‹ Œuvres complètes de Blaise PascalChapitre 54 sur 65 · DE M. L'ARCHEVÊQUE DE ROUEN · texte numérisé non relu

DE M. L'ARCHEVÊQUE DE ROUEN

à son imitation , voulu procéder , en cette rencontre , avec toute la circonspection qui nous a été possible. Après avoir reçu par diverses fois les plaintes et les requêtes des curés de notre métropolitaine , donné la corn munication à notre promoteur général , vu ses réquisitions , et fait exa miner ce livre par nos grands vicaires en présence de M. l'évêque d'Olonne, qui prêcboit pour lors dans notre Église cathédrale, nous avons reconnu la vérité des extraits qui nous en ont été présentés. Nous avons voulu le lire avec soin ; et après avoir attendu quelque temps que l'auteur de cette pernicieuse doctrine effaçât lui-même , par ses larmes et par une rétractation chrétienne , les funestes caractères d'un si méchant livre , nous avons cru être obligés d'y apporter le remède que Jésus-Christ nous a mis entre les mains par la communication de son autorité sacrée.

C'est en son nom que dans l'unité de son esprit , qui remplit son Église et qui anime ses pasteurs , dont plusieurs ont condamné cette même doctrine , vu la censure qui en a été faite par la Faculté de théologie de Paris, nous avons déclaré et déclarons ledit livre intitulé : Apologie pour les casuistes contre les calomnies des jansénistes , etc. , contenir ■plusieurs propositions fausses, pernicieuses, erronées, scandaleuses, tendantes au libertinage et à la corruption des mœurs et de la discipline de l'Église , et entièrement opposées aux maximes de l'Évangile ; it comme tel , l'avons condamné et condamnons , faisant très-expresses ' défenses , sous peine d'excommunication , à tous les fidèles de notre diocèse , de le lire , de le retenir , ou d'en soutenir la doctrine ; à tous curés , vicaires , prêtres , confesseurs et directeurs , de s'en servir pour la conduite des âmes ; et à tous imprimeurs et libraires de l'imprimer ou distribuer, sous les mêmes peines. Et afin que personne ne l'ignore, nous avons ordonné que ces présentes seront lues et publiées aux prônes des messes paroissiales dans toutes les églises de notre diocèse , et envoyées aux maisons religieuses à la diligence des doyens ; nous réservant , selon l'usage et la pratique de l'Église , à donner en temps et lieu des canons pénitentiaux , pour servir d'instruction et de règle à la direction des consciences. Enjoignons en outre à tous ceux qui ont , sous notre autorité , la conduite des âmes , de veiller soigneusement dans ces temps périlleux sur les peuples que nous avons commis à leurs soins , et de leur remettre souvent 'en la mémoire cet excellent avis du saint apfttre : « Vite dete ne quis vos decipiat per philosophiam et inanem fallaciam secun- « dum traditionem hominum , secundum elementa mundi , et non « secundum Christum. » Donné à Rouen , en notre palais archiépiscopal , 5e 4 janvier 1669.

Signé : François , archevêque de ftotcén.

Et plus bas , Mo range.

CENSURE

CENSURE

D'un livre intitulé : « Apologie pour les casuistes, etc.,* faite par M. l'évéque de fievers.

Du 8 novembre 4658.

Eustache de Chéry , par la grâce de Dieu et autorité apostolique , évêque de Nevers , conseiller du roi en ses conseils d'État et privé : A tous doyens , chanoines et chapitres , abbés , prieurs , curés , vicaires , prédicateurs , et autres ecclésiastiques séculiers et réguliers de notre diocèse , salut.

