est en la Brye

(l) C'est encore là, bien évidemment, le livre intitulé : Récepte véritable, imprimé durant les premiers troubles, et non point la Déclaration des abus et ignorances des médecins , dans laquelle il n'est nullement question d'agriculture.

DE LA MARNE

et Champagne ie n'en daignerois parler : parce que les laboureurs qui la mettent en œuure ne se soucient point d'entendre la cause pourquoy elle rend la terre fertille : et combien que la cause ne requiert point estre entendue de tous, si est ce que les médecins et tous physiciens , Philosophes et naturalistes , pourront beaucoup profiter à la lecture des causes et raisons que ie le diray en continuant nostre propos.

Théorique.

le te prie en premier lieu entendre de toy que c'est que Marne.

Practique.

La Marne est communément vne terre blanche que Ton tire au dessouz de l'autre terre , et communément l'on fait les fosses pour la tirer en telle forme que l'on fait les puits à tirer les eaux , et au pays où ladite terre est en vsage on la boute dans les champs stériles , en la forme et manière que l'on boute les fumiers, premièrement par petites pilles, et puis il la faut dilater par les champs , comme l'on fait les fumiers , et quand les terres stériles sont fumées de ladite terre, c'est assez pour dix ou douze années : aucuns disent qu'en diverses contrées il n'y faut plus rien mettre de trente années. Aucunes desdites marnes se commencent à trouuer dés l'entrée de la fosse , et poursuyuent la profondeur vn nombre de toises de profond. En d'autres lieux et contreés il faut creuser plus de quatre ou cinq toises de profond au parauant que trouuer le commencement de la Marne. Voila ce que i'ay peu tirer de ceux qui vsent communément delà Marne. Toutesfois i'ay en tendu de quelque personnage que la Marne ne profite de gueres aux champs la première année qu'elle y est mise , ce que ie trouue fort estrange.

Théorique.

Pourquoy est ce que tu trouues estrange de ce qu'ils disent que la première année que la terre sera marnée elle ne produira rien? si tu auois considéré la cause qui peut actionner la végétation des fruits tu ne trouuerois estrange vne telle raison : car il n'y a homme en ce monde qui me sçeut faire acroire que la marne puisse aider à la génération, sinon pour Cause de la chaleur qui est en elle : comme nous voyons que nulle chose ne peut végéter en hyuer , et nulle semence ne germeroit ïamais, n'estoit la chaleur procedée d'en haut par la

DE LA MARNE

vertu du soleil : combien que le soleil cause la végétation de toutes choses, si est ce que quand il est trop chaud il deseiche l'humidité, et les végétatifs ne peuuent prendre accroissement : le soleil donc est la vie et quand il est trop véhément est aussi la mort : en cas pareil, la marne est cause de génération germinaliue ou vegetatiue des plantes, pour cause de la chaleur : mais quand elle est nouuellement tirée il faut croire que sa chaleur est si grande qu'elle brusle les semences. Voila pourquoy la génération des semences qui seront iettées en la terre la première année ne peut croistre.

Practique.

A la vérité ta raison est fort grande et fort aisée à faire croire à ceux qui n'ont gueres de sentiment des choses naturelles : mais en mon endroit vn tel argument ne trouuera iamais lieu.

Théorique.

le t'en bailleray à présent vn autre contre lequel tu ne pourras opposer aucun argument légitime, et quand tu voudrais contredire, le moindre laboureur des Ardennes te rendra confus. Il faut nécessairement que tu me confesses que la pierre cuite dedans les fournaises ardantes , soit réduite en poussière par la véhémence du feu , et que l'humidité desdites pierres s'estant exalée, il n'y demeure plus que le terrestre rempli d'vne vertu ignée, et pour ces causes l'on l'appelle chaux : par ce qu'elle est chaude , voire si chaude qu'il est aduenu plusieurs fois que ayant apporté desdites pierres dans des maisons sur de la paille , lesdites maisons ont esté bruslées par le mouuement de certaines gouttières d'eaux qui sont cheutes en temps de pluye sur ladite chaux : et tout ainsi que les pierres de ladite chaux sont dissoutes par l'humidité qui leur est présentée quand elles sont tirées du four, semblablement en cas pareil les pierres de marne estant tirées de la fosse se viennent a dissoudre et mettre en poussière comme les pierres de chaux. I'ay encores vn bel argument et preuue suffisante pour conclure ce que i'ay dit , qui est que d'autant que les terres circonuoisines des bois des Ardennes, sont froides à cause des neiges et froidures dudit pays, les laboureurs de certaines contrées ayant indigence defiens (fumiers), se sont aduisez de fumeries terres de chaux, en cas pareil et forme que l'on a coustume de les engresser de fumiers : et par tel moyen

DE LÀ MARNE

ils ont rendu les terres fertilles, qui ne produysoient rien auparavant. Puis que la chaux cause vn tel bien par sa chaleur (comme ainsi soit que les laboureurs disent que la chaux eschauffe les terres , et fait germer les semences), puis-ie pas donc par là conclure que la marne ne peut de rien seruir aux champs sinon pour cause de sa chaleur?

Practique.

Les raisons qui sont bonnes, comme celle que tu dis, seront tousiours receiies pour bonnes, moyennant qu'il n'y en ait point de meilleure que les tiennes : et combien que tes arguments ayent grande apparence de vérité, ie te vay bailler des raisons plus véritables que les tiennes , et premièrement, quant à ce que tu dis que la terre de marne se dissoult à l'humidité comme la chaux, à ce ie responds qu'ainsi font toutes terres , quand elles sont seiches, et singulièrement toutes terres argileuses : et quand à l'autre raison que tu pourrois alléguer , que la marne est aussi blanche comme la chaux , à ce ie responds qu'il y a de la marne grise, noire, iaune, par lesquelles couleurs ie prouue l'argument obieclable.

Théorique.

Te ne sçay quel obiect tu sçaurois alléguer contre mon dire : car nous sçauons que la cause que le fumier aide à la végétation des semences, est pour cause de sa chaleur, et si ainsi est du fumier, il est semblable à la marne et à la chaux. Practique.

Tu veux donc dire et conclure que le fumier est chaud ? Théorique.

Et me voudrois tu nier vne chose si euidente ? ne sçauons nous pas que l'on fait consommer et réduire les lames de plomb en ceruse dedans les fumiers, à cause de la grande chaleur ? ne sçait-on pas bien que plusieurs teintures de soye se font dedans les fumiers chauds? ne sçait on pas bien que plusieurs alchimistes se seruent de fumiers chauds, pour mettre couuer les œufs de leurs essences? il n'y a pas iusques aux pourceaux qui ne rendent tesmoignage de la chaleur des fumiers? car bien souuent les fumiers leur seruent de poilles ou estimes pour s'eschauffer.

Practique.

Tout cela est fort mal entendu , et ne fait rien contre moy. Nous sçauons bien que quand le foin et la paille sont humectez

DE LA MARNE

parles eaux, ils se pétrifient, et en se putrifiant la putréfaction cause vne grande chaleur és pailles et foins , iusques à ce que la dissolution de l'essence radicalle soit accomplie, et ce fait, le fumier n'a plus de chaleur. Nous sçauons aussi que les pierres de chaux cuites , engendrent vn feu , lequel feu dure en elle iusques à ce qu'elle se soit creuée et puluerisée , et après la chaleur n'y est plus ; nous sçauons aussi que l'eau bouillante est chaude tandis qu'elle est esmeiie ou touchée par le feu , mais après, estant reposée hors du feu, elle est plus subiette à la gelée que non pas l'eau qui n'aura point chauffé. Nous sçauons aussi que vne playe ou concussion , qui par accident auenu engendrera apostume à la partie offensée , sera plus chaude que de coustume, à cause de l'accident et de la putréfaction qui se fait, comme ie t'ay dit de la paille ou foin, qui s'eschauffe par accident de putréfaction, et non que la chaleur y soit tousiours. Nous sçauons aussi que deux cailloux ou autres matières dures engendreront (quand elles seront frappées l'vne contre l'autre) des bluettes ou estincelles de feu : ce n'est pas pourtant à dire que les cailloux soyent chauds : mais c'est ce que ie di, que les accidens engendrent des chaleurs extraordinaires : parquoy faut conclure qu'il y a quelque cause autre qui fait germer les semences. Quand i'ay contemplé de bien près la terre appellée Marne , i'ay trouué que ce n'estoit autre chose que vne sorte de terre argileuse , et si ainsi est, c'est le contraire des raisons que tu as amenées : car nous tenons pour certain que la terre argileuse est froide et seiche, comme tu peux auoir entendu en parlant des métaux et minéraux, en te prouuant que en plusieurs terres argileuses se trouuent des marcassites, mesme du bois métallisé et pétrifié ; et si la terre de marne estoit chaude, la terre d'argile le seroit aussi, et tout ce que i'aurois escrit en parlant des terres, pierres et métaux, seroit faux. Faut commencer donc par ce bout et en fin conclure que la terre de marne est vne espèce d'argile, laquelle ayant demeuré plusieurs années à l'iniure du temps, elle se seroit refroidie ou gelée voire dés la première gelée : et ores qu'elle auroit esté chaude en la matrice de la terre elle ne pourroit seruir à eschauffer la terre vne seule année. Autant en di-ie du fumier et de la chaux, il est aisé à conclure puisque la terre est ameilleurée par la marne l'espace de dix ou trente ans , que cela n'est pas causé de chaleur qui soit en

elle : car en tirant la dite marne en plusieurs lieux, il s'en trouue qui ne se peut dissoudre à l'injure du temps , ny par par les pluyes , iusques à ce que la gelée y ayant besongné , laquellegelée trouuant les pierres de marne dures comme craye, les fera dissoudre -et réduire en poussière, comme ainsi soit que cela auienne souuent és pierres tendres, lesquelles pierres on appelle iolices (gélisses), desquelles i'ay parlé cy dessus; et pour faire lin à toutes disputes, ie te dis que la marne estoit vne terre au parauant qu'estre marne, que terre argileuse et commencement de pierre de craye à esté premièrement marne, et te di encore», que la craye qui est encores en la matrice de la terre deuiendra pierre blanche, et te di encores autre chose qui te faschera plus de croire , qu'en quelque part qu'il y ait des pierres sujettes à calcination, elles ont esté marne auparauant qu'estre pierres : car autrement estans calcinées elles ne pouroyent meilleurer les champs stériles.

