‹ Œuvres complètes de Blaise PascalChapitre 17 sur 65 · Act., i · texte numérisé non relu

Act., i

3. «Qui est le monde des fidèles.» Cela est ajouté, pour appliquer à l'entrée du chrétien dans l'Eglise le texte : Ingrédient mundum. 3. I Thess.yVT, 42, 17.

comme la foi rapprend. Car nous savons que les corps saints sont habités par le Saint-Esprit jusqu'à la résurrection , qui se fera par la vertu de cet Esprit qui réside en eux pour cet effet. C'est pour cette raison que nous honorons les reliques des morts , et c'est sur ce vrai principe que l'on donnoit autrefois l'eucharistie dans la bouche des morts , parce que , comme on savoit qu'ils étaient le temple du Saint-Esprit , on croyoit qu'ils méritoient d'être aussi unis à ce saint sacrement. Mais l'Église a changé cette coutume : non pas pour ce que ces corps ne soient pas saints , mais par cette raison que l'eucharistie étant le pain de vie et des vivans , il ne doit pas être donné aux morts.

Ne considérons plus un homme comme ayant cessé de vivre , quoi que la nature suggère ; mais comme commençant à vivre , comme la vérité l'assure. Ne considérons plus son âme comme périe et réduite au néant , mais comme vivifiée et unie au souverain vivant : et corrigeons ainsi, par l'attention à ces vérités , les sentimens d'erreur qui sont si empreints en nous-mêmes , et ces mouvemens d'horreur qui sont si naturels à l'homme.

Pour dompter plus fortement cette horreur , il faut en bien comprendre l'origine ; et pour vous le toucher en peu de mots , je suis obligé de vous dire en général quelle est la source de tous les vices et de tous les péchés. C'est ce que j'ai appris de deux très- grands et très-saints personnages. La vérité que couvre ce mystère est que Dieu a créé l'homme avec deux amours , l'un pour Dieu , l'autre pour soi-même ; mais avec cette loi , que l'amour pour Dieu seroit infini , c'est-à-dire sans aucune autre fin que Dieu même ; et que l'amour pour soi-même seroit fini et rapportant à Dieu.. \

L'homme en cet état non-seulement s'aimoit sans péché, mais ne pouvoit pas ne point s'aimer sans péché.

Depuis , le péché étant arrivé , l'homme a perdu le premier de ces amours ; et l'amour pour soi-même étant resté seul dans cette grande âme capable d'un amour infini , cet amour-propre s'est étendu et débordé dans le vide que l'amour de Dieu a quitté ; et ainsi il s'est aimé seul, et toutes choses pour soi , c'est-à-dire infiniment. Voilà l'origine de l'amour-propre. Il étoit naturel à Adam, et juste en son innocence; mais il est devenu et criminel et immodéré , ensuite de son péché.

Voilà la source de cet amour , et la cause de sa défectuosité et de son excès. Il en est de même du désir de dominer , de la paresse , et des autres. L'application en est aisée. Venons à notre seul sujet. L'horreur de la mort étoit naturelle à Adam innocent , parce que sa vie étant très» agréable à Dieu , elle devoit être agréable à l'homme : et la mort étoit horrible lorsqu'elle finissoit une vie conforme à la volonté de Dieu. Depuis , l'homme ayant péché , sa vie est devenue corrompue , son corps et son âme ennemis l'un de l'autre , et tous deux de Dieu. Cet horrible changement ayant infecté une si sainte vie , l'amour de la vie est néanmoins demeuré; et l'horreur de la mort étant restée pareille , ce qui étoit juste en Adam est injuste et criminel en nous.

Voilà l'origine de l'horreur de la mort , et la cause de sa défectuosité. Éclairons donc l'erreur de la nature par la lumière de la foi. L'horreur

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