ODE DE SAPHO
Cette ode, dont Catulle a traduit les trois premières strophes, et que Longin nous a conservée, était sans doute une des plus belles de Sapho; mais comme elle a passé par les mains des copistes et des critiques, elle a beaucoup souffert des uns et des autres. Il est vrai qu'elle est très-mal conçue dans l'ancien manuscrit du roi, il n'y a ni distinction de vers, ni ponctuation, ni orthographe : cependant on aurait peut-être mieux fait de la laisser telle qu'on l'y avait trouvée, que de la changer entièrement, comme l'on a fait. On en a ôté presque tous les éolismes;on a retranché, ajouté, changé, transposé; enfin on s'est donné toute sorte de libertés. Isàac Vossius, qui avait vu les manuscrits, s'est aperçu le premier du peu d'exactitude de ceux qui avaient avant lui corrigé cette pièce. Voici comme il en parle dansses uotes sur Catulle :Sedipsam ntmc Lesbiam Musa»i (oquentem audiamusi ciyus <)<l<tm rt lictam nobis Longini l>< neficio , emendatam adscribt mus. Nàm certè in hue corrigendd viri docti operam lusére. Après cela, il donne l'ode telle qu'il l'a rétablie. Vossius pouvait lui-même s'écarter moins qu'il n'a fait de l'ancien manuscrit. Examinons ses corrections vers pour vers.
» Kn.
Vers 1. Il y a dans l'ancien manuscrit ptoi. Vossius a préféré Foi, parce qu'il l'a trouvé dans la grammaire d'Apollonius '.
(A<5u cpwvGÛffaç. Voss.)â£ô«p<ûv2aî;. Manuscr. Peutêtre doit-on lire àtfi funiocu;, éoliquement ; OU plutôt, dc£ù 'yojvvïxi a', dulce loqui te : d'autant plus que ~(ù.y.U, qui suit, est aussi a l'infinitif.
(Vers 5. ïasp o'ev. Voss.) ijxEpo'tv avec un esprit doux, éoliquement. .Manuscr.
CToftoirav. Voss.) to \>.x li.i-i. Mam'scii. Je crois qu'il faut lire, to pot ipàv, en ne faisant qu'une svllabe défilé, comme on le peut2; si l'on n'aime mieux , to [toi 'jtàv , qui est la même chose.
(Vers 7.Ppoxéa«. Voss.; Bpoxewç. .Manuscr. Si l'on dit bien Bpoxs'xî éoliquement, pour BpoxeCaç, on pourra dire aussi Bpox«o« pour ^%-/î^. Le sens n'en sera pas moins beau.
(Vers 8. oùàèv éV r,/.v.. Voss.) oùo*èv JV eûui. Manuscr. Les Éoliens changent l'esprit âpre en l'esprit doux. E?y.Et est pour ï/.u, autrefois usité.
(Vers 9. iXKk xaftfieû -jfXûaaa aim-yt. Voss.) iXkà xâv u.£v fXûaaa É'afc. Manuscr. Il ne fallait rien changer que xav jaïv. Car «t/.ûoci% la-ft se dit fort bien pour signifier lingua fracta est , et s'accorde avec la mesure du vers. A l'égard d'à/./* xcw y.:-,, peut-être faut-il lire, ïo: ixaw u.n , sert tacite qu'idem , ou à'/.>.à y.y.u.u.k-i , pour iXXà xarà uev.
(Vers tt et 12. cixS'Èv izr.y.:, Bo|x6eû— aw S' ix.ca: Fol. VOSS.) cùJv£vÔpr,u.Yi È-ipcu.£sïaL cî" â/.-.js. M ANUSCR.
Je crois qu'il faut lire cù^èv 3 z-^ èTTipp-.u.— Cejoi <5" weouaî. On appelait po'(*6o« un instrument d'airain dont se servaient les enchanteurs et les prêtres de Cybèle.
P'Aiow xat ruirâvu pcîvir, «Ppû^s; i^imornu.
« Les Phryiens se rendent propice la déesse Rhéa « parle son du tambour et du rhombe, » dit Apollonius le Rhodien. Théocrite en parle aussi dans la Pharmaceutrie*. De ce mot po'j*So« s'est formé le verbe faippcpSe», qui signifie résonners rendre un son semblable a celui du rhombe. Ce V{ rbe, ainsi que beaucoup d'autres, ne se trouve point dans les dictionnaires.
Axouai est la même chose qu'ix-.?.;. k/.-.jr, pour ày.'.r, se trouve plus d'une fois dans Homère.
(Vers I I. xtopOTtpn *i rmùaç. VOSS.) /."'r'-0;ra ^ -'J.t.;. Manuscr.
(\ ers 15 et 1G. rtOvocxurv 5' tourna r.i'hj'jx $awo|uu
1 Qui cite l'ode.
1 Par la Ogore Dominée xwîfonc.
' On '.r:;i'.
* To yxÀxicv <j; tï//.; x/ji cl // ttf ^uv/j' So^i p ;u.oc; 6 XotXxtoc.
èXi.i. Voss.) teOvsohiv £' ôâî-j-oj m&j<mv <ï>atvcpuu. ÂÀÀâ. Manuscb. C'est ainsi qu'il faut lire, à ce qu'il nie paraît , en ajoutant seulement une apostrophe après c>ip> , et un accent aigu sur la pénultième de T^eûor.v. Le sens est à moriendo parùm abfore videor. SxfyM
'miïzùcrr;/ pour ôXt'jOU Irct&ûffeiv , OU MTifewetv.
Vossius fait finir l'ode par<p<uvop.ai AxXa. L'ancien manuscrit, après ipeuvofJuu, ajoute à/xà iravroXpaToy èwe^cat i«v«7«. cù r SaufwKotç : par où il paraît que l'ode , telle que nous l'avons, n'est pas entière. Tollius, qui a inséré dans le texte de son édition presque toutes les corrections de Vossius, n'a pas omis , comme lui , le commencement de la cinquième stro-
1 Peut-être pour eu -•. OauHxÇotç.
phe. Mais , pour en faire un vers correct , il lit ïù.% ton ToXfAa-rôv, ïT.v.T.ï;t.-.-j.. De cette manière il emploie le mot àaaà deux fois de suite , et retranche km après s-sî. Pour ce qui est de cù Bau^âÇotç , il l'ôte àSapho, et le donne à Longin, en lisant 6«u(i.ocÇ«(j au lieu de 8ëu>|AÔÇoi;. Il propose , dans ses notes, beaucoup d'autres leçons. Pour moi, je crois qu'il est bon de s'en tenir, le plus qu'on pourra , à l'ancien manuscrit, qui est original par rapport à tous les autres , comme on l'a fait voir dans la note précédente.
Au reste il faut avouer que toutes ces diversités de leçons ne changent pas beaucoup au sens , que M. Despréaux a admirablement bien exprimé.