Théorique.

le ne vis iamais homme plus opiniâtre en ses opinions que toy; cuides-tu trouuer des hommes si fols qui veulent croire les propos que tu as mis en auant? tu en trouueras bon nombre qui s'en mocqueront, et t'estimeront destitué de toute raison : de ma part ie me suis délibéré de ne rien croire de ce que tu dis si tu ne me donnes preuues aisées et intelligibles, par lesquelles tu me face croire qu'il y a quelque cause qui ayde à la végétation des semences, autre que la chaleur qui est en la chaux, Marne et fumiers. Car comme ie t'ay dit, puis que la Marne ne profite gueres aux champs la première année, c'est signe comme i'ay dit que la trop grand chaleur qui est en elle empesche son action.

Practique.

Tu t'abuses et n'entens pas ce que tu dis, car ce n'est pas vne chose ordinaire, ny en tous lieux, que la marne fait mieux son deuoir la seconde année et autres suyuantes que la première : mais en cest endroit il te faut noter vn point singulier et de grand poids, lequel tu peux auoir entendu par le propos subséquent, qui est que la Marne se réduit en craye ou autre pierre par vne longue décoction, et quand vne marne commence à passer sa décoction , elle s'endurcit en telle sorte que les pluyes ne la peuuent disoudre au deuoir requis , ains

demeure aux champs par petits morceaux sans se liquifier parmi la terre , et aduient par ces causes qu'elle ne peut donner saueur en la terre iusques à ce qu'elle soit disoute et liquifîée, et d'autant que cela ne se peut faire si soudain de la première année , les gelées auront causé quelque temps après la dissolution de ladite marne, qui est ia commencée à putrifier, et estant ainsi disoute et liquifîée, elle aidera à la génération des semences qui luy seront présentées. Voila vn point que tu dois tenir et garder comme chose certaine : cela est fort aisé à connoistre au pays de Valois, Brie et Champagne, auquel pays se trouue de ladite marne [abondamment, et encores plus abondamment de la craye , qui autrefois a esté marne et s'est réduite en pierre de craye par sa longue décoction. Tu peux auoir entendu vne partie de ces raisons en mon traité des pierres.

Théorique.

Et ie te demande, si ainsi est que tu dis que la terre de craye estoit premièrement marne , la craye pourroit donc seruir de marne moyennant qu'elle fut bien puluerisée; car s'il est ainsi que tu dis, la mesme vertu qui estoit en la marne est encores en la craye.

Practique.

Tu as fort bien iugé , mais la craye estant lapifiée ne se pourroit dissoudre, et ce ne seroit pas assez de la mettre en poussière , aussi qu'elle cousteroit trop à pulueriser, et pour vray si les gelées la pouuoient dissoudre elle seruiroit de marne : et pour le tesmoignage de ce que ie dis , ie te renuoiray à ce que i'ay dit cy dessus, que la pierre de chaux estant dissoute par le feu sert de marner ou fumer les terres. Voudrois tu vn plus beau tesmoignage, il te faut encores passer outre et regarder à la cause de la différence des couleurs, qui sont aux marnes. La cause des marnes blanches, procède de sa longue décoction , quand est des noires, il y peut auoir plusieurs causes, dont la principale est, qu'il nV a pas long temps que les matières sont commencées à congeler, et telles marnes sont de plus aisée dissolution : ils peuuent aussi auoir de quelque bois pourry ou mineralles qui peuuent auoir taint en noir les matières. Quant est des iaunes, les mines de fer, de plomb, d'argent et d'antimoine, tous ces minéraux peu-

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uent teindre les marnes en iaune : voila pourquoy il s'en trouue de couleurs diuerses.

Théorique.

Et puis que tu dis que la chaleur de la marne, des fumiers, et de la chaux, n'est pas la cause actionale des végétations séminales , donne-moy donc à entendre par quelle vertu la marne pourroit actionner ces terres infertilles.

Practique.

Quand ie t'ay dit qu'il ne falloit pas attribuer à la chaleur de la marne la vertu generatiue, ie n'ay pas voulu pour cela destituer totalement la marne de la chaleur : mais i'ay voulu par là destruire la folle opinion de ceux qui veulent attribuer le total à la chaleur : ie dis le total intérieurement et extérieurement. L'on sçait bien que le sel est chaud intérieurement , et pour ces causes l'on dit qu'il ayde à la génération génitale : et toutesfois en temps de froidures tu trouueras le sel autant froid que de l'eau ou des pierres , il faut conclure donc, que sa chaleur ne peut actionner si elle n'est esmue par vne contre-chaleur, sçauoir est en ce qui consiste le fait séminal , il faut donc philosopher plus loing et regarder à la cause essentielle , esmouuante et opérante en ce fait icy, et l'on trouuera quelque chose de caché que les hommes ne peuuent entendre.

Théorique.

le te prie, si tu en as quelque connoissance, ne me faits point languir, mais donne moy clairement a entendre ce que tu en penses.

Si tu eusses amplement ouuert les aureilles quand tu lisois le subséquent de ce liure, tu eusses aisément entendu ce qui en est : car ie t'ay dit cy deuant qu'il y auoit vn Elément cinquiesme, lequel les Philosophes n'ont iamais conneu; et ce cinquiesme Elément, est vne eau generatiue, claire ou candide , subtile , entremeslée parmi les autres eaux indistinguibles , laquelle eau estant apportée auec les eaux communes , elle s'endurcist et se congelé auec les choses qui y sont entremeslées, et tout ainsi que les eaux communes montent en haut par l'attraction du Soleil, soit que ce soit par nuées, exalations ou vapeurs, si est-ce que l'eau seconde la-

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quelle i'appelle élément cinquiesme, est portée auec les autres : et quand les eaux communes viennent à descendre et découler le long des valées, soit par fleuues, riuieres ou sources, ou par pluyes, ie dis qu'en quelque sorte qu'elles descendent, en quelque part qu'elle s'arrestent, il se forme quelque chose, et singulièrement par tel moyen les cailloux et pierres et carrières sont formées, chose bien certaine comme tu peux auoir bien entendu en lisant mon discours des pierres : or venons à présent au principal , voyons comment cela se peut faire. Apres que tu auras bien enfendu qu'il y a vne eau generatiue et l'autre exalatiue, et comme tu pourras aisément entendre que l'eau congelatiue est generatiue, laquelle i'appelle le cinquiesme élément, que quand elle est remuée par l'eau contenue en quelque réceptacle, ou lieu de repos, elle estant en tel repos se viendra à congeler-et fera quelque pierre selon la grosseur de la matière qui y sera arrestée, et portera la forme de son giste; et après qu'elle sera ainsi congelée, l'eau commune quelquefois sera succée par la terre et descendra plus bas, ou bien sera exalée et s'en yra en vapeurs és nuées, et laissera là sa compagne, parce qu'elle ne la pourra plus porter. Voila vne sentence qui te doit faire entendre qu'auparauant que la marne fut marne, c'estoit de la terre dedans laquelle les deux eaux sont entrées et ont reposé quelque temps; et estant en repos, l'eau generatiue ayant trouué son repos s'est venue à congeler et la vaporatiue a passé outre, ou bien s'est exalée, comme i'ay dit cy dessus , et la terre où l'eau congelatiue s'est arrestée a esté endurcie et conséquemment blanchie par l'effect de ladite eau congelatiue, qui a fait vn corps auec elle ; et de là vient que quand 4a terre est réduite en marne par l'action de l'eau generatiue, la terre qui lors est portée aux champs et qui s'appelle marne, ce n'est pas cela qui rend la terre fructueuse, ains est l'eau congelatiue qui s'est arrestée parmy la terre : laquelle eau estant arrestée à cause comme i'ay dit, endurcit et blanchit la terre, et quand les semences sont iettées sur la terre conuertie en marne, elles ne prennent la substance de la terre pour ayder à leur végétation, ains se repaissent de Veau generatiue et congelatiue, que i'appelle le cinquiesme élément , et quant les semences par l'espace de plusieurs années ont attiré l'eau generatiue, la terre de marne est inutile comme le marcq de

DE LA MARNE

quelque décoction qui auroit esté faite, autant en est-il du fumier et de la chaux (4).

Théorique.

Tu voudrois donc conclure que les semences vegetatiues succeroyent ce cinquiesme élément que tu appelles eau gênera tiue, comme vn homme qui succeroit de l'eau ou du vin par le trou d'vne bonde, et laisseroit la lie faire son marq au fond du tonneau?

