‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 467 sur 672 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Paris, 12 mars r

Il n'y a point, monsieur, d'amitié plus commode que la vôtre. Dans le temps que je ne saurais trouver aucune bonne excuse d'avoir été si Ion- temps à répondre à vos obligeantes lettres, c'est vous qui me demandez pardon d'avoir manqué quelques ordinaires à m'écrire, et qui me mettez en droit de vous faire des reproches. Je ne vous en ferai pourtant point, et je me contenterai de vous dire, av( c la même confiance que si je n'avais point tort, qu'on ne peut être plus touché que je le suis de la constance que vous témoignez a aimer un homme si peu digne de toutes vos bontés que moi ; et que, s'il y a quelque chose qui me puisse faire corriger de mes négligences, c'est votre facilité à me les pardonner. Cela étant , je vous dirai , sans m'étendre en de plus ! compliments, que si l'ouvrage dont vous me p. triez, qui a été fait à l'occasion de mon démêlé avec messieurs de Trévoux, est celui qu'on m'a montre, et où l'on met enjeu mon frère avec moi . c'est bien le plus sot, le plus impertinent et le plus ridicule ouvrage qui ait jamais été fait; et qu'il ne saurait sortir que de la main de quelque misérable cuistre de coll e qui ne nous connaît ni l'un ni l'autre, i • misérable m'y attribue une s, dire ou il me fait rimer ,//,'? avec dernier. Il nous donne à l'un et a l'autre pour confident un M. de la Ronville, qui ne nous a pas seulement v us . je crois , passer dans les il un mot, le diable y est.

Pour ce qui est de l'épigramme contre M. et madame Dacier,je ne sais ce que c'est . et ils sont tous deux mes amis. Peut-être est-ce une épigramme où l'on veut faire entendre que madame Dacier est celle qui porte le grand chapeau dans les ouvrages qu'ils l'ont ensemble, et qui y a la principale part. Supposé que cela soit, je vous dirai que je l'ai vue, et qu'elle

m'a paru très-abominable. On l'attribue pourtant à M l'abbé Tallemant.

Quand Dacier et sa femme engendrent de leurs corps , Et que de ce beau couple il nail enfant s , alors

Madame Dacier est la mère;

Mais quand ils engendrent d'esprit,

Et font des enfants par écrit,

Madame Dacier est le père.

Pour ce qui est de l'épigramme à l'occasion du petit de Beauchâteau, j'étais à peine sorti du collège quand elle fut composée par un frère aîné que j'avais1, et qui a été de l'Académie française. Elle passa pour fort jolie, parce que c'était une raillerie assez ingénieuse de la mauvaise manière de réciter de Beaucbateau le père, qui était un exécrable comédien , et qui passait pour tel. Il fut pourtant assez sot pour la faire imprimer dans le prétendu recueil des ouvrages de son fils , qui n'était qu'un amas de misérables madrigaux qu'on attribuait à ce fils , et que de fades auteurs, qui fréquentaient le père , avaient composés. Tout ce que je puis vous dire de la destinée de ce célèbre enfant , c'est qu'il fut un fameux fripon, et que, ne pouvant subsister en France, il passa en Angleterre, où il abjura la religion catholique, et où il y est mort il y a plus de vingt ans , ministre de la religion prétendue réformée. Trouvez bon, monsieur, qu'un convalescent, comme je suis encore, ne vous en dise pas davantage pour aujourd'hui , et que je me contente de vous assurer que je suis, etc.

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