L'étroite obligation que Jésus-Christ a imposée à ceux qu'il a établis prélats et pasteurs sur son peuple , de conserver tout ensemble l'unité des esprits dans le sacré lien de la paix , et sa doctrine saine dans tout le corps mystique de son Église , nous a fait souvent gémir en sa présence , dans la crainte de devenir prévaricateurs dans notre charge , soit en tolérant le mal par une trop longue indulgence , soit en le réprimant par une trop prompte sévérité. Car comme le Fils de Dieu nous a prescrit d'une part de laisser croître l'ivraie jusqu'au jour de la moisson ? de. peur de cueillir le bon grain en voulant l'arracher ; et que d'ailleurs il traite de mercenaires intéressés . de chiens muets , d'idoles sacrilèges , les successeurs des apôtres qui répriment aussi peu généreusement les corrupteurs des mœurs de son Église , qu'ils défendent lâchement la vérité de sa doctrine : il faut croire avec le sage qu'il y a un temps de se taire , en dissimulant quelque temps des choses répréhensibles , pour éviter de plus grands maux ; et un temps de parler , lorsque , faute de contredire îes impies profanateurs de la parole de Dieu, les peuples pourroient donner quelque croyance à leurs sentimens opposés aux plus saintes et plus importantes maximes du christianisme. C'est pourquoi , après que nous avons jusqu'ici supporté , avec douleur , la licence insupportable de quelques nouveaux casuistes , qui remplissent l'Église de livres pleins de pernicieuses maximes d'une morale pharisienne ; et entre les autres , le plus méchant et le plus dangereux de tous ayant paru depuis quelques mois dans notre diocèse , sans nom , permission , ni approbation quelconque , intitulé : Apologie pour les casuistes contre les calomnies des jansénistes, etc. , et qu'on nommeroit mieux le testament nouveau de l'amour de la chair , puisqu'il est opposé à celui de Jésus-Christ , qui apprend aux fidèles à vivre selon l'esprit : nous avons cru que nous étions indispensablement obligés de procéder à sa juste condamnation , et de le frapper des foudres que Dieu nous a mis en main pour la destruction de l'erreur. C'est un méchant livre qui détruit la plupart des préceptes du Décalogue , introduit la profanation des sacremens , porte à l'irrévérence de nos plus sacrés mystères : il enseigne aux valets à voler leurs maîtres , et aux enfans des hommes à souiller leurs mains violentes comme des Calns dans le sang de leurs frères : il présente aux libertins , pour rompre les jeûnes commandés de l'Église , des moyens les plus honteux et les plus brutaux : il approuve la simonie la plus manifeste , et dit qu'un bien temporel peut servir de motif pour en donner ou recevoir un spirituel : il permet aux

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personnes consacrées aux divins autels , les compagnies domestiques les plus infâmes : il permet encore l'usure , et fournit des moyens pour en faciliter la pratique contre l'Écriture et les canons : il autorise les calomnies les plus noires , et qui imposent malicieusement de faux crimes à des innocens véritables : enfin il soutient la pernicieuse doctrine de la probabilité fondée sur le raisonnement purement humain , maxime la plus impie , erreur la plus dangereuse , venin le plus mortel de la morale chrétienne. Ces opinions détestables , et plusieurs autres qui favorisent les excès les plus honteux de l'Alcoran des Turcs, que nous ne marquons point ici , pour ne pas offenser les oreilles chastes et chrétiennes , nous ont fait connoître combien il étoit nécessaire d'employer l'autorité que Dieu nous a donnée pour arrêter et condamner ce livre criminel. A quoi nous nous sentons particulièrement excités par la requête qui nous a été présentée à ce sujet par tous les curés de notre diocèse , nommément par ceux de notre ville épiscopale , qui , dans la juste crainte que cette mauvaise doctrine , nouvellement publiée , devenant contagieuse , ne cause la perte des âmes , dont ils doivent rendre à Dieu un compte très-exact , implorent avec instance l'autorité de notre jugement. C'est pourquoi, pour satisfaire à une requête si juste et si charitable , et de notre part au devoir de notre charge ; pour empêcher les impressions mauvaises que les fidèles pourroient en prendre , pour fermer la bouche aux hérétiques qui s'en prévalent en nous imputant ces erreurs , et pour arrêter désormais la hardiesse de ces nouveaux casuistes : après l'avoir vu , lu , examiné et diligemment considéré , et l'avoir fait voir , lire et examiner par plusieurs docteurs et personnes de piété en notre conseil , nous avons condamné et condamnons par ces présentes ce livre, intitulé : Apologie pour les casuistes contre les calomnies des jansénistes , etc. , comme contenant plusieurs propositions contraires aux lois divines et humaines, qui ouvrent la porte à toutes sortes de dérèglement et de libertinage , et qui détruisent les maximes de l'Évangile les plus saintes et les plus nécessaires pour le salut. Avons fait et faisons très-expresses inhibitions et défenses à toutes personnes de notre diocèse de lire, vendre, acheter, ni distribuer ledit livre , sous peine d'excommunication. Vous enjoignons d'enseigner aux peuples , dans un esprit de paix et de charité , les vertus opposées à ces maximes condamnées , et de les conduire dans la voie du ciel selon les règles de l'Évangile et de l'Église , contraires aux relâchemens épouvantables de ces nouveaux casuistes. Et à ce qu'aucun n'en ignore , nous ordonnons que ces présentes seront lues et publiées aux prônes et prédications de notre diocèse par trois dimanches consécutifs, et affichées en la manière accoutumée. Fait en notre palais épiscopal , le 8 novembre 1658.

Ainsi signé, Eustache, évêque de Nevers.

Et plus bas , Mangeart.

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