Practique.

Tu dis vray et n'en faut rien douter , mais faut entrer en considération plus subtile, car les semences vegetatiues ne pourroyent faire attraction de l'eau generatiue , sans qu'elle fut humectée par les eaux communes , et te faut noter que quand les terres sont humectées par les pluyes ou rosée , ou autrement que les végétatifs prennent de l'eau commune auec la congelatiue; laquelle eau commune luy empesche la trop hatiue congélation , et de là vient que les frouments et autres semences se tiennent verds iusques à leur maturité, et quand ils sont meurs et que le pied laisse son succement et qu'il n'a plus que faire de nourriture, l'eau exalatiue s'en va et la generatiue demeure : et comme la décoction des plantes se parfait, la couleur aussi change, comme il fait semblablement és pierres et à toutes espèces de minéraux , comme ie t'ay dit en mes autres traitez parlant des minéraux, que toute espèce de fruits changent de couleur en leur maturité, suyuant quoy ie t'ay tousiours dit, en parlant de l'élément cinquiesme,

(1) Ce cinquième élément, que Palissy a tant de peine à définir, et auquel il donne tantôt le nom de Sel, tantôt celui d'Eait générative ou congélative, était une pensée de premier ordre, mais qui ne se présentait pas bien nettement à son esprit; et cela ne doit point étonner dans un physicien qui s'était formé lui-même, un chimiste qui, suivant son expression , avait appris la chimie avec les dents. On comprend toutefois qu'après avoir réfléchi sur l'acte de la composition et de la décomposition des corps, et n'ayant pu trouver la raison de ces phénomènes dans les idées physiques de son siècle, pas plus que dans les quatre éléments de l'école d'Aristote, il en ait cherché la cause dans une force particulière, un cinquième élément qui, salon lui, unissait, séparait les parties des corps ou les maintenait dans leur état et dans leurs formes. On voit qu'il ne s'agissait pas moins que de l'attraction, de l'affinité et de la force vitale, qui se présentaient à Palissy, parfois comme une substance soluble, sapide, colorée, odorante, d'autres fois sous la forme d'un liquide chimique, toujours comme un élément particulier, une force occulte, principe de toute action entre les matériaux des corps naturels. Qui oserait assurer que cette pensée instinctive, bien que vague et obscurément exprimée, ait été perdue pou r Boyle et pour Newton?

DE LA MARNE

que combien que c'est vne eau, et parmy les autres eaux que c'est celuy qui soustient pailles et foins, et toutes espèces d'arbres et plantes , mesme les hommes et les bestes , et t'ay dit mesme que les os de l'homme et de la beste sont endurcis et formez de ceste belle substance generatiue; et comme tu vois qu'au commencement la marne est vne terre tendre et fluante , et puis, de là deuient en marne plus dure, et de marne en craye, et de craye en pierre , par la vertu de laquelle eau aussi les os de l'homme et de la beste (qui sont espèce de pierre et cassent quand ils sont secs comme pierre) iceux di-ie sont en eau pareille que dessus. Premièrement fort tendres, comme ie t'ay dit de la marne, et puis deuiennent durs comme pierre quand ils sont paruenuz à leurs décoction et maturité , et tout ainsi que tu vois que les pierres ou cailloux qui sont gênerez et formez de ceste eau congelatiue, endurent le feu et ne se peuuent consommer au feu , ains se vitrifient, tu vois aussi que cest élément generatif duquel ie t'ay parlé ne peut estre consommé estant aux pailles et aux foins, car si tu brusle de la paille, du foin, ou du bois, toute l'eau commune s'en ira en fumée , mais ceste eau generatiue qui a soustenu , nourri et a creu le foin et la paille, demeurera aux cendres et ne pourra estre consommée, ains se vitrifiera estant és fournaises ardantes, desquelles cendres l'on pourra faire du verre qui sera transparent et candide, comme l'eau generatiue estoit auparauant sa congélation; et si ainsi est des cendres des bois, des pierres qui pour le fait de ceste semence generatiue, souffrent les efïects du feu , aussi tu vois semblablement qu'il ny a rien qui résiste plus au feu que les os de plusieurs bestes, comme tu as veu plusieurs fois que i'ay fait brusler des os de pieds de mouton, et quelque grande chaleur qu'il y eut és fournaises, il n'est possible de les consommer par feu , ny semblablement la coquille des œufs ; qui te doit faire croire que Dieu à mis un ordre en nature en telle sorte, que les os ont attiré et attirent ordinairement plus abondamment de laditte eau generatiue , que non pas les autres parties ; et comme i'ay dit autre part, ne faut douter qu'il n'y en ait vne bonne partie en la prunelle des yeux , et par ce qu'elle est humectée et accompagnée de l'eau exalatiue , cela empesche que laditte prunelle ne se pétrifie. Nous auons les miroirs et lunettes qui nous rendent tesmoignage qu'il y a quelque af-

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fini té enuers les yeux, les lunettes et les miroirs , et ne faut croire que nulle chose peut receuoir policement ny seruir de miroir ou lunettes , si n'estoit par la vertu admirable de ce cinquiesme élément, qui lie auec soy les autres matières, et les rend dures, candides et polissables par les efforts que le souuerain luy a ordonnés. Autre preuue, cuide tu que les poissons armez qui sont en la mer et és estans et riuieres douces, n'ayent quelque connoissance de l'élément susdit ? et comment pouroyent-ils former leurs coquilles, au milieu des eaux, et que la coquille se vient à endurcir etdesecher au milieu de l'humidité, s'ils ne sçauoyent choisir la matière congelatiue au meilleur des eaux? tu sçais bien que ces grands poupres et bucines ont leurs coquilles autant dures ou plus que pierre, et toutesfois la matière estoil liquide et à nous inconnue au pa-1rauant que le poisson eut formé sa maison. Il faut pour conclusion venir à ce point comme ie prouue au traité des métaux, que le cristal est formé de ladite eau generatiue au milieu des eaux communes , que ladite semence , ou eau generatiue n'est pas seulement pour seruir à la génération des pierres, mais aussi est substance et génération de toutes choses animées et vegetatiues, selon le cours humain, ensuyuant l'ordre et vertu admirable que Dieu à commandé à nature. Tu as entendu cy déviant qu'il n'y a nulle espèce de pierre qui ne soit candide en sa forme principale , et celles qui sont te* nebreuses, ne le sont que par accident : parce qu'il y a parmy la matière, de la terre , du sable qui se congelé et endurcit auec elle, et de là vient que la matière qui au parauant estoit candide se trouue obscure: toutesfois il n'y a pierre si obscure que l'on ne rendit en fin transparente à force de feu , par ce que l'élément principal duquel i'ay tant parlé rend les choses fixes et transparentes, comme il est transparent en son estre : cela ne se peut aisément vérifier , sinon par les practiques , et la théorique ne sçauroit asseurement parler de ces choses. le t'ay mis toutes ces preuues en auant afin que si tu as des terres infertiles tu mettes peine de trouuer de la marne en ton héritage pour fumer les terres stériles, afin qu'elles rendent abondamment des fruits en leur saison , et en ce faisant tu seras vn bon pere de famille, et comme lumière entre les paresseux , tu seruiras de bon exemple et les voisins mellront peine de suyurc tes traces.

DE LÀ MARNE

Théorique.

le te prie me faire ce bien de réapprendre le moyen de connoistre la marne que tu dis : car si ie sgauoy le moyen de la connoistre ie ne faudroy de m'employer de toutes mes forces , iusques à tant que ie sçeusse s'il seroit possible d'en pouuoir trouuer en mon héritage.

Practique.

le ne cuide pas que ceux qui premièrement ont meilleuré les terres par la marne, qu'ils l'ayent fait par vne théorique imaginatiue : mais i'ay bien pensé que ceux qui ont trouué premièrement l'inuention , l'ont trouuée sans la chercher , comme plusieurs autres sçiences se sont offertes d'elles mesmes, comme tu peux penser que la moullerie peut auoir esté inuentée par les pas d'vn homme qui marcha les pieds nuz sur vn sable fin, ou sur de la terre d'argile, en laquelle terre ou sable Ton verra euidamment la forme touchée, rides, flaches, bosses et concauités de la forme de tout le pied : cela, di-ie est suffisant pour auoir premièrement inuenté la moullerie et l'imprimerie, suyuant quoy , il est aisé à croire que quand la marne a esté premièrement connue, c'a esté par le moyen de quelque fosse ou tranchée , comme ainsi soit qu'en iettant lesvuidanges du profond des fosses au dessus du champ circonuoisin , l'on a trouué que le bled qui esloit semé audit champ, estoit plus gaillart et espoix à l'endroit où les vuidanges des fossez auoyent esté iettées; quoy voyant les propriétaires du champ peuuent auoir prins Tannée suyuante de la terre dudit fossé et l'ayant espandue par toutes les parties du champ, ils ont trouué que ladite marne esloit autant bonne et meilleure que fumier. La première inuention d'auoir trouué la marne, peut auoir aussi esté trouuée en creusant les puits pour chercher de l'eau , et en quelque lieu est aduenu qu'ayant creusé vn puits bien profond l'on a ietté les vuidanges et espandu par toute la terre circonuoisine de la fosse dudit puits, et après que le champ a esté labouré et semé, l'on a trouué ce qu'on ne cherchoit pas, qui est que les semences iettées és parties du champ couuert des vuidanges du puits, se sont trouuées espoisses, belles et gaillardes. Voila deux effets qui ont peu aduertir les premiers qui ont vsé de la marne , et t'ose dire et asseurer que l'vn et l'autre sont véritables, et peuuent encores seruir comme d'inuention aux lieux ausquels

