RACINE A BOILEAU
Versailles, ce mardi 8 avril IG92.
Madame de Maintenon m'a dit ce matin que le roi avait réglé notre pension 2 à quatre mille francs pour moi , et à deux mille francs pour vous : cela s'entend, sans y comprendre notre pension de gens de lettres. Je l'ai fort remerciée pour vous et pour moi. Je viens aussi tout à l'heure de remercier le
' Esther.
2 D'historiographe6.
roi. Il m'a paru qu'il avait quelque peine qu'il y eût de la diminution; mais je lui ai dit que nous étions trop contents. J'ai plus appuyé encore sur vous que sur moi , et j'ai dit au roi que vous prendriez la liberté de lui écrire pour le remercier, n'osant pas lui venir donner la peine d'élever sa voix1 pour vous parler. J'ai dit en propres paroles : « Sire, il a plus « d'esprit que jamais, plus de zèle pour Votre Majesté, « et plus d'envie de travailler pour votre gloire. » Vous voyez enfin que les choses ont été réglées comme vous l'avez souhaité vous-même. Je ne laisse pas d'avoir une vraie peine de ce qu'il semble que je gagne à cela plus que vous 3 ; mais outre les dépenses et les fatigues des voyages , dont je suis assez aise que vous soyez délivré, je vous connais si noble et si plein d'amitié, que je suis assuré que vous souhaiteriez de bon cœur que je fusse encore mieux traité. Je serai très-content si vous l'êtes en effet. J'espère vous revoir bientôt. Je demeure ici pour voir de quelle manière la chose doit tourner; car on ne m'a point encore dit si c'est par un brevet, ou si c'est à l'ordinaire sur la cassette. Je suis entièrement a vous. Il n'y a rien de nouveau ici. On ne parle que du voyage3, et tout le monde n'est occupé que de ses équipages.
Je vous conseille d'écrire quatre lignes au roi , et autant à madame de Maintenon, qui assurément s'intéresse toujours avec beaucoup d'amitié à tout ce qui vous touche. Envoyez-moi vos lettres par la poste, ou par votre jardinier, comme vous le jugerez à propos.