‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 343 sur 672 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

( Car comme les vaisseaux sont en danger. ) Les conjonctions w; et gGtw, usitées dans les comparaisons , le mot iveppLâ-rtarx, et quelques autres termes métaphoriques, ont fait croire aux interprètes, qu'il y avait une comparaison en cet endroit. M. Despréaux a bien senti qu'elle était défectueuse. « Il « faut , dit-il , suppléer au grec ou sous-entendre « irXoîa, qui veut dire des vaisseaux de charge.... « Autrement il n'y a point de sens. » Pour moi, je crois qu'il ne faut point chercher ici de comparaison. La conjonction ciiTto, qui en était pour ainsi dire le caractère, ne se trouve ni dans l'ancien manuscrit, ni dans l'édition de Robortellus. L'autre conjonction, qui est û;, ne signifie pas comme, en cet endroit, mais que. Cela posé, le raisonnement de Longin est très-clair, si on veut se donner la peine de le suivre. En voici toute la suite : « Quelques-uns s'imaginent « que c'est une erreur de croire quele sublime puisse « être réduit en art. Mais je soutiens que l'on sera « convaincu du contraire, si on considère que la na- « ture, quelque liberté qu'elle se donne ordinaire- « ment dans les passions et dans les grands mouve- « ments , ne marche pas tout à fait au hasard ; que , « dans toutes nos productions, il la faut supposer « comme la base, le principe et le premier fonde- « ment; mais que notre esprit a besoin d'une mé- « thode, pour lui enseigner a ne dire que ce qu'il « faut, et à le dire en son lieu; et qu'enfin (c'est ici d qu'il v a dans le grec xai à;, pour y.x! foi, dont « Longin s'est servi oins haut , et qu'il n'a pas voulu

répéter) le grand, de soi-même et par sa propre « grandeur, est glissanl et dangereux lorsqu'il n'est « pas soutenu et affermi par les règles de l'art, et a qu'on l'abandonne à l'impétuosité d'une nature

i norante et téméraire. " On se passe très-bien de sa comparaison, qui ne servait qu'à embrouiller la phrase, il faut seulement sous-entendre il immU- ■; -■:.-.-. -■.;. ,jiii est si\ nu sept lignes plus haut , et faire ainsi la construction . tta\ 'il imaxétyxm -:; <■>; tm- Kiv&ivoTtpa;et si l'on considère, quele grand, » etc. Èirixiv^tivfotpa aOrà iç' iaurûv rà u.i^jj.3. est préeisé-

i i • i-dlre: n ne demande pas ta vie; un hén : inle de cetti I

D'était

ment la même chose que rà ^.E-fâXa iizuHfcùâH £•.' owtô « P-ç-j-cSsc qu'on lit dans le chapitre xxvn, et que M. Despréaux a traduit ainsi : « Le grand, desoi- « même et par sa propre grandeur, est glissant et « dangereux. »

ÀvepuocTtcrra et &<rrf,sw.ra. sont des termes métaphoriques, qui, dans le sens propre, conviennent à de grands bâtiments, mais qui, pris figurément, peuvent très-bien s'appliquer à tout ce qui est grand, même aux ouvrages d'esprit.

( Nous en pouvons dire autant à l'égard du discours. La nature , etc. ) Il manque en cet endroit deux feuillets entiers dans l'ancien manuscrit : c'est ce qui a fait la lacune suivante. Je ne sais par quel hasard les cinq ou six lignes que Tollius a eues d'un manuscrit du Vatican , et qui se trouvent aussi dans un manuscrit ■ du roi, transposées et confondues avec un fragment des problèmes d'Aristote, ont pu être conservées. Il y a apparence que quelqu'un ayant rencontré un morceau des deux feuillets égarés de l'ancien manuscrit , ou les deux feuillets entiers, mais gâtés , n'aura pu copier que ces cinq ou six lignes.

A la fin de ce petit supplément , dont le public est redevable à Tollius , je crois qu'il faut lire i-y-fr cairo , et non pas x.cuJ.ay.i7z , qui ne me paraît pas faire un sens raisonnable. Le manuscrit du roi, où se trouve ce même supplément , n'a que gouto de la première main : xopw est d'une main plus récente.

Cela me fait soupçonner que, dans l'ancien manuscrit, le mot était à demi effacé, et que quelques-uns ont cru mal à propos qu'il devait y avoir y.oiuaaiTO.

( Dans un noble projet on tombe noblement. ) Il y a dans l'ancien manuscrit, |j.c-p;>.6> àTr^'/icSaîveiv ojm>»ç êù-ycvsç àu.âpTYifj.a. Les copistes ont voulu faire un vers , mais ce vers n'a ni césure , ni quantité. On ne trouvera point dans les poètes grecs d'exemple d'un ïambe qui commence par deux anapestes. Il y a donc apparence que ce qu'on a pris jusqu'ici pour un vers est plutôt un proverbe , ou une sentence tirée des écrits de quelque philosophe. Me-jaûua

àirc.Xia9a!vetv , cjawç eù-j-evs; dcu.âp r/,p.a , est la même

chose que s'il y avait, [/.e-fâXw à/roXtaôaivEtv âu.âpr/ipa. u.h, ojjuo; $k eù-p/s; àluâp-rr,aa , « tomber en une

« faute, mais en une faute noble, à celui qui est « grand , » c'est-à-dire « qui se montre grand dans « la chute même, ou qui ne tombe que parce qu'il « est grand. » C'est à peu près dans ce sens que M. Corneille a dit :

Il est beau de mourir maître de l'univers. 1 N° 3171.

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