la marne ne fut onques vsitée, et te donneray vn argument inuincible, qui est que quelquesfois la marne se treuue dés le commencement , ou bien près de la superficie de la terre, et descendant tousiours en bas, tirant vers le centre, autre marne ne se peut trouuer que premièrement l'on n'aye fait vue fosse de quinze ou vingt pieds; quelquefois plus de vingtcinq, et ayant trouué le commencement de ladite marne , il la faut tirer comme si on tiroit l'eau d'vn puits auec grand labeur. Voila pourquoy ie t'ay dit et asseuré qu'ayant trouué la marne par cas fortuit en creusant les puits et fosses, que depuis l'inuention estant trouuée l'on a cherché après si auant és pays où elle est vsitée et conneue. Il faut donc conclure que la marne ne se peut apprendre à trouuer par théorique, non plus que les eaux cachées sans source , et que tout ainsi que les terres argileuses se trouuent quelquefois près la superficie, et quelquesfois les faut chercher profond, semblablement la terre de marne se trouué, comme ie t'ay dit cy dessus. Si tu veux donc trouuer de la marrie ie te conseilleray retenir l'exemple d'vn bon pere de famille Normand, lequel habitant à vne paroisse de Normandie, qui prenoit grand peine à cultiuer ses terres , et ce neantmoins il estoit contraint toutes les années d'aller acheter du bled hors de la paroisse : car toute ladite paroisse estoit infertile , et ne se trouuoit nul qui cueillist du bled pour sa prouision ; et quand il venoit vne cherté, et que les hommes de ladite paroisse alloient acheter du bled en la prochaine ville, les autres paroisses les maudissoient, disans qu'ils estoient cause d'enchérir le bled. Il aduint que ce bon pere de famille que ie t'ay dit au commencement s'auança quelque iour de prendre son chapeau plein d'vne terre blanche qu'il trouua dedans vne fosse, et la porta en quelque endroit d'vn champ qu'il auoit semé , et marqua l'endroit où il auoit mis ladite terre, et quand les semences furent accreuës il trouua que le bled estoit espoix, vert et gaillard sans comparaison plus qu'en nul autre partie du champ : quoy voyant le bon homme fuma l'année suyuante tous ses champs de laditte terre , lesquels apportèrent des fruits abondamment ; et après que ses voisins et tous les habilans de ladite paroisse furent aduertiz d'vn tel fait, ils firent diligence de trouuer de ladite terre de marne , et en ayant fumé leurs champs ils recueillirent plus abondamment des fruits que nuls d'autres

paroisses. Voila le moyen de chercher de la marne le plus asseuré que ie sçaurois penser , et pour mieux te donner le moyen de la chercher et connoistre , ie te veux amplement donner à connoistre , que la marne n'est autre chose qu'vne terre reposée vn bien long temps, laquelle a esté tousiours humectée par les eaux qui ont esté retenues en icelle, tellement que toutes les choses petrifiables qui estoyenten elles se sont réduites en terre fine : laquelle terre estant purifiée de toute ordure corruptible , a retenu en elle l'vne des deux eaux, sçauoir est la congelatiue, et icelle eau congelatiue ayant fait vn corps auec laditte terre , la terre s'est par ce moyen endurcie : non si fort que la pierre , combien que ce soit vn commencement de pierre : mais d'autant qu'elle a esté tirée de sa minière au parauant sa parfaitte décoction, elle se dissout en la descente des pluyes et des gelées , après qu'elle est tirée du lieu de sa formation : et d'autant qu'elle est pierre imperfaite , elle laisse l'eau qui l'auoit congelée au lieu où elle est dissoute et brisée, et l'eau qui la soustenoit est liquifiée dedans le champ et ramassée, succée et recueillie par les semences qui y sont iettées , comme ie t'ay dit cy dessus : mais d'autant que ce propos est de grand poids i'ay voulu repeter vne mesme chose auec exemple plus intelligible, qui est (pour mieux te le faire entendre) qu'vn lard, ou la chair d'vn porc, ne perdra pas sa forme pour estre salée, et quand elle est est dessalée elle demeure encore en sa forme , comme tu vois ordinairement, que dedans vn pot il y pourrra auoir plusieurs pièces de chairs fraisches, parmy lesquelles et au dedans du pot il y aura vne pièce de lard , laquelle donnera saueur à toutes les autres qui seront de chair fraische, aussi que tout le bouillon du pot sera sallé pour le sel qui estoit dedans le lard , toutesfois le lard demeurera en sa forme. Les distillateurs tireront de la canelle la saueur, la senteur et la vertu , sans oster la forme de la canelle : aussi tu peux connoistre par là , que tout ainsi comme le lard n'a pas sallé l'eau du pot par sa vertu , ains pour cause du sel ou il auoit reposé , lequel sel a esté extrait du lard par la vertu de l'eau sans oster la forme du lard : aussi les semences tirent à soy la vertu salsitiue de la marne, qui est ceste eau generatiue , et quand toute la vertu salsitiue à esté attirée par les semences , la marne n'est rien plus qu'vne terre infertile comme l'escorce

DE LA MARNE

de la canelle, après que l'essence en a esté tirée. le te diray encores vn secret qui est que iamais le sel ne pourroit conseruer la chair de porc, ny la conuertir en lard, n'y consequemment les autres chairs, si premièrement le sel n'estoit dissout; et si le sel ne faisoit que toucher à rencontre sans se liquifier , il ne pourroit entrer au dedans, ny empescher la putréfaction. Voila pourquoy tu peux entendre que la marne qui est ia commencée à pétrifier , si elle n'est premièrement dissoute parmi le champ , les semences n'en pourroyent rien tirer, non plus que feroit vne chair d'vn sel qui ne se pourroit dissoudre ou liquifier. le m'efforce tant que ie.puis de te faire entendre qu'il n'y a pierre, que si elle se pouuoit dissoudre à la cheutte des pluyes ou gelées, qu'elle ne seruit de fumier aux champs : par ce que toutes pierres sont formées, soustenues et endurcies par le mesme élément cinquiesme , lequel accompagne toutes choses depuis le commencement iusques à la fin ; et faut que plusieurs choses ne craignent ny le feu, n'y l'eau, n'y aucune iniure du temps, tesmoing les terres argilleuses lesquelles ont esté causées de son action, et demeurent dedans les eaux sans aucun dommage, et estant formées en vaisseaux ou en briques, elles endurent le feu des fournaises, et mesmes les fournaises en sont construites.

Théorique.

Tu m'as dit cy dessus beaucoup de raisons , neantmoins ie ne suis pas satisfait touchant le moyen le plus expédient pour trouuer promptement de ladite terre de marne. Practique.

le ne te puis donner moyen plus expédient que celuy que ie voudrois prendre pour moy : si i'en voulois trouuer en quelque Prouince où l'inuention ne fut encore connue , ie voudrois chercher toutes les terrieres desquelles les potiers, briquetiers et tuilliers , se seruent en leurs œuures, et de chascune terriere i'en voudrois fumer vne portion de mon champ pour voir si la terre seroit ameilleurée, puis ie voudrois auoir une tarière bien longue , laquelle tarière auroit au bout de derrière vne douille creuse , en laquelle ie planterois vn baston, auquel y auroit par l'autre bout vn manche au trauers en forme de tarière, et ce fait, i'irois par tous les fossez de mon héritage, ausquels ie planterois ma tarière iusques à la longueur de tout le manche, et l'ayant tirée dehors

m LA MARNE.

du trou , ie regarderais dans la concauité de quelle sorte de terre elleauroit apporté, et l'ayant nettoyée, Totterois le premier manche et en mettrois vn beaucoup plus long, et remetterois la tarière dedans le trou que i'aurois fait premièrement, et percerois la terre plus profond , par le moyen du second manche, et par tel moyen ayant plusieurs manches de diuerses longueurs , l'on pourroit sçauoir qu'elles sont les terres profondes; et non seulement voudroy-ie fouiller dedans les fossez de mes héritages, mais aussi par toutes les parties de mes champs, iusques à ce que i'eusse apporté au bout de ma tarière quelque tesmoignagede ladite marne, et en ayant trouué quelque apparence , lors ie voudrois faire en iceluy endroit vne fosse telle comme qui voudroit faire vn puits.

Théorique.

Voire mais s'il auoit du rocq au desoubs de tes terres , comme Ton voit en plusieurs contrées , que toutes les terres sont foncées de rocher?

Practique.

A la vérité cela seroit fascheux , toutesfois en plusieurs lieux les pierres sont fort tendres et singulièrement quand elles sont encores en la terre : parquoy me semble que vne tarière torciere les perceroit aisément , et après la torciere on pourroit mettre l'autre tarière, et par tel moyen, on pourroit trouuer des terres de marne, voire des eaux pour faire puits, laquelle bien souuent pourroit monter plus haut que le lieu où la pointe de ta tarière les aura trouuées : et cela se pourra faire moyennant qu'elles viennent de plus haut que le fond du trou que tu auras fait (1).

