RÉPONSE DE ROUSSEAU A L'ABBÉ DE CHAULIEU
Par tes conseils et ton exemple , Ce que j'ai de vertu fut trop bien cimenté ,
Cher abbé : dans la pureté
Des innocents banquets du Temple ,
De raison et de fermeté
J'ai fait une moisson trop ample,
Pour être jamais infecté
D'une sordide avidité.
Quelle honte , bon Dieu ! quel scandale au Parnasse.
De voir l'un de ses candidats
Employer la plume d'norace A liquider un compte, ou dresser des états! J'ai vu, dirait Marot en faisant la grimace,
J'ai vu l'élève deClio
Sedentem in telonio :
Je l'ai vu calculer, nombrer, chiffrer, rabattre,
Et d'un produit au denier quatre
Discourir mieux qu'Amonio.
Dure, dure plutôt l'honorabto indigence
1 Paul Poisson, depuis simir de Bourvalais , lit sous [e ministère et par la protection de M. de Ponlchartrain , one fortune aussi rapide que brillante, qui lui aitira, suivant l'usage , des eruw mis , des épigrammes el des pera calions. —
Mort en iTio.
ŒUVRES POÉTIQUES DE J. B. ROUSSEAU
Dont j'ai si longtemps essayé!
Je sais quel est le prix d'une honnête abondance
Que suit la joie et l'innocence :
Et qu'un philosophe, étayé
D'un peu de richesse et d'aisance,
Dans le chemin de sapience
Marche plus ferme de moitié.
Mais j'aime mieux un sage à pié ,
Content de son indépendance ,
Qu'un riche indignement noyé
Dans une servile opulence ; Qui , sacrifiant tout , honneur, joie, amitié ,
Au soin d'augmenter sa finance ,
Est lui-même sacrifié A des biens dont jamais il n'a la jouissance. Nourri par Apollon, cultivé par tes soins, Cher abbé, ne crains pas que je me tympanise
Par l'odieuse convoitise
D'un bien plus grand que mes besoins.
Une âme libre et dégagée
Des préjugés contagieux ,
Une fortune un peu rangée ,
Un corps sain , un esprit joyeux ,
Et quelque prose mélangée
De vers badins ou sérieux ,
Me feront trouver l'apogée
De la félicité des dieux.
C'est par ces maximes, qu'ignore
Tout riche , Juif, Arabe , ou More ,
Que j'ai su plaire dès longtemps
A des protecteurs que j'honore ;
Et c'est ainsi que je prétends
Trouver l'art de leur plaire encore.
C'est dans ce bon esprit gaulois
Que le gentil maître François
Appelle Pantagruélisme",
Qu'à Neuilly , la Fare et Sonnin
Puisent cet enjouement badin
Qui compose leur atticisme.
Abbé , c'est là le catéchisme
Que les Muses m'ont enseigné ;
Et voilà le vrai quiétisme
Que Rome n'a point condamné.