RACINE A BOILEAU
Paris, 5 septembre 168".
J'avais destiné cette après-dînée à vous écrire fort au long; mais
Un cousin , abusant d'un fâcheux parentage ■<
est venu malheureusement me voir, et il ne fait que de sortir de chez moi. Je ne vous écris donc que pour vous dire que je reçus avant-hier une lettre de vous. Le P. Bouhours et le P. Rapiu étaient dans mon cabinet quand je la reçus. Je leur en fis la lecture en la décachetant , et je leur fis un fort grand plaisir. Je regardais pourtant de loin , a mesure que je la lisais , s'il n'y avait rien dedans qui fût trop janséniste. Je vis vers la lin le nom de M. Nicole, et je sautai bravement , ou , pour mieux dire, lâchement , par-dessus. Je n'osai m'exposer à troubler lagrandejoieetmême les éclats de rire que leur cau-
1 Entrepreneur de la fourniture des vivres dan- l'année du duc de Lorraine.
■■> Il demeurait alors chez M. Dongois, son neveu, et avait envie de vivre seul. (L. R.)
3 Au cloître Notre-Dame, chez l'abbé de Dreux, conseiller au parlement et chanoine de l'église de Paris.
4 Épftre vi.
sèrent plusieurs choses fort plaisantes que vous me mandiez. Nous aurions été tous trois les plus contents du monde, si nous eussions trouvé a la fin de. votre lettreque vous parliez à votre ordinaire, comme nous trouvions' que vous écriviez avec le même esprit que vous avez toujours eu. Ils sont, je vous assure, tous deux fort de vos amis, et même de fort bonnes gens. Nous avions été le matin entendre le P. de Villiers, qui faisait l'oraison funèbre de monsieur le Prince, grand-père de monsieur le Prince d'aujourd'hui. Il y a joint les louanges du dernier mort , et il s'est enfoncé jusqu'au cou dans le combat de Saint-Antoine; Dieu sait combien judicieusement ! En vérité, il ;i beaucoup d'esprit, mais il aurait bien besoin de se laisser conduire. J'annonçai au P. Bouhours un nouveau livre qui excita fort sa curiosité : ce sont les Remarques de M. de J augelaà. avec les notes de Thomas Corneille. Cela est ainsi affiché dans Paris depuis quatre jours. Auriez- vous jamais cru voir ensemble M. de Vaugelas et M. de Corneille le jeune, donnant des règles sur la langue1 ?
J'eusse bien voulu vous pouvoir mander que AI . de Louvois est guéri, en vous mandant qu'il a été malade; mais ma femme, qui vient de voir madame de la Chapelle», m'apprend qu'il a encore delà fièvre. Elle était d'abord comme continue, et même assez grande; elle n'est présentement qu'intermittente; et c'est encore une des obligations que nous avons au quinquina. J'espère que je vous manderai lundi qu'il est absolument guéri. Outre l'intérêt du roi et celui du public, nous avons, vous et moi, un intérêt très-particulier à lui souhaiter une longue santé. On ne peut pas nous témoigner plus de bonté qu'il nous en témoigne; et vous ne sauriez croire avec quelle amitié il m'a toujours demandé de vos nouvelles. Bonsoir, mon cher monsieur; je salue de tout mon cœur M. Marchand. Je vous écrirai plus aa loua lundi. Mon fils est guéri.