Théorique.

le trouue fort estrange de ce que tu dis, que si le rocq m'empesche de percer la terre, qu'il faut aussi percer le rocq, et si c'est du rocq que ay-ie que faire de le percer, veu que ie cherche de la marne?

Practique.

Tu as mal entendu , car nous sçauons qu'en plusieurs lieux les terres sont faites par diuers bans, et en les fossoyant on trouue quelquesfois vn ban de terre, vn autre de sable, vn au-

(l) La découverte des puits artésiens est explicitement renfermée dans ces paroles. (Hoefer, Hist. de la Chimie.)

DE LA MARNE

tre de pierre, et vn autre de terre argileuse : et communément les terres sont ainsi faites par bans distinguez. le ne te donneray qu'vn exemple pour te seruir de tout ce que ie t'en sçaurois iamais dire : regarde les minières des terres argileuses qui sont près de Paris, entre la bourgade d'Auteuil et de Chaliot, et tu verras que pour trouuer la terre d'argile , il faut premièrement os ter vne grande espesseur de terre , vne autre espesseur de grauier , et puis après on trouue vne autre espesseur de rocq, et au dessouz dudit rocq, l'on trouue une grande espesseur de terre d'argile, de laquelle l'on fait toute la tuille de Paris et lieux circonuoisins (1). Ce n'est pas en ce lieu seulement qu'il conuient prendre la terre d'argile au dessous des rochers : mais en plusieurs autres lieux. Si tu as bien retenu le discours du traité des pierres, tu as peu entendre que la terre d'argile estant venue en sa perfection, elle a serui de réceptacle pour retenir les eaux congelatiues qui ont causé le rocq qui est au dessus.

Nous parlons de trouuer la marne , et tu me parles de la terre d'argile : il me semble que cela vient mal à propos. Practique.

Tu l'entens fort mal, ie t'ay dit cy dessus que l'eau congelatiue n'a pas seulement opéré en la terre pour la réduire en marne, ains a aussi opéré en la terre d'argile et és pierres et bois, voire en toutes choses generaiiues voire iusques és choses animées : cuides tu que la semence generatiue du genre humain et brutal, soit vne eau commune et exalatiue? le t'ose dire que tout ainsi comme la semence humaine apporte en soy les os, la chair, et toutes les parties distinctes de la forme humaine, aussi en la semence vegetatiue sont comprins les troncs, les branches, les feuilles, les fleurs, et les fruits, les vertus, les couleurs, les senteurs, et tout cela par vn ordre que l'admirable prouidence de Dieu a commandé ; et ne faut que tu trouues estrange que ie t'allègue les exemples de la terre argileuse , pour te seruir en la marne : car depuis quel-

(1) Le système du sondage des terres, la théorie de la stratification du sol, l'idée priin tive des puits artésiens , c'est-à-dire les principaux éléments de la géologie se trouvent réunis dans ces deux pages. C'était la première fois que ces idées étaient exprimées théoriquement, en même temps qu'elles étaient démontrées par la pratique.

DE LA MARNE

que temps i'ay passé par le pays de Valois et Champagne, où i'ay veu plusieurs champs ornez de plusieurs piles de marne, arangées en la forme de pilots de fumier , et comme il pleuuoit sur ladite marne , qui estoit par mottes grandes et petites , i'apperceu qu'elles se venoyent à dissoudre à la cheutte des pluyes : lors ie prins vne de ces mottes, qui estoit ia liquéfiée comme paste , et l'ayant pétrie entre mes mains i'en fis vn nombre de trochisques, lesquelles ie fis cuire dedans vn grand feu, et estant cuittes, ie trouuay qu'elles s'estoyent endurcies en pareille forme que la terre d'argile : lors ie conneuz que l'une et l'autre pouuoit faire vne mesme action , sinon en tous lieux , pour le moins en quelque contrée. Théorique.

Voire mais les terres d'argile sont de diuerses couleurs et plus communément grises , et la marne est blanche : parquoy cela ne se peut accorder.

Practique.

A la vérité, la marne est communément blanche és pays de Valois, Brye, et Champagne, toutesfois i'ay bon tesmoignage qu'au pays de Flandres et Alemagne, mesme en quelque partie de la France, il y en a de grise , noire et iaune, comme i'ay dit dés le commencement : parquoy ie te conseille de ne t'amuser point à la couleur : car la marne grise ou noire peut deuenir blanche en sa décoction; et tout ainsi qu'il y a de la marne blanche, aussi il y a des terres argileuses blanches. Il me souuient auoir passé de Partenay, allant à Bresuyre en Poitou, et de Bresuyre vers Thouars, mais en toutes ces contrées, les terres argileuses sont fort blanches, et consequemment les cailloux , lesquels sont en grand nombre audit pays : qui me fait croire que les terres argileuses desdits pays pourroyent aussi seruir de marne , et singulièrement celle dequoy les drapiers foulent et desgressent les draps. Mais voyons aussi que les creusets des orfebvres qui sont apportez du pays d'Anjou , d'auprès de Troye, et plusieurs autres lieux , sont faits d'vne terre fort blanche semblable à la marne.' En la basse Bourgongne , il y a vn certain village où l'on tire de la terre d'argile toute semblable à la marne, et cuide que ce ne soit autre chose : toutesfois elle endure le feu en telle sorte , que tous les verriers de la plus grande partie des Ardennes, se seruent des vaisseaux faits de ladite terre,

DE LA MARNE

et mesme les verriers d'Anuers qui besongnent de verre de cristalin, sont contrains en enuoyer quérir, combien que l'on la vende bien cher, à cause qu'elle dure long temps és fournaises ardantes. I'ay veu creuser vn puits au pays des Ardennes, qu'auant trouuer l'eau , il fallut creuser vne bien grande espesseur de terre, et après la terre, on trouua vn fond de rocq d'vne grande espesseur, et après le rocq se trouua d'vne terre d'argile autant blanche que craye, laquelle i'esprouuay, et la trouuay bonne à faire vaisseaux : toutesfois combien qu'elle n'ait esté approuuéesi est-ce que ie croy que c'est vne parfaite marne. Si mon estât se pouvoit exercer en peregrinant d'vne part et d'autre, ie pourrois donner plusieurs aduertissements de ces choses, qui seruiroient beaucoup à la republique : toutesfois voila vn chemin ouuert : si tu es homme curieux de ton bien , tu pourras chercher par les moyens que ie t'ay dit ; en cherchant tu trouueras les choses plus asseurées que ie ne te les sçaurois dire : car on dit communément qu'il est facile d'adiouter à la chose inuentée; aussi la science se manifeste à ceux qui la cherchent.

Théorique.

Et ne me suffira il pas de chercher la marne au maniment des mains? attendu que la marne est vne terre grasse, comme celle d'argile, et puis que la terre d'argile est connue au maniment des mains : car il y a celuy que s'il manie de la terre d'argile destrempée, qu'il ne dit voila vne terre grasse et visqueuse : aussi les Latins disent que terre d'argile veut dire terre grasse.

Practique.

Tu as fort mal retenu ce que i'en ay escrit au liure des terres : car ie t'ay dit que les Latins et les François abusent du terme, en appellant la terre d'argile terre grasse : car si elle estoit grasse il seroit impossible de la dissoudre par eau ny par gelée : car toutes gresses et viscosités oléagineuses résistent à l'eau , et ne peuuent auoir quelque affinité : ains au contraire , la terre d'argile et la terre de marne chassent toutes taches grasses , visqueuses et oléagineuses : et pour ces causes les foulons les font seruir à degresser les draps. Théorique.

le trouue en quelque endroit de tes propos vne contrariété assez connue ; car tu m'as dit cy deuant, que mesme les ro-

chers estoient causés de la matière mesme qui ayde à la génération des semences : et toutesfois i'ay veu des pays que toutes les terres estoient incrustées de rochers et pierres , et les terres qui sont telles ont bien peu de terre sur le rocq, et les semences qui y sont iettées , ne peuuent gueres profiter, ains les bleds demeurent bas, ayant les espics bien petits , par ce que la plante ne peut prendre nourriture sur le rocq.

Practique.

N'as tu pas entendu vn propos que ie t'ay dit, que si le sel ne se venoit à dissoudre, les lards, poissons, et toutes espèces de chairs ne pourroient estre salées, si le grain du sel demeuroit en son entier sans se dissoudre et diminuer? Si le pays qui est ainsi pierreux est de telle nature que les pluyes qui tombent dessus ayent en elles vne si grande quantité d'eau congelatiue , qui tombant d'en haut , fait vne croutte en augmentant les rochers couuerts d'vn peu de terre, cela ne fait rien contre mon propos : car ie t'ay* dit que depuis que l'eau est congelée et reduitte en pierre, les semences n'en peuuent tirer aucune liqueur, si la pierre n'est premièrement dissoute, comme ie t'ay dit que la chair ne pourroit rien prendre du sel, sinon en tant qu'il se dissout et diminue. Voila vne conclusion toute certaine.

Théorique.

Si est-ce pourtant que fay veu plusieurs forests és parties montagneuses, esquelles les arbres sont merueilleux en grandeur , combien que la sole d'iceux n'est que rocq , auec vn bien peu de terre par dessus la superficie des rochers , et les racines desdits arbres sont à trauers et parmi les rochers des montagnes.

Practique.

