DE VERSAILLES
En ce pays métamorphose a lieu.
Dames de cour quittent formes humain* s ; Et le pouvoir de quelque nouveau dieu Les rend dauphins ou gentilles baleines. Notre princesse a même sort , dit-on :
Elle y parait sous la forme empruul Non d'Amphion, mais bien de Galatée, Qui, sur dauphin ou baleine porter.
Parcourt l'empire où nage le Triton.
C'est elle-même : on ne peut s'y méprendre, A cette taille , à cette majesté ,
ŒUVRES POÉTIQUES DE J. B. ROUSSEAU
A cette grâce , à cet air noble et tendre
Plus beau cent fois encor que la beauté.
Bien est-il vrai qu'il manque à l'immortelle ,
Pour achever en tout le parallèle,
Un point sans plus. Et quoi? C'est son Acis ,
Qui pour complaire à divine donzelle
Aux yeux hagards, que Bellone on appelle,
S'en est allé courir pour le pays.
Mais cet Acis, voici bien autre chose
(En ce pays tout est métamorphose) ,
Est à son tour bravement déguisé ;
Du fds d'Alcmène, en son adolescence ,
Acis a pris si bien la ressemblance,
Qu'Ovide même y serait abusé.
Or pour cela ne croyez pas , déesse ,
L'avoir perdu ; mais voici la finesse :
Un négromant m'en a conté le cas.
Le destin veut , par un ordre sévère ,
Qu'il soit toujours , soit dit sans vous déplaire ,
Acis ici , mais Hercule là-bas.
Je vous découvre en deux mots le mystère :
Amour, je crois, ne m'en dédira pas.