‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 207 sur 672 · SUR LA PRISE DE NAMUR · texte numérisé non relu

SUR LA PRISE DE NAMUR

Quelle docte et sainte ivresse Aujourd'hui me fait la loi !

Chastes nymphes du Permesse , N'est-ce pas vous que je \<>i.j Accourez , troupe savante ; Des sons que ma Ivre enfante Ces arbres sont réjouis.

Marquez-en bien la cadence; Et vous , vents , faites silence :

Je vais parler de Louis.

Dans ses chansons immortelles , Comme un aigle audacieux , Pindare, étendant ses ailes , Fuit loin des vulgaires yeux.

Mais, ù ma fidèle lyre!

Si, dans l'ardeur qui m'inspire, Tu peux suivre mes transports, Les chênes des monts3 de Thrace N'ont rien ouï que n'efface La douceur de tes accords.

Est-ce Apollon et Neptune, Qui , sur ces rocs sourcilleux , Ont, compagnons de fortune 4, Bâti ces murs orgueilleux?

De leur enceinte fameuse La Samhre, unie à la Meuse , Défend le fatal abord; li. pat cent bouches horribles, L'airain sur ces monts terribles \ omit le ter et la mort.

Dii mille vaillants Llcides I es bordant de toutes parts, D'éclairs au loin homicidi s

Font pétiller leurs remparts;

1 Unit \T. lu). I , sat x, v. 1 1.

3 Cette ode Ait composée en 1693, nn an environ

prise de Namur. (Voyez la lettre de Boileau a Racine, du 4 juin i ' Hennis. Rbodope et Pangée. (BOIL. )

1 Ui fêtaient loués à Laoïuiklon, pour rebâtir les murs de Troie Bon

Et , dans son sein infidèle,

Partout la terre y recèle

In feu prêt a s'élancer,

Qui . soudain perçant son gouffre,

Ouvre un sépulcre de soufre

A quiconque ose avancer.

.Namur, devant tes murailles Jadis la Grèce eut , vingt ans, Sans fruit vu les funérailles De ses plus fiers combattants.

Quelle effroyable puissance Aujourd'hui pourtant s'avance, Prête à foudroyer tes monts !

Quel bruit , quel feu l'environne !

C'est Jupiter en personne, Ou c'est le vainqueur de Mons '.

N'en doutons point , c'est lui-même :

Tout brille en lui , tout est roi.

Dans Bruxelles Nassau blême * Commence à trembler pour soi.

En vain il voit le Batave, Désormais docile esclave , Bangé sous ses étendards :

En vain au lion belgique Il voit l'aigle germanique Uni sous les léopards.

Plein de la frayeur nouvelle Dont ses sens sont agités , A son secours il appelle Les peuples les plus vantés :

Ceux-là viennent du rivage Où s'enorgueillit le Tage De l'or qui roule en ses eaux ; Ceux-ci, des champs où la neige Des marais de la Norvège Neuf mois couvre les roseaux.

Mais qui fait enfler la Samhre ?

Sous les Jumeaux effrayés3.

Des froids torrents de décembre Les champs partout sont noj es.

Cérès s'enfuit éplorée !>>■ voir en proie à Borée Ses guérets d'épis chargés; Et , sous les urnes fangeuses Des Hyades orageuses , Tous ses trésors submer.

1 lfoos était tombée au poa voir du R"i l'année précédente.

2 Guillaume de tfassan, crime <l< trangeel roi d'Angleterre, i Le siège se fil aumotadejoJn^iltombadaxantcetemps^a

i de furieuses ptoia Boa I

Déployez toutes vos rages , Princes , vents , peuples , frimas ; Ramassez tous vos nuages , Rassemblez tous vos soldats :

Malgré vous, Namur en poudre S'en va tomber sous la foudre Qui dompta Lille , Courtrai , Gand la superbe Espagnole, Saint-Omer, Besançon , Dôle , Ypres , Maëstricht et Cambrai.

Mes présages s'accomplissent :

Il commence à chancler ; Sous les coups qui retentissent Ses murs s'en vont s'écrouler.

Mars en feu , qui les domine , Souffle à grand bruit leur ruine; Et les bombes , dans les airs Allant chercher le tonnerre , Semblent, tombant sur la terre , Vouloir s'ouvrir les enfers.

Accourez, Nassau, Bavière1, De ces murs l'unique espoir :

A couvert d'une rivière , Venez , vous pouvez tout voir.

Considérez ces approches :

Voyez grimper sur ces roches Ces athlètes belliqueux; Et dans les eaux , dans la flamme , Louis , à tout donnant l'âme , Marcher, courir avec eux.

Contemplez dans la tempête Qui sort de ces boulevards , La plume a , qui sur sa tête Attire tous les regards.

A cet astre 3 redoutable Toujours un sort favorable S'attache dans les combats ; Et toujours avec la gloire Mars amenant la victoire Vole , et le suit à grands pas.

Grands défenseurs de l'Espagne, Montrez-vous , il en est temps.

Courage, vers la Méhagne 4, Voilà vos drapeaux flottants.

Jamais ses ondes craintives

1 Maximilien II, duc de Bavière.

2 Le roi porte toujours à l'armée une plume blanche. (BoiL.)

3 Homère, Iliad. XIX, v. 299, ou il dit que l'aigrette d'Achille étincelait comme un astre. (Bon.)

4 Bavière près de Namur. (Boil.)

N'ont vu sur leurs faibles rives Tant de guerriers s'amasser.

Courez donc; qui vous retarde?

Tout l'univers vous regarde :

N'osez-vous la traverser?

Loin de fermer le passage A vos nombreux bataillons , Luxembourg a du rivage Reculé ses pavillons.

Quoi ! leur seul aspect vous glace !

Où sont ces chefs pleins d'audace, Jadis si prompts à marcher, Qui devaient , de la Tamise Et de la Drave « soumise, Jusqu'à Paris nous chercher ?

Cependant l'effroi redouble

Sur les remparts de Namur :

Son gouverneur, qui se trouble,

S'enfuit sous son dernier mur.

Déjà jusques à ses portes

Je vois monter nos cohortes ,

La flamme et le fer en main ;

Et sur les monceaux de piques,

De corps morts, de rocs , de briques ,

S'ouvrir un large chemin.

C'en est fait : je viens d'entendre Sur ces rochers éperdus Battre un signal pour se rendre.

Le feu cesse : ils sont rendus.

Dépouillez votre arrogance, Fiers ennemis de la France; Et désormais gracieux , Allez à Liège , à Bruxelles, Porter les humbles nouvelles De Namur pris à vos yeux.

Pour moi , que Phébus anime De ses transports les plus doux, Rempli de ce dieu sublime, Je vais , plus hardi que vous, Montrer que, sur le Parnasse, Des bois fréquentés d'Horace Ma muse dans son déclin Sait encor les avenues , Et des sources inconnues A l'auteur du Saint-Paulin 2.

» Rivière qui passe à Belgrade, en Hongrie. (Boil.) 2 Poème héroïque de M. P"*. (Boil.) — Perrault.

ODES

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