Si tu eusses bien noté ce que ie t'ay dit en traitant des pierres , tu n'eusses mis vn tel argument en auanf : car tu dois entendre que les racines des arbres ne sçauroyent transpercer les rochers. Il te faut donc croire que les arbres auoyent prins racine au parauant que la terre où ils sont fut congelée , et comme les arbres ont prins en leur croissance abondamment de l'eau generatiue, ils en ont distribué aussi bien aux feuilles et aux fruits, comme aux branches et comme aux racines : et par ce que les feuilles et fruits tombent par chacun

DE LA MARNE

an desouz les arbres, ils se viennent à pulrifier, et en se putrifiant (comme font les herbes des forests) ils rendent en leur putréfaction l'eau commune et la generatiue parmy la terre , qui est causée parmy des feuilles et fruits : et quelque temps après, par la vertu du Soleil , l'eau commune se vient à exaler, et la generatiue rend alors en pierre la terre qui a esté causée des feuilles, fruits , et autres plantes des forests : car autrement ce que tu dis ne se pourroit faire : car si tu considères la racine des arbres tu trouueras qu'il n'y a celuy qui n'aye autant de racine que de branches : car autrement, il ne pourroit endurer le combat qu'il endure par l'iniure des vents. Et si tu voulois contempler la cause pourquoy les arbres ont les racines ainsi tortues, tu trouueras que la cause n'est autre sinon , que comme les hommes cherchent les montagnes, les chemins et sentiers plus aisez, aussi les racines en leur accroissement cherchent les parties de la terre les plus aisées, plus tendres et moins pierreuses ; et s'il y a quelque pierre au deuant de la racine , elle laissera la pierre en son chemin et se tournera à dextre , ou à senestre; d'autant qu'elle ne pourroit percer les pierres qui sont au chemin. Théorique.

Et toutesfois les branches des arbres qui n'ont aucun empeschement en l'aër, sont aussi tortues et fourchues comme les racines : si est ce que l'aer n'est non plus dur en vn endroit qu'en l'autre. Il faut nécessairement qu'il y aye autre raison que celle que tu dis.

Practique.

Quant aux racines, ie t'ay dit vérité : mais quant aux branches il y a vne autre cause , qui est que les branches, poussans l'augmentation des gittes, vne chacune cherche la liberté de l'aer, et se dilatent en s'esloignant des autres gittes tant qu'ils peuuent, afin d'auoir l'aër à commandement; et par vne telle cause, les gittes fuyans le voisinage l'vne de l'autre ne peuuent monter directement , ce que tu peux connoistre par les noyers, poiriers, et pommiers, et plusieurs autres espèces d'arbres , qu'en leurs première croissance la tige montera directement en haut iusques à ce que la vertu radicale monte abondamment, qui luy cause se fourcher, en poussant plusieurs gittes, comme vne eau desbordée. le considère ces raisons en plusieurs exemplaires, premièrement en ce que

DE LA MARNE

i'ay vou les chesnes, noyers, chastaigniers, et plusieurs autres espèces d'arbres, plantez és lieux champestres, entre lesquels ie n'en ay iamais trouué vn qui montast directement en haut, comme ceux qui sont és forets entourez d'autres arbres qui les empeschent à se dilater de part et d'autre. . le n'ay iamais aussi trouué que les arbres des forests fussent fertiles abondamment, comme ceux des campagnes, ny aussi que le fruit d'iceux fut sauoureux en telle sorte que ceux qui ont l'air et le soleil à commandement : dont il est aisé a conclure que les arbres des forests qui sont entourez d'autres arbres, ne pouuant iouir du Soleil et de l'aër és parties dextre et senestre, sont contrains monter en haut pour chercher l'aër et le soleil, lequel ils désirent pour leur nourriture et accroissement. Et comme ie cherchois la connoissance de ces causes, ie passay quelquefois par vne forest qui contenoit trois lieues de largeur, et afin de rendre le chemin aisé, l'on auoit coupé, tout au trauers de la forest , les arbres d'vne voye contenant en largeur huit ou dix toises : en passant ladite forest, i'apperceu que tous les arbres qui estoyent à dextre et à senestre de ladite voye, auoyent poussé grand nombre de branches deuers le costé du chemin ; et deuers la partie de la forest , il y en auoit fort peu, qui me donna certaine connoissance que le tronc de l'arbre prenoit son plaisir à pousser les branches vers le chemin , par ce que c'estoit la partie la plus aérée : i'apperçeu aussi que les arbres de la circonférence de la forest se iettoyent et courboyent ou s'enclinoient deuers le costé des terres, comme si les autres arbres leur estoyent ennemis : et à la vérité bien souuent il y a plusieurs arbres fruitiers tant és iardins que autres lieux qui sont courbez pour cause de l'ombre de leurs voisins , autres arbres desquels ils n'ayment estre accompagnez.

Théorique.

Par tes propos tu veux dire qu'après que les feuilles, fruicts et branches des arbres et plantes sont pourries elles se peuuent réduire en pierre.

Practique.

le l'ay dit, et encores plus, comme tu peux auoir entendu au discours des métaux, que non seulement les choses putrifiées se peuuent lapifier, ainsse peuuent pétrifier au parauant la putréfaction j comme tu as veu par les bois et coquilles, et

DE LA MARNE

l'ose dire encore qu'il n'y a nulle espèce de terre qui ne se puisse naturellement pétrifier par Teffect du cinquiesme élément, duquel i'ay tant parlé cy dessus.

Théorique.

Et le tripollit, qu'est-ce? se peut-il pétrifier?

Practique.

Non seulement le tripollit, mais aussi l'ocre , le boliarmeni, et tous ces minéraux qui sont lapifiez, comme la sanguine, l'orcane, et la pierre noire : tout cela ne sont que pierres pétrifiées dessicatiues et astringentes, comme vne espèce de terre sigillée.

Théorique.

Et qu'appelles tu terre sigillée?

Terre sigillée est autrement appellee terre Lemnie (de Lemnos); aucuns lui attribuent ce nom, à cause du lieu où elle est prinse(1 ): et te faut noter que la terre n'est autre chose qu'vne espèce de marne ou terre argileuse, laquelle se prend bas en terre, comme sont communément les terres argileuses, et les marnes : l'on dit que ladite terre est fort astringente, et que par son action elle preserue de poison et retient les flux de sang par sa vertu astringente : et pour ces causes les hommes du pays où elle se prend vont par chacun an ouurir la fosse , ou le trou par où ils descendent pour la tirer, et en ayant tiré à leur discrétion , ils ferment le trou iusques à l'autre année : et pour cause qu'ils ont tribut de ladite terre. Ils ouurent le trou auec grand pompe, accompagnez de cérémonies. Le pays où ladite terre se prend , est à présent occupé par le Turc , qui cause qu'il en prend le profit , et se vent ladite terre par trochisques marquées des armoiries du Turc. Voyla pourquoy l'on l'appelle terre scelée, et me semble que ce seroit mieux dit terre cachetée , et par ce qu'elle est appellée terre marquée, ou cachetée , cela me fait croire qu'elle est molle quand on la tire , comme communément est la terre d'argile : car combien qu'elle soit assez dure et qu'on la porte souuent a grand mottes sur les espaules , si est ce qu'elle est humide , en telle sorte

(l La (erre sigillée est une substance alumineuse, mêlée de silice, de chaux , de magnésie et d'oxyde de fer, que l'on employait, en' médecine, comme astringente. On la nommait ainsi parce qu'elle arrivait en Europe sous forme de grosses pastilles empreintes d'un sceau (sigillum).

DE LA MARNE

quelle se peut aysément cacheter. Venons a présent à la cause de son vtilité; d'où est-ce que peut procéder vne telle vertu? Si tu as bien entendu le propos que i'ay dit sur les congélations, tu connoislras que la vertu de ladite terre ne procède , sinon des eaux communes et congelatiues , qui ayans percé a trauers des terres, iusques à ce qu'elles ont trouué quelque rocher pour s'arrester au lieu où les eaux se sont arrestées, la terre subtile et fine qui là estoit, a retenu la vertu de l'eau congelatme, et là s'est fait vne association et ligature, sçauoir est, la terre et l'eau ont fait vne décoction modérée , et commencement de pétrification, et en ce faisant ont laissé courir, descendre ou exaler l'eau commune, et n'est demeuré parmy la terre que l'eau congelatiue qui a perdu en se congelant la couleur et apparence qu'elle auoit au parauant, et a prins la mesme couleur de la terre où elle s'est iointe ; et par ce qu'elle n'est encores venue en sa parfaite décoction ou pétrification, il est certain qu'estant prinse par la bouche, la vertu de Teau congelatiue qui est en elle se vient à dissoudre à la chaleur et humidité de l'estomach, et alors les matières estant liquides , le corps fait son profit de la matière congelatiue, qui estoit en la terre, et la terre est enuoyée aux excréments selon le cours ordinaire. Voila qui te doit faire croire que ceste eau congelatiue est de nature salsitiue, comme 1e t'ay fait entendre cy dessus, que le venin des serpents est guery par la vertu de la saliue, a cause du sel. le t'ay allégué cy dessus vne Isle pleine de serpents, aspics et vipères, qui sont en vne Isle appartenant au seigneur de Soubise. le t'ay dit aussi que ceux qui sont morduz des chiens enragez sont guéris par l'eau de la mer , et mesme aucuns par le lard vieux , et cela ne se fait que par une vertu salsitiue. le t'ay assez donné a entendre (en parlant des sels) que tous sels ne sont pas mordicatifs, ou acres, afin de te faire entendre que ie ne veux pas dire par là, que la vertu salsitiue de la terre sallée soit d'vn sel commun : ains ie veux seulement dire que son action n'est causée que par vne vertu salsitiue.

