SUR LA PRISE DE NAMUR
Quelle docte et sainte ivresse Aujourd'hui me fait la loi !
Chastes nymphes du Permesse , N'est-ce pas vous que je \<>i.j Accourez , troupe savante ; Des sons que ma Ivre enfante Ces arbres sont réjouis.
Marquez-en bien la cadence; Et vous , vents , faites silence :
Je vais parler de Louis.
Dans ses chansons immortelles , Comme un aigle audacieux , Pindare, étendant ses ailes , Fuit loin des vulgaires yeux.
Mais, ù ma fidèle lyre!
Si, dans l'ardeur qui m'inspire, Tu peux suivre mes transports, Les chênes des monts3 de Thrace N'ont rien ouï que n'efface La douceur de tes accords.
Est-ce Apollon et Neptune, Qui , sur ces rocs sourcilleux , Ont, compagnons de fortune 4, Bâti ces murs orgueilleux?
De leur enceinte fameuse La Samhre, unie à la Meuse , Défend le fatal abord; li. pat cent bouches horribles, L'airain sur ces monts terribles \ omit le ter et la mort.
Dii mille vaillants Llcides I es bordant de toutes parts, D'éclairs au loin homicidi s
Font pétiller leurs remparts;
1 Unit \T. lu). I , sat x, v. 1 1.
3 Cette ode Ait composée en 1693, nn an environ
prise de Namur. (Voyez la lettre de Boileau a Racine, du 4 juin i ' Hennis. Rbodope et Pangée. (BOIL. )
1 Ui fêtaient loués à Laoïuiklon, pour rebâtir les murs de Troie Bon
Et , dans son sein infidèle,
Partout la terre y recèle
In feu prêt a s'élancer,
Qui . soudain perçant son gouffre,
Ouvre un sépulcre de soufre
A quiconque ose avancer.
.Namur, devant tes murailles Jadis la Grèce eut , vingt ans, Sans fruit vu les funérailles De ses plus fiers combattants.
Quelle effroyable puissance Aujourd'hui pourtant s'avance, Prête à foudroyer tes monts !
Quel bruit , quel feu l'environne !
C'est Jupiter en personne, Ou c'est le vainqueur de Mons '.
N'en doutons point , c'est lui-même :
Tout brille en lui , tout est roi.
Dans Bruxelles Nassau blême * Commence à trembler pour soi.
En vain il voit le Batave, Désormais docile esclave , Bangé sous ses étendards :
En vain au lion belgique Il voit l'aigle germanique Uni sous les léopards.
Plein de la frayeur nouvelle Dont ses sens sont agités , A son secours il appelle Les peuples les plus vantés :
Ceux-là viennent du rivage Où s'enorgueillit le Tage De l'or qui roule en ses eaux ; Ceux-ci, des champs où la neige Des marais de la Norvège Neuf mois couvre les roseaux.
Mais qui fait enfler la Samhre ?
Sous les Jumeaux effrayés3.
Des froids torrents de décembre Les champs partout sont noj es.
Cérès s'enfuit éplorée !>>■ voir en proie à Borée Ses guérets d'épis chargés; Et , sous les urnes fangeuses Des Hyades orageuses , Tous ses trésors submer.
1 lfoos était tombée au poa voir du R"i l'année précédente.
2 Guillaume de tfassan, crime <l< trangeel roi d'Angleterre, i Le siège se fil aumotadejoJn^iltombadaxantcetemps^a
i de furieuses ptoia Boa I
Déployez toutes vos rages , Princes , vents , peuples , frimas ; Ramassez tous vos nuages , Rassemblez tous vos soldats :
Malgré vous, Namur en poudre S'en va tomber sous la foudre Qui dompta Lille , Courtrai , Gand la superbe Espagnole, Saint-Omer, Besançon , Dôle , Ypres , Maëstricht et Cambrai.
Mes présages s'accomplissent :
Il commence à chancler ; Sous les coups qui retentissent Ses murs s'en vont s'écrouler.
Mars en feu , qui les domine , Souffle à grand bruit leur ruine; Et les bombes , dans les airs Allant chercher le tonnerre , Semblent, tombant sur la terre , Vouloir s'ouvrir les enfers.
Accourez, Nassau, Bavière1, De ces murs l'unique espoir :
A couvert d'une rivière , Venez , vous pouvez tout voir.
Considérez ces approches :
Voyez grimper sur ces roches Ces athlètes belliqueux; Et dans les eaux , dans la flamme , Louis , à tout donnant l'âme , Marcher, courir avec eux.
Contemplez dans la tempête Qui sort de ces boulevards , La plume a , qui sur sa tête Attire tous les regards.
A cet astre 3 redoutable Toujours un sort favorable S'attache dans les combats ; Et toujours avec la gloire Mars amenant la victoire Vole , et le suit à grands pas.
Grands défenseurs de l'Espagne, Montrez-vous , il en est temps.
Courage, vers la Méhagne 4, Voilà vos drapeaux flottants.
Jamais ses ondes craintives
1 Maximilien II, duc de Bavière.
2 Le roi porte toujours à l'armée une plume blanche. (BoiL.)
3 Homère, Iliad. XIX, v. 299, ou il dit que l'aigrette d'Achille étincelait comme un astre. (Bon.)
4 Bavière près de Namur. (Boil.)
N'ont vu sur leurs faibles rives Tant de guerriers s'amasser.
Courez donc; qui vous retarde?
Tout l'univers vous regarde :
N'osez-vous la traverser?
Loin de fermer le passage A vos nombreux bataillons , Luxembourg a du rivage Reculé ses pavillons.
Quoi ! leur seul aspect vous glace !
Où sont ces chefs pleins d'audace, Jadis si prompts à marcher, Qui devaient , de la Tamise Et de la Drave « soumise, Jusqu'à Paris nous chercher ?
Cependant l'effroi redouble
Sur les remparts de Namur :
Son gouverneur, qui se trouble,
S'enfuit sous son dernier mur.
Déjà jusques à ses portes
Je vois monter nos cohortes ,
La flamme et le fer en main ;
Et sur les monceaux de piques,
De corps morts, de rocs , de briques ,
S'ouvrir un large chemin.
C'en est fait : je viens d'entendre Sur ces rochers éperdus Battre un signal pour se rendre.
Le feu cesse : ils sont rendus.
Dépouillez votre arrogance, Fiers ennemis de la France; Et désormais gracieux , Allez à Liège , à Bruxelles, Porter les humbles nouvelles De Namur pris à vos yeux.
Pour moi , que Phébus anime De ses transports les plus doux, Rempli de ce dieu sublime, Je vais , plus hardi que vous, Montrer que, sur le Parnasse, Des bois fréquentés d'Horace Ma muse dans son déclin Sait encor les avenues , Et des sources inconnues A l'auteur du Saint-Paulin 2.
» Rivière qui passe à Belgrade, en Hongrie. (Boil.) 2 Poème héroïque de M. P"*. (Boil.) — Perrault.
ODES