Théorique.

le te prie me dire s'il seroit possible de trouuer en France quelque terre qui fist la mesme action que celle que tu dis : parce qu'en tous tes discours tu ne faits point distinction des matières qui causent la congélation des pierres , marnes et

DE LA MARNE

terres argileuses; et d'autant que tu attribues à la terre sigillée sa vertu procéder de la mesme cause que les terres, pierres , et marnes de ce pays sont congelées , pourquoy est ce qu'il ne se pourra trouuer en la France des terres qui feront mesme action , veu qu'elles sont causées d'vn mesme subiet ? comme i'ay dit.

PRACTIQUE

le ne te puis alléguer raison contraire , sinon qu'és pays chauds, les fruits ou pour le moins partie d'iceux, sont beaucoup meilleurs qu'és pays froids, comme tu vois qu'és pays de France, depuis qu'on passe Paris, allant vers le Septentrion, on ne peut cueillir pompons, melons, oranges, figues ny ohues, ny beaucoup d'autres espèces de fruits, comme on fait és chaudes régions , et mesme les raisins ne peuuent venir en maturité , comme ils font és parties méridionales de la France , Champagne, et Picardie. Tu sçais bien aussi que les espiceries , sucres , ne peuuent prendre accroissement au royaume de France, comme elles font és pays chauds. Tu sçais bien que la casse et toutes gommes odoriférantes sont prises és régions chaudes, mesme la rubarbe et autres simples, seruans à la médecine. Il est assez aisé a croire que le soleil donne quelque vertu plus violente en certaines régions qu'en d'autres, et mesme on voit qu'vne mesme région, vne mesme espèce de plante opérera merueilleusement plus qu'vne autre , qui sera accreuë en mesme pays. le t'ay baillé pour exemple les vignes de la Foye-Moniaut , qui sont entre saint Iehan d'Angely et Nyort, lesquelles vignes apportent du vin qui n'est pas moins estimé qu'hippocras, et bien près de là, il y a autres vignes desquelles le vin ne vient ïamais à parfaite maturité, lequel est moins estimé que celuy des raisinettes sauuages, par là tu peux penser que les terres ne sont semblables en vertu, combien qu'elles se ressemblent en couleur et apparence. Toutesfois ie ne veux par là conclure qu'il n'y puisse auoir en France de ladite terre lemnie, laquelle puisse faire la mesme action que la sigillée ; et prendray argument sur ce que les vaisseaux premiers faits furent formez , comme aucuns disent en argis , et depuis tous les autres qui sont formez , on les appelle vaisseaux de terre d'argile; puis que l'on recouure de la terre en tous pays semblable a celle d'argis, aussi il n'est pas difficile de croire qu'il se puisse trouuer de la terre lem-

DE LA MARNE

nie. le prendray autre argument plus certain : puis qu'aux Isles de Marennes, et en la Foye-Moniaut, se cueille du vin ayant douceur et bonté d'hippocras , et que sa bonté procède d'vne vertu salsitiue que nous appelions tartare, et qu'és pays de Narbonne et Xaintonge , il se fait du sel commun , et combien que la vertu salsitiue de la terre lemnie ne soit pas de sel commun, si est ce que tout ainsi que comme en quelque partie de la France, les raisins et quelques autres fruits apportent en soy vue douceur autant grande que les dates, figues et autres fruits qui viennent des régions chaudes, i'ay conclud qu'en quelque endroit se pourroit aussi trouuer de la terre lemnie , laquelle feroit la mesme action que celle que on prend en Turquie , de laquelle nous auons parlé. le te diray encores vne exemple, tu vois que les anciens ont eu en grand estime le bol d'Arménie, à cause de son action astringente ; et toutesfois depuis que Fvsage en est en France , celuy mesme qui se prend au pays , et combien qu'il se trouue en plusieurs contrées de la France , si est ce qu'on luy baille le mesme nom de celuy d'Arménie, comme tu vois que les Latins l'appellent bolus armenus, en François boliarmeny. Nous en auons encore vne autre espèce qui est plus desiccatif que le susdit, duquel les peintres font des crayons à pourtraire, qu'ils appellent pierres sanguines, elle est fort propre pour contrefaire les visages après le naturel : elle est composée d'vn grain fort subtil. Il y a autre espèce de sanguine, qui est fort dure; à cause de sa dureté , on la peut tailler et pollir comme vne pierre de iaspe ou d'agathe, combien qu'elle ne soit pas si dure : aucuns on fait tailler desdites pierres pour se seruir à brunir ou pollir l'or et autres choses. Si tu considères bien ladite pierre tu connoistras qu'il n'y a différence aucune des deux espèces de sanguine, sinon que l'vne est pétrifiée à cause qu'elle a plus receu d'eau congelatiue qui l'a rendue plus pesante et plus dure, et l'autre qui est demeurée tendre , de laquelle on fait des crayons rouges, est demeurée altérée par ce que l'eau luy deffaut au parauant sa parfaitte décoction. Et parce que le commencement de nostre propos a esté seulement de parler de la marne , ie te dis à présent qu'en plusieurs lieux la marne peut seruir à faire des crayons blancs à pourtraire en blanc , tout ainsi que la sanguine pourtrait des traits rouges.

Théorique.

le trouue icy vne chose fort estrange , qui est de ce que tu contredis à tant de millions d'hommes, tant des passez que des viuants, en ce qu'ils disent tous, et le tiennent pour chose certaine, que la marne et la terre d'argile est grasse, et que les terres sont ameilleurées pour cause de la graisse qui est en la marne : et toy comme opiniâtre inueteré , les veux gaigner contre tous.

Practique.

Si tu auois bien jconsideré le propos que ie t'ay tenu cy dessus en parlant de l'or potable , du restaurant d'or, des graisses et des eaux , tu eusses connu par là , que depuis que les hommes sont abreuuez d'vne opinion fausse, il est difficile de leur arracher de la teste : mesmement à ceux qui se soucient bien peu de considérer les effects de nature. Te souuient-il pas que i'ay assemblé autre fois à Paris , des plus doctes Médecins , Chirurgiens et autres naturalistes, lesquels m'ont tous accordé que les Philosophes, Physiciens, passez et presens , auoient abusé en escriuant du restaurant d'or , de l'or potable, des métaux, des eaux, et des pierres, et en plusieurs autres instances, desquelles tu sçais que i'ay faict lecture, et n'ay iamais trouué homme qui m'ayt contredit : toutesfois il se trouua un Alchimiste , lequel auoit bruit de se tourmenter après l'augmentation des métaux, pour de là venir à la monnoye. Iceluy, dis-ie, estoit fort mal content de ce que ie parlois de l'or potable, pource qu'il pretendoit potager l'or pour donner teincture à l'argent . ce qui est impossible , sinon seulement sur la superficie pour en abuser : et comme tu sçais que de l'abondance du cœur la langue parle , iceluy passionné de mes propos , attendit que rassemblée s'en fut allée , et puis me vint dire qu'il sçauoit faire de deux sortes d'or potable. Sa passion auoit causé qu'il auoit mal entendu : car ie ne disois pas que l'or ne se peut rendre potable, car ie sçay plusieurs moyens de le potager, mais ie disois que quand il seroit potagé iamais ne se conuertiroit en la nature humaine, pour luy seruir de restaurant, parce qu'il ne se peut digérer. Et pour reuenir à poursuyure les fauces opinions inueterées sur le fait des terres qu'ils appellent grasses, ie t'allegueray la mesme raison que i'ay dit en parlant des terres argileuses, qui est qu'esdites terres il y a deux eaux : l'vne est commune

DE LÀ MARNE

et exalatiue. ennemie du feu, l'autre est eongelatiue, qui cause que la terre qui n'est que poussière, se tient en vne masse, et s'endurcit au feu : ie demanderay à tous ces dictionnaires si l'humeur radicale qui ioinct les parties de la terre estoit grasse , pourroit-elle endurer le feu ? ne sçayt on pas bien , que toute gresse espesse , oléagineuse brusle au feu , ne sçauons nous pas aussi que les drapiers desgressent leurs draps auec de la terre argileuse , ou de celle de marne ; si elle estoit grasse comment pourroit elle desgresser? Il y a quelques vns qui pour prouuer qu'elle estoit grasse ont dit que plusieurs puits estoient foncez de terre de marne, voulant par là prou-* uer qu'elle est grasse : mais une telle preuue n'est pas bonne, car nous sçauons que toute espèce de terres argileuses tiennent l'eau durant le temps qu'elles sont sousternées , mais estant tirées de leur fosse elles ne pourroyent tenir l'eau, sinon durantle temps qu'elles seroyent molles comme paste : mais après que lesdites terres sont succées, elles se viennent à dissoudre soudain que l'on les mettra dedans l'eau ; et si elle estoit grasse , comme on dit, iamais elle ne se pourroit dissoudre en l'eau , non plus que le suif, la cire, la poix-raisine et autres choses grasses. Il est bien certain que si tu prend deux pièces de marne, ou de terre argilleuse, et que tu ayes deux vaisseaux, que l'vn soit plein d'huile, et l'autre d'eau, et qu'en chacun vaisseau tu mette vne motte de marne, ou terre argileuse, que celle que tu mettras dedans l'huile, ne se dissoudra iamais, mais celle que tu mettras dedans l'eau, se creuera et se dissoudra comme vne pierre de chaux, car nous sçauons que les matières grasses et oléagineuses sont répugnantes à l'eau, et lesdites terres sont composées de matières aqueuses, parquoy ils ne peuuent se ioindre ny entremesler : il faut donc que ceux qui appellent les marnes et terres argileuses grasses, qu'ils allent chercher autres raisons que celles qu'ils mettent en auant. S'ils appelaient lesdites terres pâteuses, ils parleroyent beaucoup mieux et diroyent vérité , car nous sçauons que la farine et l'eau ont telle affinité, que souda n qu'elles sont entremeslées , elles se conuertissent en vn corps pâteux. Il les faut donc appeller terres pâteuses, et non point grasses ou visqueuses.

Théorique.

le trouue estrange que tu dis, que non seulement les choses

351 DE LA MARNE

pulrifiéfS se peuucnt réduire en pierre, mais aussi aueune chose sans perdre leur forme, comment est il possible que l'eau que tu dis puisse entrer dedans les corps solides, si premièrement ne sont molifiées par putréfaction?

Practique.

Comment oses tu dire le contraire de ce que i'ay dit , veu qu'en te parlant de l'essence et forme des pierres , ie t'ay monstré plusieurs coquilles réduites en pierre , combien que les coquilles estoyent au parauant autant solides que pourroit estre vn vaisseau de verre, ou de quelque matière métalclique.

Théorique,

Il faudroit donc qu'il n'y eut rien qui ne fut poreux , et si ainsi estoit, les vaisseaux ne pourroient contenir l'eau de quelque matière que ce soit, et toutesfois l'on voit le contraire.

Practique.

le ne doute point que toutes choses ne soyent poreuses , mais ces choses qui sont faites des matières plus condensées ont les pores si subtils que les liqueurs ne peuuent passer à trauers euidemment, sinon par quelque accident : comme tu as veu autrefois que quand ie voulois broyer mes couleurs en hyuer, ie faisois chauffer la molette, et après l'auoir posée sur le marbre toute chaude , icelle molette pour sa chaleur attiroit de l'eau dudit marbre, combien qu'iceluy marbre eut apparence d'est? e bien sec : voila vn argument qui te doit faire croire que le marbre estoit poreux, à trauers desquels pores, la chaleur de la molette faisoit attraction de l'humidité. Autre exemple : tu sçais bien que les forgeurs d'armes et de taillans, quand ils veulent endurcir les armes et taillans, ils les font chauffer tant qu'ils soyent rouges, et puis les mettent froidir dans l'eau ; lors les trenchants des ferrements et armures deuiennent beaucoup plus durs, le te demande si le fer ou l'acier , estant ainsi trempé, ne prenoit quelque substance iusques au centre, et par toutes les parties s'ils se pourroyent endurcir par l'action de l'eau ? on sçait bien que non : car si le trenchant, ou le harnois ne s'endurcissoit que sur la superficie, cela ne seruiroit de rien. Il faut donc conclure que les armures estans chaudes, sont imbibées, et font attraction de quelque eau, autre que l'exalatiue , laquelle subuient et se

DE LA MARNE

fortifie; et pour ce monstrer, te faire mieux entendre que les armures ne sont pas fortifiées par les eaux exalatiues , il faut que tu entendes que pour tremper lesdites armures, aucuns ont plusieurs secrets; aucuns mettront du sel dedans l'eau où ils veulent tremper leurs armures, aucuns mettront des vinaigres, autres mettront des pierres de chaux, autres mettront du verre subtilement broyé, et ne faut que tu doutes que si le verre broyé ne pouuoit seruir à l'endurcissement du fer, ou acier, ie ne dis pas qu'il y puisse seruir estant en verre, mais estant bien broyé, le sel dudit verre se liquifie parmy l'eau commune, et alors les armures qui y sont trempées font leur profit dudit sel liquifié, duquel ils font attraction pour se fortifier et non pas de l'eau commune, car elle ne se peut fixer. Du temps du feu Roy de Nauarre, il partit de Geneue deux orfeures qui portèrent en la cour du susdit Roy, vne masse et vn coutelas, au labeur desquels ils auoyent employé l'espace de deux années pour orner et enrichir ou tailler lesdites pieces : et parce qu'elles estoient merueilleuses et de haut prix, ils n'auoyent rien espargné à ce que ladite masse et coutelas fussent forgez de bonnes estoffes, et en cas pareil trempées en certaines eaux qui causèrent vne dureté ausdites armes : ie ne scay si elles furent attrempées par le magnifique Maigret, lequel auoit bruit qu'en cherchant la génération de l'or , ou pierre philosophale, il auoit trouué vne eau qui causoit vne merueilleuse dureté aux armures ; ignorant donc celuy qui auoit fait la trempe , ie suyuray mon propos qui est que le coutelas dont ie parle estoit si bien attrempé que l'on en coupoit les chenets ou landiers de fer, comme l'on eut fait du bois, sans que le coutelas en receut aucun dommage : voila des preuues qui te doiuent assez donner à entendre les propos que ie t'ay dit sur le fait de la marne, que comme les semences ne sont totalement nourries par l'effect des eaux communes, aussi ne sont les métaux. le te donneray encores vn bel exemple pour la confirmation de ce que i'ay dit, de ce qui cause la bonté de la marne ; elle cause aussi la congélation des pierres. Il y a certaines forges de fer aux Ardennes, au village de Daigny et Giuonne, autres forges au village de Haraucourt, lesquelles ne sont distantes pour le plus que deux lieues les vnes des autres, ce neantmoins és forges de Haraucourt ils mettent de la terre blanche qu'ils prennent assez bas en terre, laquelle

DE LA MARNE

ils mettent parmy la mine de fer pour aider à la fonte d'icelle mine î et ceux de Dagny et Giuonne prennent pour la mesme cause de la pierre de laquelle l'on se sert à faire de la chaux , qu'ils appellent pierre de castille, laquelle ils cassent pour aider à la fonte de leurs mines comme i'ay dit. Vois tu pas par là vne preuue évidente, puis que les sels des arbres aident à faire fondre toute chose, qu'il y a vne vertu salsitiue és pierres, et consequemment és terres qui ne sont encores lapifiées comme celle de laquelle l'on se sert à Haraucourt, puisqu'elle fait la mesme action que font les pierres de Dagny et Giuonne.

Théorique.

Il semble que tu te contredis, en ce que tu dis quelquesfois que les pierres sont congelées par la vertu du sel, et puis après tu disque c'est vne'eau.

Practiqtje.

Il me semble que tu as vne ceruelle bien dure , car il me souuient t'auoir dit au précèdent qu'on n'a point accoustumé d'appeller l'eau de la mer sel, combien qu'elle soit sallée : mais bien on l'appelle eau iusques à ce qu'elle soit congelée , et depuis on l'appelle sel; on n'appelle pas aussi l'eau glacée, auparauant qu'elle soit gelée, mais estant gelée on l'appelle glace : on n'appelle point le lait fromage auparauant sa congélation, semblablement ie ne puis appeler les choses susdites en autre terme qu'en la forme où elles sont alors que i'en ay parlé depuis auoir escrit au précèdent. le trouue tesmoignage certain contre ceux qui disent que la marne ne profile guère aux champs la première année ; il est certain que si fait, autant bien que la suyuante, moyennant qu'elle soil mise aux champs auparauant que l'hyuer aye commencé , parce que la marne ne peut de rien seruir , si elle n'est premièrement dissoute par les gelées. I'ay esté aussi aduerty par les habitans de Champagne, de Brie et Picardie, qu'en certains lieux, la marne n'est autre chose que craye , et d'autant qu'en plusieurs contrées desdits pays , il y a faute de pierre, et sont contrains quelquesfois de faire des murailles de craye , quand ils trouueut quelque fosse où elle sera bien condencée et réduite en craye ; cela ne se peut faire en toutes marnieres , parce qu'aucunes ne se peuuent tirer que par petites pièces, et mesme il y en a qui sont encores liquides et bourbeuses. Et

DE LA MARNE

comme i'ay dit au précèdent, ne sont toutes blanches, ains y en a de diuerses couleurs. As-tu pas considéré les semences qui estant mises dedans vne phiole pleine d'eau, elles viennent et se promeinent dedans ladite eau , combien que la phiole soit bien scelée? et toutesfois nous tenons pour certain que toutes choses animées ne pourroient viure sans aër, il faut donc que l'eau et la phiole soient tous deux poreux , car autrement ces bestes encloses dedans, ne pourroyent viure. Autant en dis-ie des poissons de la mer, et des riuieres que si l'eau n'auoit quelque pore, les poissons ne pourroient viure. As tu pas considéré que quand le temps est humide , et qu'il aduient quelquefois à plouuoir, ou neiger contre les vitres, qu'elles seront mouillées à trauers, par le dedans és costez de la chambre : cuides tu que le soleil fut passé à trauers des vitres, si elles n'estoyent poreuses. 11 est certain que non aussi le feu ne pourroit percer à trauers des pots et chaudières des métaux, s'il n'y auoit quelques pores, tu vois aussi que combien que la coquille des œufs soit bien condencée, si est-ce qu'estants mises sur la braise il pleure certaines petites gouttes d'eau à trauers de la coquille , procédantes du dedans de l'œuf,

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